Les Bandes Dessinées
des semaines
précédentes

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- série:
"I.R.S. All Watcher" T.1, Antonia
de Queireix et Desberg.
La jolie romaine Antonia Sforzi a perdu
goût à la vie. Son dernier amant,
Renato, l'a jeté à la rue. Seul
son père semble s'inquiéter pour
elle. À sa grande stupéfaction,
Antonia découvre que celui-ci est un
tueur professionnel à la solde d'une Loge
secrète. Sforzi compte sur sa fille pour
reprendre le flambeau. Larry B. Max
enquête à Rome pour l'I.R.S.. Il
s'intéresse à la jeune femme et
devient son amant. Mais, la Loge veut faire
liquider Antonia par un homme qui est un
témoin capital pour Larry...
"Antonia" sert de conclusion au dernier
diptyque d' "I.R.S." mais c'est aussi le
premier tome d'une série parallèle
à "I.R.S.", "All Watcher", qui
peut se lire de façon
indépendante. Le scénariste
Stephen Desberg s'est lancé dans le
projet ambitieux d'un cycle de 7 albums
centrés sur un sujet novateur et
crédible: l'argent qui disparaît de
l'économie officielle et qui pourrait
profiter à quelqu'un (que certains
initiés surnomment All Watcher). Si
"Antonia" effleure ce thème,
l'épisode propose des scènes
d'action spectaculaires. Cette fois, le
personnage principal est une jeune femme
fragilisée psychologiquement à
laquelle on ne peut s'empêcher de
s'attacher. Cela fait tout le charme d'un
scénario bien enlevé. Le trait
réaliste et nerveux d'Alain Queireix fait
merveille. Il soigne les décors et les
personnages avec un don certain pour dessiner
les belles femmes.
Un thriller financier passionnant qui plaira
même aux lecteurs les plus difficiles!
(Marc Bauloye)
Le Lombard
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- "Bulles
& Nacelle" de Dillies.
Charlie, la souris, aime gratter sa guitare en
écoutant Django Reinhardt.
Écrivain en panne d'inspiration, il
souffre de solitude. Jusqu'au moment où
un petit oiseau bleu, Monsieur Solitude, vient
lui rendre visite. Lorsque Charlie se retrouve
dans une nacelle de la grande roue et manque de
tomber, c'est son nouvel ami qui le sauve et lui
fait comprendre qu'il passe à
côté de la vie dans l'angoisse et
la peur. Mais, Charlie est perdu dans ses
rêves d'enfant. Quand son ami se retrouve
inanimé sur le plancher, il court chez le
docteur, une belle dame-souris. Au lieu de
succomber aux charmes de ce médecin, il
ne pense qu'à son ami...
Charlie, cela peut être chacun de nous
quand nous avons du mal à supporter la
solitude. Car, au fond, nous sommes
désespérément seuls et nous
passons notre vie à essayer de l'oublier
au contact des autres. Par petites touches,
Renaud Dillies installe une ambiance faite
à la fois de petites joies, de tristesse
et de mélancolie. Si la chanson
évoque volontiers ce thème, on
parle peu de solitude dans la BD. Dillies nous
propose un voyage onirique tendre et subtil
où l'amour des autres devient la solution
à un problème vieux comme le
monde. Voilà un récit où
musique et écriture sont des moyens de
partager de précieux moments qui ne
reviendront jamais. Le graphisme de toute
beauté ose des cadrages qui collent
parfaitement avec la fragilité des
personnages.
Un bijou de poésie réalisé
avec finesse...
(Marc Bauloye)
Dargaud
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- série:
"Aria" T.31, La Mamaïtha de
Weyland.
Moyen Âge. Pays de l'Ovéron. La
région vit sous le joug de la secte des
Trigyres qui a instauré une dictature
sanglante. La fougueuse, indomptable et
séduisante Aria rejoint les rangs des
résistants. Elle sauve des villageois
livrés en pâture à de
féroces ptérodactyles. Puis, elle
tente de chasser les tyrans en utilisant la
ruse. Elle compte se servir du liquide magique
sécrété par la
Mamaïtha pour susciter chez l'ennemi des
visions infernales. Son plan aux innombrables
dangers va-t-il fonctionner ?
Aria figure parmi les héroïnes de BD
les plus sexy et les plus intelligentes. C'est
donc toujours un plaisir de la voir de retour.
L'intrigue se révèle subtile:
Michel Weyland dose à la perfection les
éléments fantastiques. Il parvient
à réaliser un récit qui est
à la fois une fable politique et un hymne
à la liberté. Toutefois, un
détail laisse penser que l'auteur ne nous
a pas tout raconté. "La
Mamaïtha" semble être la suite de
"Renaissance" où, à la fin,
Aria endosse l'armure de Sacrale, une fabuleuse
guerrière, pour combattre les Trigyres.
Or, ici, elle ne porte plus cette armure, mais
elle la retrouve poussiéreuse dans un
souterrain vers la fin du récit et
décide alors seulement de la mettre...
Graphiquement, Weyland parvient encore à
nous surprendre: le personnage principal
évolue vers une beauté sans cesse
changeante tandis que ses monstres sont tout
droit sortis d'un bon film d'épouvante et
de science-fiction ! Une friandise
délicieuse à déguster
d'urgence !
(Marc Bauloye)
Dupuis
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- série:
"Climax" T.4 Gakona Alaska de
Brahy, Corbeyran et Braquelaire.
L'agence Imago Mundi doit accomplir une mission
scientifique sur le sol canadien, mais quelqu'un
met tout en oeuvre pour l'en empêcher.
Rapidement, les soupçons se portent sur
la compagnie pétrolière EGGO.
Loïc Mellionnec, le physicien de l'agence,
découvre une autre piste: la station
militaire américaine HAARP. Près
de son implantation, sept orques viennent
s'échouer sur le rivage pour y mourir.
Et, si HAARP avait une activité peu
recommandable? Loïc décide d'aller
voir sur place. Sa démarche provoque des
remous jusqu'au Pentagone ! La station
d'énergie semble dissimuler sa puissance.
Mais à quelle fin ?
Eric Corbeyran et Achille Braquelaire proposent
ici la fin de la série Climax.
L'épisode "Gakona Alaska"
rassemble tous les éléments de
l'intrigue pour culminer vers un
dénouement plein de surprises. La
conspiration dont l'agence est victime touche
des points sensibles comme le
réchauffement climatique et l'usage
illégal d'ondes. Les scénaristes
privilégient l'action avec
d'extraordinaires scènes de poursuite.
Mais, l'enquête en cours ne néglige
pas non plus de longues explications
scientifiques tandis que les
préoccupations écologiques des
auteurs continuent à être
présentes. De rebondissements en coups de
théâtre, le scénario
alimente le mystère et le suspense. Le
graphisme de Luc Brahy s'adapte parfaitement aux
longues courses dans la neige et son trait
expressif restitue à merveille les
émotions des personnages.
On n'est pas déçu par le
dénouement surprenant de cette longue
histoire palpitante.
(Marc Bauloye)
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- série:
"Planet Ranger" T.1, L'écolo le plus
con de la planète de Janssens &
Julien/CDM.
"Comptant sur les énergies nouvelles pour se
sortir de la crise, les États-Unis ont
signé le protocole de Kyoto. Au sein de la plus
ancienne police de l'environnement, les Rangers, un
héros va naître... William Green". Une
catastrophe pour tous.
Quand on place le futur de la planète entre les
mains de l'écolo le plus con de celle-ci, il faut
s'attendre au pire. C'est la base sur laquelle se
déroule la nouvelle aventure du trio, Janssens et
Julien/CDM. Avec "Planet Ranger", ils mettent en
scène un membre du corps d'élite des
Rangers chargé de traquer les comportements
irresponsables et d'encourager les énergies
propres. Tout un programme qu'ils chargent d'humour et
surtout de clichés. Surfant sur la vague verte qui
secoue la planète ces dernières
années, les auteurs s'enlisent dans un premier
tome qui ne trouve pas ses marques. Même si le
dessin de Julien/CDM n'est pas en cause, "Planet
Ranger" manque résolument d'originalité
pour nous tenir en haleine et surtout pour nous faire
rire. Dommage, car l'écologie méritait plus
qu'une farce plutôt grossière en
occurrence...
48 pages couleurs/Le
Lombard
- série:
"IRS" T.11, Le chemin de Gloria de Vrancken
et Desberg.
Pendant que Larry B. Max enlève Kate des griffes
d'un proxénète, la police découvre
des informations tendant à prouver que l'accident
d'avion qui coûta la vie à ses parents avait
des origines criminelles. Cela ramène Larry
à un passé tragique. C'était
l'époque où son père acceptait de
l'argent sale et couchait avec Kate Absynth, une actrice.
Kate est bien Gloria, cette femme que Larry aime par
téléphone interposé depuis des
années ! Pour découvrir qui a tué
son père et retrouver Kate qui a été
enlevée, Larry va se servir des infrastructures de
l'I.R.S. à des fins personnelles. Qui a
commandité l'assassinat de ses parents ? Quel sera
le sort réservé à Kate ?
Stephen Desberg rompt avec le ton habituel de la
série car il joue sur les émotions intimes
de ses personnages. Le passé de son héros
dissimule de lourds secrets qu'il lui faut affronter. Il
y a un monde entre les enquêtes qu'il mène
pour l'I.R.S. et celles qui le touchent
profondément. On le sent désarmé et
dépassé. On passe alors du thriller au
drame personnel, non dénué de suspense.
Comme chaque histoire est un diptyque, Desberg se garde
de trop en révéler et nous laisse, à
dessein, sur notre faim! Le dessinateur Bernard Vrancken
semble aussi à l'aise dans les scènes
d'introspection que dans les scènes d'action. Il
intègre de somptueux lavis à son trait qui
accentuent le réalisme de ses planches.
Un récit poignant et une enquête
musclée qu'on dévore d'un trait...
(Marc Bauloye)
Le Lombard
- série:
"Climax" T.3, Les faiseurs d'aurore de
Brahy, Corbeyran et Braquelaire.
L'agence Imago Mundi, dirigée par Harald
Haarfager, propose ses services pour diverses missions
délicates où sa technologie de pointe fait
merveille. Elle doit accomplir une mission sur le sol
canadien et quelqu'un semble tout faire pour l'en
empêcher. Harald décide d'aller faire un
tour dans le grand nord canadien pour découvrir ce
qui peut le rendre indésirable. Un pipeline court
dans la région de prospection et les
soupçons se portent sur une compagnie
pétrolière. Un des membres de l'agence,
Loïc, trouve une autre piste sérieuse...
Eric Corbeyran et Achille Braquelaire ont
créé la série "Imago Mundi"
en 2003. Ils proposent ici une série
dérivée, "Climax", le temps de
quatre albums. Le scénario est conçu comme
une mécanique bien huilée. L'agence est
victime d'une conspiration et chaque album donne le point
de vue d'un de ses membres. Après le piège
tendu à Leia et l'odyssée de Loïc,
l'épisode "Les faiseurs d'aurore" fournit
un éclairage centré sur Harald. Les indices
mis en place convergent dans une direction
précise. Et, le mystère entretenu à
propos d'un complot commence à s'éclaircir.
Les auteurs en profitent pour dénoncer les
nombreux crimes écologiques commis en toute
impunité en Alaska et ailleurs. Le contenu
didactique de l'épisode rend la lecture plus
passionnante encore, au fur et à mesure de la
montée du suspense. Le trait réaliste, dur
et froid de Luc Brahy rend fort bien les paysages
canadiens et brosse une galerie de personnages
attachants. On est impatient de connaître le
dénouement de ce thriller écologique !
(Marc Bauloye)
Dargaud
- série:
"Médée" T.1, La Toison d'or
de Ersel et Renot.
Février 1934 - Marche-Les-Dames. Le Roi Albert 1er
fait une chute mortelle sous les yeux d'une
mystérieuse jeune femme qui ne lui porte pas
secours. Il s'agit de Médée ! 1938 - Rome.
Mussolini règne en Italie. Un évêque
du Vatican confie une mission de confiance à
Jason, un jeune prêtre. Il lui demande de retrouver
en Allemagne l'Evangile de Judas Iscariote qui aurait
rencontré Médée. À Berlin
où les nazis sont au pouvoir, Reinhard Heydrich,
chef de la Gestapo, cherche le même codex. Pendant
la Nuit de Cristal, Médée sauve le document
des flammes. Pourquoi cet acharnement à retrouver
cet Evangile apocryphe ? Quel pouvoir donne-t-il à
celui qui le détient ?
Sur une idée d'Ersel, le scénariste Renot
imagine une intrigue étonnante.
Médée serait venue sur terre pour aider
à l'accomplissement d'un rite avec un descendant
de Jason. Judas aurait été un amant de
Médée. Son Evangile mettrait en cause les
bases de l'Église catholique et permettrait
à ses détenteurs de justifier une croisade
contre les juifs. Associer ainsi Médée,
Judas, l'Ordre de la Toison d'or a pour résultat
une histoire difficile à comprendre. Cela demande
au lecteur une connaissance approfondie de la mythologie,
des saintes écritures et de l'histoire de l'Ordre
de la Toison d'or. Ésotérisme, surnaturel,
fantastique viennent au secours d'un scénario
complexe mais fort bien servi par le graphisme
irréprochable d'Ersel. À
déconseiller à ceux qui aiment les
intrigues classiques...
(Marc Bauloye)
Casterman
- série: "La route
Jessica" T1, Daddy ! de Renaud et Dufaux.
Jessica Blandy, romancière américaine,
femme libérée et tourmentée, est
recherchée par des hommes prêts à
tout: le docteur Bernardht, son psychiatre et son amant,
Carrington, un vieillard richissime, Jeremy Cuzak, son
employé, Adam Pendler, un privé et Ricardo
Valdez, un policier. Mais, Soldier Sun et sa fille Agripa
figurent parmi les plus dangereux. À travers des
rapports médicaux volés, les protagonistes
cherchent à reconstituer les faits et gestes de
Jessica. Ils apprennent que le docteur cherchait le
Buzzard, un musicien qui appartient au passé de la
romancière...
Jessica nous a quittés en 2006. Il restait
toutefois quelques témoignages à
découvrir pour évoquer sa vie nouvelle.
Avec "La route Jessica", c'est parti pour un cycle
de trois albums. Le scénario de "Daddy!"
est construit comme une boucle car il se termine au
commencement de l'album. Le ton est donné
dès le début: violence, meurtres sanglants,
sexe et mystère. Mais, les mobiles des
protagonistes restent obscurs. On ne sait pas pourquoi
ils cherchent Jessica, ni qui les envoie. Comme toujours,
Dufaux accorde une grande importance à la
psychologie de ses personnages. Et, la présence de
Jessica plane sur de nombreuses scènes sous forme
de flashs back. Pour illustrer ce polar sanglant, Renaud
nous gratifie de superbes séquences rouge sang ou
couleur chair. Son trait réaliste et expressif
court sur la planche pour nous offrir de purs moments de
plaisir.
Ce thriller donne envie de relire la série car
c'est surtout Jessica que l'on a envie de revoir ! Mais,
ce récit ne comble pas le manque laissé par
cette personnalité attachante...
(Marc Bauloye)
Dupuis
- série: "Reality
Show" T.5, Total Audimat de Francis Porcel et
J.D. Morvan.
Cela fait un petit temps que le tome 5 de "Reality Show"
est sorti et il aurait été injuste de ne
pas en parler car Morvan confirme qu'il fait partie des
scénaristes intéressants du moment.
L'histoire reprend alors que Myriam, alias Oshii vient de
retrouver ses parents. Au même instant, au
siège de Médiacop, on discute des
possibilités de développement d'un casque
de réalité virtuelle totale glissant le
spectateur intégralement dans la peau de Oshii ou
de Barron. S'en suit une discussion sur la suite des
événements. La Médiacop a tout
prévu... bien plus qu'on ne le pense.
Surprenant de par son point de vue narratif, le
scénario perd un peu de la tension qu'il pourrait
avoir mais y gagne en profondeur dans la dimension de
manipulation des faits et des images
développés par la Médacop. Le tout
est assez surprenant et intéressant et confirme le
bien que l'on pensait déjà de Morvan. Bien
servie par les dessins de Porcel, cette série qui
se clôt ici avec son 5e tome vaut la peine
d'être découverte.
(Boul.)
Dargaud
- série: "Tessa agent
intergalactique" T.5, Là où il y a
de la gemme... de Mitric, Louis et Lamirand.
Dans les bacs depuis un petit temps déjà,
le tome 5 de "Tessa" confirme ce que la
série avait déjà
démontré. Action à gogo et humour
sont encore au rendez-vous des aventures de la petite
gymnaste devenue ranger intergalactique. L'histoire de ce
tome enchaîne directement sur la fin du tome 4 qui
voyait Tessa se faire enfermer dans sa gemme -prison
portative contenant un micro univers - avec le manwa
Kolass, le parasite de celui-ci et le fan club de poussin
géant. Les défis sont donc multiples pour
Tessa et ses compagnons. Tout d'abord survivre à
cet univers régi par des criminels endurcis
devenus seigneurs de guerre. Et surtout essayer de sortir
de la gemme... ce qui n'a jamais été fait
auparavant... pour autant que cela soit physiquement
faisable. Heureusement Tessa pourra conter sur des
alliés inattendus... et fera même quelques
découvertes inespérées.
Un album de Tessa dans la droite ligne de la série
et qui contentera sans problème ces
aficionados.
(Boul.)
Soleil
- série: "Monsieur
Blaireau et madame Renarde" T3, Quelle
équipe de Brigitte Luciani et Eve Tharlet.
Alors voici un registre auquel nous n'étions pas
du tout habitués... la BD pour tout petit.
Les enfants blaireau/renard et leurs amis jouent au bord
de l'eau et décident de construire un bateau. Ne
parvenant pas à se mettre d'accord sur les plans
du navire à construire, ils se séparent en
trois équipes et décident de faire une
course.
Superbement illustrée et mise en page de
manière très claire, l'histoire est emplie
de bonnes valeurs et aborde les difficultés des
familles recomposées, de l'amitié sans
toutefois que la morale sois trop lourdingue.
Édité dans un format un peu plus grand, cet
album est un très bel objet qui conviendra
parfaitement aux plus jeunes des petits
bédéphiles en herbes. Si vous voulez
introduire votre enfant au monde de la BD, c'est
probablement par là qu'il faut commencer.
(Boul.)
Dargaud
- série: "La
secte" T.1 à 4 de Mook.
Alors qu'il cherche son chemin, Kyo-ui, un jeune homme
aux airs un peu benêt, vient en aide à une
prostituée. Celle-ci se nomme Jun et après
s'être enfuie se voit rouer de coups par des
membres de la secte Mohaiga qui contrôle les
quartiers chauds de la ville. Elle est recueillie par
Jingaku, un mystérieux samouraï qui leur
viendra en aide après une seconde confrontation.
Ils lient ainsi leur destin face à la vengeance de
la puissante secte...
Série coréenne en 5 tomes, "La
secte" est de premier abord un manhwa d'action
plutôt déroutant. À l'opposition de
la couverture léchée, les pages proposent
un graphisme plus alambiqué quand il ne part pas
vers des cases au style "deformed" qui appuient un humour
de premier degré. Passé ce premier choc, on
doit faire face à une série de personnages
et de situations qui gardent tout leur mystère.
C'est seulement au fil des tomes que l'auteur
dévoile au goutte à goutte des brides sur
les motivations de ses personnages laissant une grande
place aux scènes de baston et d'ambiance. Un
univers adulte et masculin au traitement
éloigné des standards, de quoi laisser de
marbre ou emporter dans une expérience nouvelle et
violente.
Avec son nouvel ovni, l'auteur de "Hi Jack" et
"Comme dans un film" s'apprécie l'esprit
ouvert.
Big
Kana
- série: "Chine,
regards croisés" (collectif).
Après "Japon" et "Corée",
Casterman propose dans sa collection "Ecritures",
"Chine". Si vous n'êtes pas familier avec
l'exercice, sachez que l'album propose en 176 pages une
approche d'un pays et de sa culture à travers le
regard d'une douzaine d'auteurs, composés pour
moitié de locaux et pour l'autre de Francais ayant
séjourné une dizaine de jours en Chine pour
le projet. Ils ont tous comme impératif de
"créer une fiction courte originale, en toute
liberté, qui donne à voir un peu de
l'âme et de la substance de la Chine
d'aujourd'hui".
Un défi qui comme pour les oeuvres
précédentes propose un patchwork
hétéroclite autant au niveau graphique que
narratif. Du récit poétique au gros plan
sur le roi auto-proclamé du territoire de Kowloon,
des auteurs comme Yao Fei ("La rêveuse"),
Lai Tat Tat Wing("L'enfer de Jade"), Zhang Xiao Yu
("Le clown"), Gu Bao Xin, Chihoi passent la main
à Sylvain Saulne ("Mes affinités
sélectives"), Bandini ("Face contre
ciel"), Han Feng, Anne Simon ("Perséphone
aux enfers") ou Viravong ("Sheytan") pour nous
offrir des approches très différentes,
parfois romanesques, farfelues ou simplement originales
et dédiées aux plus curieux.
Casterman
- série: "Le groom
vert-de-gris" de Schwartz et Yann.
1942, la botte nazie écrase Bruxelles d'une main
de fer dans un casque d'acier! Le Moustic Hôtel est
devenu le quartier général de la Gestapo.
Spirou, qui y travaille comme groom, est entré
dans la résistance. Il communique par
émetteur radio des informations vitales au chef
des maquisards. Mais, les nazis font tout pour le
repérer. C'est alors qu'il assiste à un
spectacle inhabituel: une arme secrète fait
exploser de façon inexpliquée une
escadrille de bombardiers allemands. De son
côté, Fantasio travaille comme journaliste
au Soir volé. Plus loin, Spirou apprend qu'un
piège va être tendu aux résistants.
Il prévient son contact. Mais, les Allemands
écoutent la transmission et capturent les
maquisards. Au fil des événements tragiques
ou amusants, le mystère va en
s'épaississant...
Cette histoire se déroule en des temps difficiles
et graves. Pourtant, Yann réussit à nous
faire partager des moments de pure drôlerie. Les
gags et les jeux de mots pleuvent. Les rebondissements se
succèdent à un rythme infernal. Les
trouvailles scénaristiques s'enchaînent
à grand allure. Le scénario est dense,
compact et dynamique. Il mérite plusieurs lectures
tant Yann y a mis d'allusions et de
références. Les dialogues sont savoureux et
succulents, teintés de patois bruxellois. Les
clins d'oeil aux grands maîtres du 9ème Art
parsèment tout l'album. Ainsi, on croise Poildur,
Quick et Flupke, Bob Fish, Le jeune Albert, Hergé,
Jacobs, Chaland, Lambique, Jérôme et
Sidonie. Dans un style proche de celui d'Yves Chaland et
de Jijé, Olivier Schwartz fait merveille. Avec un
sens inné du découpage, son graphisme
superbe à la fois fouillé et limpide lui
permet de rendre l'essentiel et les détails les
plus infimes. La reconstitution historique de
l'époque est une réussite.
Une des meilleures aventures du célèbre
groom qui se dévore d'un trait ! Jubilatoire !
(Marc Bauloye)
Dupuis
- série: "Wayne
Shelton" T8, La Nuit des Aigles de Denayer et
Cailleteau.
Pour aider son camarade Roch, Wayne Shelton accepte de
convoyer jusqu'à Milan la Lance de Longinus que
protège un ordre secret dirigé par des
moines. Cette lance serait celle du soldat romain
Longinus qui aurait transpercé le flanc du Christ
mourant. Elle aurait le pouvoir mystérieux de
ressusciter les morts. Mais, des nazis fanatiques s'en
emparent pour instaurer un IVème Reich. Avec Mona,
la traqueuse de nazis, Wayne se retrouve en Argentine sur
la piste des terroristes. Il décide d'infiltrer
les détenteurs de la lance. Mais, ceux-ci font
peser un terrible danger sur l'archipel des
Malouines...
Thierry Cailleteau sait parfaitement doser le suspense en
distillant des éléments qui vont culminer
vers un dénouement explosif. Mais, si les
scènes d'action sont ébouriffantes, il
consacre deux planches à l'introspection du
héros qui est repoussé par la belle Mona.
La légende de la lance tient le lecteur en
haleine. Quant au thème de la chasse aux nazis, il
est abordé de façon relativement originale.
Christian Denayer réussit ici une reconstitution
historique minutieuse et stupéfiante tant au
niveau des uniformes que de l'arsenal des militaires
allemands. Son trait réaliste et percutant
illustre fort bien une histoire spectaculaire. Denayer
est à l'aise dans les scènes d'action comme
dans celles d'introspection avec un graphisme en pleine
maturité.
On se laisse emporter par cette formidable chasse aux
terroristes nazis.
(Marc Bauloye)
Dargaud
- série: "Les
Naufragés du Temps" T5, Tendre
Chimère par Gillon .
Course dans l'espace-temps ! Le relais spatio-temporel...
La mort de Valérie ! 2981. Réveillés
après une longue hibernation, Christopher, l'homme
venu du XXème siècle et sa compagne
prédestinée Valérie, se rendent
maîtres des envahisseurs Trasses. Après un
terrible affrontement dans L'Lombri, ils remportent aussi
la victoire sur leur ennemi, le Tapir. Avec Mara,
Valérie et Quinine, Chris revient sur Limavan. Il
est accueilli en sauveur. C'est alors que Valérie
meurt d'une maladie mystérieuse. Chris sombre dans
la confusion. Par l'oncle du Tapir, il apprend que
Valérie est vivante. Dès lors, il est bien
décidé à la retrouver. Mais, une
envoyée du gouvernement central, le Docteur
Rosemayor l'envoie en prison. Chris s'évade. Pour
retrouver Valérie, il utilise un relais
spatio-temporel qui permet de franchir des distances
cosmiques par dématérialisation. Il est
suivi par Mara et Rosemayor. Mais qui donc manipule Chris
dans l'ombre ? Suite à un différend avec
son scénariste, Paul Gillon assure seul le
scénario et le dessin de cette série qui
s'impose comme une référence en
matière de BD de science-fiction. Tendre
chimère est un épisode de transition au
cours duquel on assiste à un formidable coup de
théâtre: la mort de Valérie. L'auteur
accorde toujours beaucoup d'importance aux
caractères des personnages et aux dialogues. Pour
pouvoir animer une course-poursuite dans l'espace-temps,
Gillon fait preuve d'ingéniosité en
inventant un transmetteur de matière.
Graphiquement, les sauts dans l'espace sont de toute
beauté tandis que ses femmes ont une plastique
irréprochable. Son sens du découpage et son
trait élégant semblent innés. Par
ses prouesses graphiques, il influencera ainsi toute une
génération de dessinateurs. Une poursuite
dans l'espace-temps qui ne manque pas de rebondissements
et qui laisse le lecteur muet d'admiration...
(Marc Bauloye)
Glénat
- série: "Apocalypse
Mania" T2, Manik Shamanik Cycle 2 de
Bollée et Aymond.
De nos jours, quatre rayons de lumière
apparaissent dans différents endroits de la terre.
Chacun a des propriétés
particulières. Jacob Kandahar essaie de
résoudre cette énigme. Pour ce faire, il
traverse les quatre rayons et est désigné
pour sauver la planète. Il arrive dans un
désert hors du temps et est recueilli par le
peuple du pays Chiringuito. Jacob apprend que les rayons
lumineux sont les signes d'une lutte entre le bien et le
mal. Jadis, il se forma des remparts dans l'espace qui
usent de rayons de lumière pour transmettre des
messages. Jacob va passer l'ultime épreuve: un
terrible combat spirituel et physique...
"Apocalypse Mania" est un mélange
d'anticipation, de science-fiction et de fantastique. Le
scénariste Laurent-Frédéric
Bollée propose une histoire dont l'issue n'est
rien de moins que l'apocalypse. Il joue sur la peur que
provoque l'apparition de rayons lumineux et imagine un
personnage central capable de dénouer la crise.
C'est un génie assez antipathique, mais, pourtant
attachant parce qu'il ne sait pas s'adapter aux autres et
en souffre. Bollée distille les ingrédients
d'un suspense soutenu par des questions
métaphysiques. On sent ici que le
dénouement, mystérieux, approche.
Graphiquement, Philippe Aymond se surpasse en
créant de véritables petits tableaux d'un
futur improbable avec son trait réaliste et
précis. Les découpages sont somptueux et
rehaussés par de très belles couleurs.
Un épisode passionnant qui frise l'excellence. On
aimerait que la série se prolonge
indéfiniment !
(Marc Bauloye)
Dargaud
- série: "Carnets
d'Orient" T10, Terre Fatale de Ferrandez.
Carnets d'Orient retrace le douloureux destin de
personnages fictifs, français et algériens,
depuis la colonisation de l'Algérie jusqu'à
son indépendance.
En 1960, Octave, le descendant d'une longue lignée
de colons français, revient à Alger. Le
colonel Lebreton lui demande d'entamer des pourparlers
entre les chefs arabes et les émissaires
français pour sauvegarder la paix. Octave accepte
la mission pour retrouver Samia qui est enceinte de lui.
Puis, il emmène en France des chefs rebelles pour
discuter avec de Gaulle de l'avenir de l'Algérie.
À Alger, les partisans d'une Algérie
française se mobilisent. Les affrontements
violents se multiplient. Gravement perturbé,
Octave ne sait plus dans quel camp se ranger. C'est un
Pied-noir et il ne conçoit pas une Algérie
sans les Français...
Jacques Ferrandez a créé une oeuvre
humaniste avec ses "Carnets d'Orient". Si les intrigues
du scénario sont romancées, la trame
s'appuie sur des faits réels. Sans jamais prendre
vraiment parti, Ferrandez laisse s'exprimer à
travers plusieurs générations les opinions
de chacun. "Terre Fatale" réveille
d'anciennes blessures puisque cet épisode aboutit
à l'indépendance de l'Algérie
après de terribles affrontements. Tout d'un coup,
la politique s'insinue dans les actes les plus anodins.
Et beaucoup paniquent devant la montée du
nationalisme. Le scénario de cet épisode,
qui clôture la série, est conçu comme
une lente ascension vers un dénouement
inéluctable. Comme à son habitude,
Ferrandez alterne un découpage classique avec un
trait réaliste et de superbes aquarelles. Il
incruste dans ses planches des documents comme des
journaux, des lettres, des affiches.
On ne peut rester insensible à cette fresque
humaniste à la fois saga familiale et histoire
d'un peuple qui a souffert.
(Marc Bauloye)
Casterman
- "Les Nuits
Assassines" de Byun et Goum.
Autriche, automne 1973. Axel Neunhöffer,
héritier d'une scierie, revient d'un voyage
d'affaires. Il est accueilli par sa femme Helga et
décède brutalement à l'âge de
36 ans suite à un malaise. Depuis toujours, Helga
est rejetée par sa belle famille parce que son
père a été soupçonné
d'avoir tué celui d'Axel en 1946. Le
bébé d'Ilse (la soeur d'Alex) et de Manfred
s'étouffe ensuite dans son berceau. D'autres
décès troublants vont suivre dans la
même famille. Le journaliste Traier décide
de faire de cette affaire un sujet de reportage. Mais,
quand un autre membre de la famille meurt, l'inspecteur
Ganz demande une autopsie qui révèle qu'il
a été assassiné. La série
noire se poursuit. Traier fait alors le rapprochement
entre cette affaire et la légende du nonicide: une
malédiction qui pèse sur un mourant le
poussant à "revenir" après sa mort pour
tuer neuf de ses proches...
"Les Nuits Assassines" est le fruit de la
collaboration entre un dessinateur coréen, Byun,
et un scénariste français, Goum. On peut
donc être un peu surpris par le graphisme
expressif, style manga, illustrant un récit dont
l'action se situe en Europe. Le scénario repose en
partie sur l'ancienne légende autrichienne du
nonicide. Jusqu'au bout, on se demande s'il s'agit d'une
malédiction ou d'un véritable assassin qui
opère dans l'ombre. La difficulté
résidait à rendre cette histoire
suffisamment intéressante pour accrocher le
lecteur. Le pari est partiellement réussi. Il est
toutefois dommage que les membres de la famille
Neunhöffer ne soient pas plus sympathiques. Le
suspense va crescendo au fil des nombreux coups de
théâtre que sont les décès des
multiples acteurs.
À mi-chemin entre le polar et le fantastique,
cette histoire à l'atmosphère macabre,
lourde et pesante, nous tient en haleine jusqu'au
dénouement surprenant...
(Marc Bauloye)
Casterman
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