Les Bandes Dessinées
des semaines
précédentes

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- série:
"Sasmira" T.2, La fausse note de Vicomte et Pelet.
Paris. De nos jours. Jeune pianiste virtuose, Stanislas, semble
préoccupé et fuit sa fiancée Bertille. Celle-ci veut une explication.
Stan aurait rencontré une vieille femme aux paroles sibyllines. Elle
est morte dans ses bras. Stan a découvert dans ses poches une photo. Un
agrandissement montre un motif d’un ancien comté dans le Cantal et le
visage d’une belle jeune femme qui captive Stan. Les deux jeunes gens
retrouvent le château de la photo et, subitement, traversent le temps…
Laurent Vicomte nous a fait attendre quinze ans pour accoucher du
deuxième épisode de Sasmira. Tout le charme du volume un se retrouve
transposé dans La fausse note. Et, le lecteur reçoit des réponses à ses
questions. Les auteurs ont fait un grand effort de documentation tant
pour les décors que pour les costumes. Les jeux de séduction se font de
plus en plus fréquents et un grand mystère plane sur un récit de plus
en plus émouvant et intriguant. Sasmira et Bertille sont d’une beauté
rare. Mais, tout se concentre sur Sasmira et son secret. Prudence joue
un rôle capital dans la découverte de mécanismes lourds de sens. Le
scénario, admirablement bien ficelé tient le lecteur en haleine. L’idée
du passage dans le temps captive. Graphiquement, Vicomte nous offre,
avec son trait élégant, des personnages aux courbes lascives. Le trait
précis de Pelet ne gâche en rien la partition. Il traduit à merveille
les atmosphères pesantes ou captivantes de ce récit fantastique.
Une oeuvre qui tient toutes ses promesses. A ne pas manquer !
(Marc Bauloye)
Glénat
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- série:
"Le Grand Mort" T.3, Blanche de Mallié, Loisel et Djian.
Etudiante, Pauline fait la connaissance, à la campagne, d’Erwan,
dépositaire d’un secret. Disciple de maître Cristo, il est chargé d’une
mission dans un monde parallèle. Un univers où les jours comptent pour
des années. Malgré elle, Pauline s’y trouve transportée avec lui. Quand
ils arrivent au Grand Mort où doit se passer le rituel, Pauline passe
son temps à vomir. Pendant qu’Erwan sert de trait d’union entre les
deux mondes, Pauline revient dans son univers. A son réveil, Erwan
constate qu’un hermaphrodite du petit peuple lui fait l’amour et que
ses acolytes ont été empoisonnés...
C’est une belle brochette de talents qui officie sur la série du Grand
Mort. Jean-Blaise Djian s’est associé à Loisel lui-même pour le
scénario. Sous forme de quête initiatique, le premier volume,
passionnant, reprenait des éléments fantastiques avec des
interconnexions entre deux mondes dépendants l’un de l’autre. Plus
tard, dans un Paris en proie au chaos, les acteurs se cherchent sans se
trouver… Cet opus permet enfin les retrouvailles. Mais, le scénario se
centre sur Blanche, omniprésente, mystérieuse, inquiétante, aux
pouvoirs maléfiques. Et, des explications sont données concernant cette
maternité qui aurait débuté dans le monde du petit peuple. Le graphisme
de Vincent Mallié sert à merveille le récit avec l’ambiance d’une
ville en proie à tous les maux.
Un épisode qui donne des réponses et nous plonge dans d’autres mystères...
(Marc Bauloye)
Vents d’Ouest
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- série:
"Muraqqa" T.1, Vêtue par le ciel de Miralles et Ruiz.
Perse. XVIIème siècle. Priti, une très belle jeune femme, dessine, nue,
des animaux. Elle fait partie de la communauté des jaïns. Elle a été
choisie pour son talent de peintre afin de réaliser à la cour du grand
Mogol un muraqqa (patchwork de tissu). L’impératrice a constaté qu’il
n’existait aucun muraqqa sur la vie des femmes au zenana (harem). Elle
cherche une artiste douée pour pallier à cette lacune. Voilà donc la
mission de Priti qui, végétarienne, doit vivre avec des musulmans qui
consomment des animaux…
A voir la couverture, on croirait qu’il s’agit d’un épisode de Djinn.
C’est vrai qu’on reconnaît tout de suite la patte magique et sensuelle
d’Ana Miralles. Mais, le scénario n’est pas de Jean Dufaux. C’est celui
d’Emilio Ruiz, le mari de Miralles. Le nœud de l’intrigue est bien
mince puisqu’il s’agit pour l’héroïne de peindre la vie du harem. Mais,
cet opus met en place, de façon minutieuse et agréable, personnages et
décors. On suit donc avec intérêt les pérégrinations de Priti tandis
que le contexte historique est dévoilé au cours d’une réunion des
proches de l’empereur. Le scénariste Ruiz a réalisé un effort
particulier au niveau de la documentation. Mais, il manque encore des
éléments pour que cette série démarre vraiment. Le graphisme de
Miralles est somptueux et vaut le détour. Ses femmes sont belles et
tous les détails, des robes aux bijoux, sont magnifiquement reproduits.
On attendra avec curiosité le prochain épisode pour se prononcer...
(Marc Bauloye)
Editions 12 Bis
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- "La guerre des Sambre Werner et Charlotte Chapitre 2 Automne 1768 La messe rouge" de Boidin et Yslaire.
Novembre 1768.
L’antipathique comtesse Jeanne-Sophie de Sambre et sa fille Charlotte
se trouvent exilées à Vienne. Au cours d’un jeu, Charlotte rencontre
Werner Von Gotha, un orphelin aux yeux rouges. Du premier coup,
Charlotte tombe amoureuse de Werner. Mais, sa mère a d’autres projets
pour elle et méprise ce garçon sans fortune. Pour l’éliminer, elle ira
jusqu’à faire un pari colossal : séduire Werner en partageant son bain!
Bernar Yslaire
poursuit sa formidable et romantique saga des Sambre commencée avec
Balac (Yann) en 1986. Ici, le scénario d’Yslaire reste classique : jeux
tragiques de l’amour et jeux de pouvoir. Le dessinateur Marc-Antoine
Boidin apporte tout son talent à l’ouvrage. Son trait racé et élégant
trace personnages et décors avec maestria. Le dessin de Bodin exprime
bien toute une palette de sentiments. La reconstitution historique est
parfaite. Mais, le dessin ne suffit pas. Le scénariste doit fournir un
scénario qui tient debout et, à ce jeu, Yslaire excelle. En donnant au
récit un découpage approprié, il propose une histoire à la fois limpide
et tortueuse où scénario et dessin se complètent à merveille. Les
scènes d’amour succèdent aux scènes d’intrigues. Mais, les obstacles à
une idylle sont nombreux. Comme ceux que vivront Bernard et Julie. Et,
que dire des couleurs rouges et sombres qui accentuent l’aspect
romanesque.
Un classique incontournable de la BD romantique…
(Marc Bauloye)
Glénat/Futuropolis
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- série:
"Siegfried III", Le crépuscule des Dieux d'Alice.
Mime et Siegfried rejoignent la cité des nibelungs où vit Fafnir, le
frère de Mime. Mime retrouve ses amis figés dans la pierre et tente de
faire renoncer Siegfried. Rien n’y fait et ils traversent l’eau pour se
trouver au cœur de la cité. Siegfried s’apprête à combattre et Mime lui
donne un casque pour se protéger. Le combat est terrible, dantesque.
Seul son cheval aide Siegfried à ne pas sombrer. Mais, son épée ne
rompt pas. A l’issue du combat, Siegfried part délivrer la fille d’Odin
qu’il devra affronter. L’amour sera-t-il le plus fort ? Comme
Richard Wagner et John Ronald Reuel Tolkien, Alex Alice s’inspire de la
légende de Siegfried issue de la mythologie germanique et nordique.
Alice avait prévu au départ de concevoir d’abord un film d’animation
puis de revisiter le sujet pour en faire une trilogie d’heroic-fantasy
en BD. Les deux premiers tomes n’ont pas déçu atteignant par moments
des sommets. Cet opus, « Le crépuscule des dieux », voit la
chute du dragon et du dieu et le triomphe de l’amour. De façon
magistrale, Alice parvient à rendre son récit passionnant. Grâce à des
cadrages de toute beauté et à un découpage plein d’ingéniosité, la
partie graphique est époustouflante. On peut qualifier de grandiose son
travail sur les personnages et les décors. A la fois chanson de geste
au souffle épique et poignante histoire d’amour, tragédie et comédie,
Siegfried est un régal. La conclusion touche au sublime.
Le dénouement somptueux d’un chef-d’œuvre à ne manquer à aucun prix !
(Marc Bauloye)
Dargaud
-
"3" de Marc-Antoine Mathieu.
"3’’ se propose de relater la trajectoire de la lumière dans une petite
portion d’espace-temps. Les trois secondes qui la constituent forment
un récit très court, mais aussi très dense, aux allures d’intrigue
policière. Observer les détails, enquêter d’une scène à l’autre permet
de reconstituer les angles morts et de récolter les indices sur ce qui
relie les personnages et les motive. Affaires, crimes, complot… A
chacun de se faire sa propre idée. Quelques pistes : Quel scandale
secoue la presse ? Qu’a dit Renato Nacci et que fait-il ? Qui
est dans l’avion et que lui arrive-t-il ? Qu’a-t-on offert à
Carine ? Voilà le préambule pour 3’’ du petit (grand) génie de la
BD, Marc-Antoine Mathieu, qui manie l’art séquentiel avec brio. Ici, le
pari est osé. Tout repose sur l’effet miroir, l’effet rétroviseur.
Chaque planche se termine par un détail qui est agrandi à la planche
suivante. On pourrait penser que le lecteur ne va pas accrocher, mais
chaque page invite à lire la suivante. Ce sont des histoires de 3’’
racontées sur une durée totale de 3’’ ou sur 3’’ multipliées par le
nombre d’histoires. Il y a une intrigue qu’il faut décrypter. Mathieu
utilise le gaufrier classique et des thèmes reviennent de façon
récurrente toutes les 3’’. C’est totalement innovateur. Ce n’est pas un
exercice de style. Ce n’est pas une expérimentation. C’est une façon
nouvelle de raconter en BD une histoire. C’est un nouveau concept
jubilatoire qui invite à de multiples lectures de 3’’. Mathieu a
toujours accordé beaucoup d’importance au livre-objet et il est
l’exemple même que la BD peut se renouveler.
Un bel album à lire en 3’’. Un livre exceptionnel à lire d’urgence !
(Marc Bauloye)
Delcourt
-
"Junk Love" de Chaemin.
La jolie Ho-gyeong
voudrait devenir comédienne mais les portes pour y parvenir sont
difficiles à ouvrir. En attendant, elle pose nue dans des ateliers de
peinture et vit chichement. Elle entretient une relation sentimentale
avec Min-gyu. Paresseux, chapardeur, sans ambition, hypocrite, sans
boulot fixe, ce dernier, au physique avenant, joue les parasites. Il
profite de son argent et de son corps. Bien sûr, le sexe permet à la
jeune fille de trouver des compensations. Et, puis, Min-gyu a trouvé le
moyen de faire passer autrement la pilule en offrant à sa compagne de
la nourriture… Chaemin est aujourd’hui l’une des voix originales de la
BD féminine en Corée. Contrairement aux dessinatrices coréennes qui
traitent le thème de l’amour sans rapport avec la réalité, l’auteure
crée une BD qui reflète fidèlement la réalité d’une femme adulte, sa
vie quotidienne, sa vie affective et qui donne à réfléchir. C’est le
portrait d’une femme dans la vingtaine emportée par le tourbillon du
changement, un peu comme un rite de passage. Le titre original est Bad
Food. C’est une allégorie sur les formes compliquées de l’amour qui
peut aussi bien faire mal qu’apprivoiser les gens, exactement comme la
nourriture. Chaemin raconte la vie d’un couple à travers leur façon de
se nourrir ensemble. C’est une relation homme-femme très courante en
Corée. Avec son trait gracieux, Chaemin dessine des personnages
attachants.
Une œuvre profonde, pour public averti, qui dévoile un nouveau talent et suscite la réflexion…
(Marc Bauloye)
Casterman écritures
- série:
"David" Les femmes et la mortde Judith Vanistendael.
Berlin. Avril 2000. Le
médecin de David lui apprend une horrible nouvelle. Il est atteint d’un
cancer du larynx. Sans métastases. Cela veut dire qu’il peut s’en
sortir avec de la chimiothérapie et de la radiothérapie. David se
demande comment il doit réagir vis-à-vis des trois femmes de sa vie.
Avec Julia, il a eu une fille, Miriam, qui a maintenant 35 ans et qui
vient d’accoucher d’une fille, Louise. Le père est parti. Avec Paula,
David a eu une fille, Tamar, qui a neuf ans. Il ne peut se résoudre à
inquiéter les femmes qu’il aime et se mure dans le silence... A travers
une histoire fictive bouleversante, un pavé de 272 planches réalisé à
l’aquarelle, Judith Vanistendael pose la question de la maladie, de la
réaction des proches et de l’euthanasie. L’incroyable maturité de sa
narration impressionne de page en page pour atteindre des sommets
d’émotion. Ce roman graphique traite la maladie sans fausse pudeur et
sous une forme osant mêler l’intime, le poétique et le médical. Le
résultat est poignant. L’intime rejoint ainsi l’universel sur un sujet
(la maladie, la mort et les silences qui les accompagnent) qui nous
concerne tous. Le tragique côtoie le beau et même une chambre stérile
peut être entourée d’évasions oniriques et de rires d’enfants. Avec
cette œuvre sur la mort, l’auteure nous donne une magnifique leçon de
vie.
Une histoire qui ne laisse pas indifférent et qui renvoie à notre propre mort…
- série:
"Wayne Shelton" T.10, La
rançon de Denayer et Van Hamme.
Irak. Le lieutenant Keller de l'armée
américaine disparaît au cours d'une
patrouille. Golfe de Californie. Wayne Shelton
bourlingue sur son voilier et repêche une
superbe fille qui vient de sauter en parachute.
C'est un cadeau d'Honesty pour son anniversaire.
Elle lui demande de venir à Houston
où Gary Keller a un mot à lui
dire. En fait, Gary confie à Shelton que
sa fille Pauline s'est évaporée
dans la nature en Irak. Un certain Kulay Ran lui
demande vingt millions de dollars en diamants
pour lui rendre Pauline!
Le scénariste Jean Van Hamme avait
abandonné la série. C'est Thierry
Cailleteau qui le remplace le temps de quelques
albums. Ce dernier jugé peu performant,
Van Hamme écrit le volume 9 où il
fait preuve de son ingéniosité
coutumière et d'humour. Cette fois, il
nous sert une intrigue solide truffée de
rebondissements. Une fois de plus, il met son
héros dans une situation impossible. Tous
les ingrédients sont de la partie pour
faire de cette histoire un piège mortel.
Miraculeusement épargné, notre
quinquagénaire parvient à
surmonter toutes les embûches. D'autant
plus qu'il connaît le pays et ses
habitants. Le graphisme de Christian Denayer est
parfaitement au point. Très à
l'aise dans les scènes d'action, son
trait élégant et précis
promène le lecteur dans une balade qui se
transforme vite en cauchemar. Les décors
sont superbes. Les personnages bien typés
et les pépées bien
roulées.
Une aventure menée tambour battant comme
on les aime. A lire d'urgence!
(Marc Bauloye)
Dargaud
- série:
"Very Bad Twinz" T.1, Pacco et
Margaux de Motin.
Ancienne star de la musique, Pacco a
été électrocuté par
une fan! Il s'est retrouvé direct aux
enfers. C'est un démon plutôt
placide qui ne cherche pas les ennuis. Manque de
chance, sa meilleure amie Gomar est une
diablesse qui ne pense qu'à s'amuser. Le
Diable a fait une trêve avec Dieu. Plus de
virées sur terre pour mettre le bordel.
Mais, il y a une faille...
Very Bad Twinz est une BD atypique
créée par deux dessinateurs
scénaristes Margaux Motin et Pacco. C'est
le premier album à quatre mains de deux
auteurs reconnus de la blogosphère BD.
Margaux et Pacco mélangent leurs deux
univers, leurs traits, leurs techniques et
donnent naissance à un album
entièrement écrit et
dessiné à deux: personnages,
décors. Cette série est
prévue en trois tomes. L'idée
d'opposer Dieu et Satan n'est pas neuve et a
été exploitée en BD, au
cinéma et en littérature. Les
auteurs apportent leur touche personnelle en
changeant les corps et les âmes des deux
acolytes. Le plaisir provient de l'antinomie
entre Pacco et Gomar aux caractères
très différents. On est aussi
curieux de voir comment ils vont rejoindre leurs
pénates. Comme ils ont utilisé
leurs pouvoirs, le Diable leur explique que la
trêve est rompue et qu'il leur appartient
de déclencher l'apocalypse. Les auteurs
parviennent à nous surprendre et à
nous faire rire. Graphiquement, l'album est une
perle en bichromie. Le trait léger et
précis trace d'agréables
personnages. A noter l'absence de cases.
Une véritable curiosité dans le
monde de la BD. A découvrir!
(Marc Bauloye)
Fluide G
- série:
"Sisco" T.4, Whisky-coke de
Legrain et Benec.
France. De nos jours. Sisco-Castiglioni fait
partie des services secrets de l'Elysée.
C'est un de ces hommes de l'ombre qui huilent
les rouages politiques à coups de 9 mm.
Il a tué Saint-Servan, un conseiller de
l'Elysée (Faites-la taire!). Au lieu
d'une mise à pied, Sisco hérite
d'un sort peut-être encore pire : le
voilà devenu le garde du corps de Julie,
la fille du Président qui est
victime d'un complot. Par ailleurs, la
demi-soeur de Julie est au coeur de ce complot
manipulée par un homme mystérieux
qui veut venger son oncle, Saint-Servan...
Le scénariste Benec n'est pas de ceux qui
se perdent en longues phases d'exposition.
Dès les premières planches, on se
retrouve donc plongé au coeur de
l'action. En outre, de par son trait
réaliste et ses décors quasi
photographiques, le dessinateur Thomas Legrain
parvient à nous faire vivre des moments
palpitants et à nous faire entrer
efficacement dans le récit. Benec conclut
ici son diptyque avec une intrigue très
classique, le récit d'une vengeance dans
le milieu de la drogue. La psychologie des
acteurs reste sommaire sauf celle de la
demi-soeur du Président. Benec a
créé de toutes pièces le
service au sein duquel opère Sisco.
Séduit par les personnages et les
dialogues, Legrain s'est appliqué
à rendre ses personnages moins
figés. Le récit est haletant tant
l'action est soutenue de bout en bout.
La conclusion de ce thriller politique atypique
emmène le lecteur vers un voyage
passionnant. A découvrir!
(Marc Bauloye)
Le Lombard
- série:
"Washita" T.5, Labourot de
Gauthier et Lerolle.
La tribu des Ani-Yunwiya, des indiens Cherokee,
vit en harmonie avec la nature et les animaux.
Mais, voilà que les daims
véhiculent une étrange maladie qui
se manifeste par des taches noires sur leurs
corps. Equani, le guerrier le plus valeureux,
est chargé de trouver la source du mal.
Les dieux de la forêt décident de
tuer Equani qui leur a menti. Ce dernier part
plaider sa cause. Il trouve les dieux en train
de débattre de la nécessité
d'une guerre contre les humains. Mais, Equani
leur fait comprendre que la maladie a
été créée pour tuer
Washita par Uktena, un python. Les dieux sont
divisés. Le daim et l'ours donnent leur
soutien à Equani. Les autres partent en
guerre. Une guerre sanglante dont l'enjeu est
Washita...
Cet opus livre au lecteur le dénouement
surprenant de l'histoire qui donne raison aux
dieux de la forêt mais aussi aux hommes.
Légende, textes sacrés, expliquent
le forfait des serpents. Washita a
été victime d'une vengeance.
Equani va lui permettre de retrouver
l'équilibre des choses. On retrouve le
thème du sacrifice à travers un
récit de toute beauté.
Mêlant histoire d'amour et fantastique,
l'intrigue, extrêmement bien
documentée, met en scène des
personnages qu'on trouve très vite
attachants. Cet épisode fait la part
belle aux sentiments et aux émotions.
C'est de la haine qu'on voit chez tous quand la
violence se déclenche. C'est de l'amour
qu'on voit dans les yeux de Washita quand tout
est consommé. Et, le cours du
récit prend une tournure surprenante
quand Equani reçoit une vision qui va
amener à faire de lui un
héros.
Une fin de cycle époustouflante qui
invite à relire toute l'histoire.
(Marc Bauloye)
Dargaud
- série:
"Les Temps Nouveaux" T.2, de
Warnauts et Raives.
1944. La guerre est terminée, mais cette
nouvelle page qu'est la Libération
s'écrit toujours en lettres de sang.
Procès hâtifs des inciviques,
vengeance personnelle et vieilles rancoeurs sont
légion. Alice, dont le mari Charles a
été collabo, en est la victime.
Elle est tondue. Dans le petit village de La
Goffe, Thomas Deschamps, plutôt
communiste, voit les G.I. remplacer les
Allemands dans les chambres de sa petite
auberge, sans savoir quel accueil il
réservera à Charles...
Eric Warnauts et Raives ont ouvert une page
sombre de l'Histoire, au prisme de la vie d'un
village tout ce qu'il y a de plus tranquille...
en apparence! Cette fin de diptyque
"Signé" Warnauts et Raives nous replonge
dans l'Histoire trouble des années de
l'après-guerre. Mais par le petit bout de
la lorgnette. Constat est posé de
l'attitude de chacun pendant la guerre. Thomas,
l'intègre, s'oppose à Charles le
collabo. Et, là encore, les auteurs nous
concoctent un dénouement surprenant que
l'on taira pour ne pas déflorer
l'histoire. Les coeurs sont meurtris et d'autres
aigris. Thomas le libertin peut chanter une
amère victoire. Outre une documentation
soignée, les auteurs rendent leurs
personnages attachants. Cette fresque est
magnifiée par le travail graphique de
Warnauts et Raives. Fidèles à
leurs habitudes, ils écrivent, dessinent
et colorient à quatre mains, pour un
résultat d'une rare
homogénéité, tout en
couleurs directes. Une magnifique fresque pleine
d'humanité que l'on quitte à
regret. A lire absolument!
(Marc Bauloye)
Signé Le Lombard
- série:
"XIII Mystery" T.4, Colonel Amos
de Boucq et Alcante.
New York. La voiture du procureur
général explose quand il met le
contact! Cinq mois plus tard, aidé par le
FBI, le colonel Samuel Amos a mis au point une
opération pour capturer un espion
israélien. Mais l'homme échappe au
directeur des affaires anti-terroristes
américaines. Et, l'endroit où il
se cachait explose. Amos récupère
des documents secrets. A leur lecture, il
consulte Frank Giordino, directeur de la CIA, et
Carl Heideger, directeur du contre-espionnage.
Une question d'importance vient sur le tapis. Il
s'agit de trouver et d'éliminer Dovev, un
agent dormant israélien...
Le scénariste Alcante réussit
à imaginer un thriller d'espionnage
particulièrement tordu. L'idée de
l'agent dormant n'est pas nouvelle. Mais, son
traitement ici est ébouriffant. Alcante a
pris un soin particulier à nous faire
connaître en détails le profil
psychologique d'Amos. Et, sa jeunesse revient
à la surface avec son passé en
Israël. On a droit aussi aux
révélations sur sa vie de famille,
ses amours et la découverte d'une fille
qu'il souhaiterait secrètement
rencontrer. Le dessinateur talentueux
François Boucq ("Le Janitor")
réalise une partition parfaite. Son trait
réaliste et rugueux dessine un colonel
Amos proche de l'original de William Vance.
Aussi à l'aise dans les scènes
d'action que dans les scènes plus
intimistes, Boucq crée le rythme d'un
thriller passionnant. Il parvient à
rendre les moments avec Kira émouvants.
Ce spin-off se démarque des autres par
son côté brillant. A lire
absolument!
(Marc Bauloye)
Dargaud
-
"Nocturnes" de Clarke.
Un village dans la campagne. On ne sait
où... La tension règne. Les
habitants semblent rongés par l'angoisse.
Certains perdent la mémoire. D'autres
disparaissent. Alice croit même voir
Léo, son frère, à deux
endroits en même temps... Que se
passe-t-il dans ce village d'apparence
ordinaire? Pourquoi les villageois
disparaissent-ils un à un, avant de se
rassembler autour de Léo,
l'écrivain?
Scénariste et dessinateur, Clarke nous
propose ici une intrigue hors des sentiers
battus, hors du commun. Son approche va clouer
le lecteur sur ce one-shot de 62 pages qu'il va
lire d'un trait! Clarke pose des questions dont
la réponse est inattendue, magnifique et
terrifiante. Il réussit ce qui n'avait
jamais été fait en BD: mettre un
écrivain face à ses personnages.
Ou le contraire. Il construit petit à
petit un suspense insoutenable. L'angoisse
palpable est rendue par les situations, les
dialogues et le graphisme. On découvre
une oeuvre intimiste à la fois
réaliste et fantastique. Clarke joue de
la surprise. Au début, on ne comprend
rien. Mais, petit à petit, les indices
s'accumulent pour percer le secret et
découvrir la vérité. Le
dénouement est à la hauteur de
l'intrigue. Étonnant. On ne sort pas
indemne de cette thématique. Le trait
semi-réaliste de Clarke croque des
personnages plus vrais que nature, des
personnages pourtant irréels. Les
décors superbes ajoutent à
l'angoisse. Les couleurs participent au
même but. Une véritable
réussite... Un récit inédit
qui donne des frissons. A découvrir!
(Marc Bauloye)
Le Lombard Signé
- "Les
Aigles de Rome Livre III" de Marini.
Arminius a été envoyé en
Germanie et fait préfet. Les Romains et
Varus, chef des légions, pensent qu'il
est capable de pacifier la région et de
se faire des alliés de toutes les tribus
Germaines. Arminius devient le Roi des
Chérusques à la mort de son
père. Il est amoureux de Thusnelda, la
fille d'un chef de tribu. En fait, Arminius
trahit Rome et n'a qu'un seul but : unifier
les tribus et marcher sur Rome...
Enrico Marini poursuit sa saga pleine de bruits
et de fureur mêlant dans son intrigue
amour, amitié, haine et désir.
Marini soigne le personnage d'Arminius en lui
donnant une densité psychologique
extrêmement fouillée. Il en fait un
meneur, un grand chef qui trompe les Romains
pour réussir l'impossible: mettre Rome
à genoux! A côté, Marcus
fait office de boy-scout et se fait rouler dans
la farine. Il ne faut pas se mentir, Les Aigles
figurent parmi les meilleures histoires de
Marini qui officie comme scénariste et
comme dessinateur. On se passionne pour cette
saga qui multiplie les rebondissements jusqu'au
coup de théâtre final. Le graphisme
est somptueux. Chaque case est un petit tableau
magnifiquement soigné. Les personnages et
les décors bénéficient
d'une reconstitution historique hors pair. Tout
est dans les détails alors que les
expressions sont très réussies.
Les couleurs superbes ajoutent au
côté dramatique de la situation.
Une réussite sur tous les plans.
Un épisode littéralement
palpitant. Un classique à se procurer
d'urgence!
(Marc Bauloye)
Dargaud
- série:
"XIII" T.20, Le jour du Mayflower de
Jigounov et Sente.
Connaissant désormais son identité, Jason
Mac Lane, alias XIII, consulte une psychiatre pour
retrouver la mémoire. Elle l'envoie chez un
spécialiste. Chez lui, Jason est attendu par
Julianne qui travaille pour une milice privée. Il
l'éconduit. A Augusta, le spécialiste en
cellules neuronales le soumet à une
expérimentation. La séance est une
réussite...
Le scénariste Jean Van Hamme et William Vance
avait bouclé définitivement le cycle de
"XIII" en vingt albums. Tout était dit ou presque.
En effet, l'identité de XIII était
livrée à la fin. Mais, il y avait une
faille, un trou béant: Jason restait
amnésique. D'où l'idée
géniale d'Yves Sente: un cycle pour lui faire
retrouver la mémoire! Sente relève
brillamment le défi. Cela démarre au petit
trot. Sente installe ses personnages. Jason, devenu
citoyen ordinaire, ne demande qu'à retrouver ses
souvenirs. Sans faire de vagues... Mais, de nombreux
incidents vont le remettre dans la situation d'un fuyard
et d'un suspect. La, Sente fait très fort avec une
conjuration millénaire: les conjurés de la
fleur de mai. Il y a aussi le manuscrit de Duncan et le
voyage du Mayflower. Graphiquement, dans son style, Youri
Jigounov remet une copie très conforme à
l'univers de Vance. Carré, réaliste, son
trait dessine des personnages énigmatiques (avec
le côté sexy de Julianne) et des
décors parfaitement cadrés.
Une reprise réussie d'une série culte. On
attend la suite avec impatience.
(Marc Bauloye)
Dargaud
- série:
"Centaures" T.1, Crisis de Loutte et
Herzet.
Les îles Amandine, ancien DOM-TOM situé au
sud de la Réunion, connaissent une grave crise
politique qui dégénère en guerre
civile. La France y a une base militaire.
S'échappant de justesse à bord de leur
Rafale, les capitaines Yann "TNT" Trégord et Malia
"Starbuck" Nozeret mitraillent les hostiles qui
envahissent la base. Ils dégomment deux avions
civils porteurs de gaz mortel. Puis, ils sont contraints,
réacteurs en panne, d'atterrir dans la nature
devenant ainsi la cible des combattants de la
liberté...
Depuis l'absence de Buck Danny et de Tanguy et Laverdure,
aucune série n'était venue prendre la
relève. Avec "Les Centaures", c'est chose faite.
Le scénariste Emmanuel Herzet et Eric Loutte ont
passé une semaine à bord du porte-avions
"Charles De Gaulle". Une aubaine pour la documentation au
niveau technique et humain. Herzet installe une intrigue
classique avec un coup d'état. Mais, il n'oublie
pas l'aspect humain et les rapports entre les pilotes.
Les scènes dans le ciel sont spectaculaires. Celle
de l'atterrissage d'un avion civil sur le porte-avions
également. Seule difficulté,
décrypter le jargon (réel) des pilotes.
Après des années à dessiner de vieux
avions, Loutte s'est régalé avec ses
Rafales et la reproduction d'un porte-avions. Les
personnages sont très bien rendus comme les avions
et le matériel technologique.
Une nouvelle page de la BD d'aviation, moderne,
réaliste et bien documentée. A
découvrir!
(Marc Bauloye)
Le Lombard
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