Les Bandes Dessinées des semaines précédentes


- série: "I.R.S. All Watcher" T.1, Antonia de Queireix et Desberg.
La jolie romaine Antonia Sforzi a perdu goût à la vie. Son dernier amant, Renato, l'a jeté à la rue. Seul son père semble s'inquiéter pour elle. À sa grande stupéfaction, Antonia découvre que celui-ci est un tueur professionnel à la solde d'une Loge secrète. Sforzi compte sur sa fille pour reprendre le flambeau. Larry B. Max enquête à Rome pour l'I.R.S.. Il s'intéresse à la jeune femme et devient son amant. Mais, la Loge veut faire liquider Antonia par un homme qui est un témoin capital pour Larry...
"Antonia" sert de conclusion au dernier diptyque d' "I.R.S." mais c'est aussi le premier tome d'une série parallèle à "I.R.S.", "All Watcher", qui peut se lire de façon indépendante. Le scénariste Stephen Desberg s'est lancé dans le projet ambitieux d'un cycle de 7 albums centrés sur un sujet novateur et crédible: l'argent qui disparaît de l'économie officielle et qui pourrait profiter à quelqu'un (que certains initiés surnomment All Watcher). Si "Antonia" effleure ce thème, l'épisode propose des scènes d'action spectaculaires. Cette fois, le personnage principal est une jeune femme fragilisée psychologiquement à laquelle on ne peut s'empêcher de s'attacher. Cela fait tout le charme d'un scénario bien enlevé. Le trait réaliste et nerveux d'Alain Queireix fait merveille. Il soigne les décors et les personnages avec un don certain pour dessiner les belles femmes.
Un thriller financier passionnant qui plaira même aux lecteurs les plus difficiles!
(Marc Bauloye)
Le Lombard

- "Bulles & Nacelle" de Dillies.
Charlie, la souris, aime gratter sa guitare en écoutant Django Reinhardt. Écrivain en panne d'inspiration, il souffre de solitude. Jusqu'au moment où un petit oiseau bleu, Monsieur Solitude, vient lui rendre visite. Lorsque Charlie se retrouve dans une nacelle de la grande roue et manque de tomber, c'est son nouvel ami qui le sauve et lui fait comprendre qu'il passe à côté de la vie dans l'angoisse et la peur. Mais, Charlie est perdu dans ses rêves d'enfant. Quand son ami se retrouve inanimé sur le plancher, il court chez le docteur, une belle dame-souris. Au lieu de succomber aux charmes de ce médecin, il ne pense qu'à son ami...
Charlie, cela peut être chacun de nous quand nous avons du mal à supporter la solitude. Car, au fond, nous sommes désespérément seuls et nous passons notre vie à essayer de l'oublier au contact des autres. Par petites touches, Renaud Dillies installe une ambiance faite à la fois de petites joies, de tristesse et de mélancolie. Si la chanson évoque volontiers ce thème, on parle peu de solitude dans la BD. Dillies nous propose un voyage onirique tendre et subtil où l'amour des autres devient la solution à un problème vieux comme le monde. Voilà un récit où musique et écriture sont des moyens de partager de précieux moments qui ne reviendront jamais. Le graphisme de toute beauté ose des cadrages qui collent parfaitement avec la fragilité des personnages.
Un bijou de poésie réalisé avec finesse...
(Marc Bauloye)
Dargaud

- série: "Aria" T.31, La Mamaïtha de Weyland.
Moyen Âge. Pays de l'Ovéron. La région vit sous le joug de la secte des Trigyres qui a instauré une dictature sanglante. La fougueuse, indomptable et séduisante Aria rejoint les rangs des résistants. Elle sauve des villageois livrés en pâture à de féroces ptérodactyles. Puis, elle tente de chasser les tyrans en utilisant la ruse. Elle compte se servir du liquide magique sécrété par la Mamaïtha pour susciter chez l'ennemi des visions infernales. Son plan aux innombrables dangers va-t-il fonctionner ?
Aria figure parmi les héroïnes de BD les plus sexy et les plus intelligentes. C'est donc toujours un plaisir de la voir de retour. L'intrigue se révèle subtile: Michel Weyland dose à la perfection les éléments fantastiques. Il parvient à réaliser un récit qui est à la fois une fable politique et un hymne à la liberté. Toutefois, un détail laisse penser que l'auteur ne nous a pas tout raconté. "La Mamaïtha" semble être la suite de "Renaissance" où, à la fin, Aria endosse l'armure de Sacrale, une fabuleuse guerrière, pour combattre les Trigyres. Or, ici, elle ne porte plus cette armure, mais elle la retrouve poussiéreuse dans un souterrain vers la fin du récit et décide alors seulement de la mettre... Graphiquement, Weyland parvient encore à nous surprendre: le personnage principal évolue vers une beauté sans cesse changeante tandis que ses monstres sont tout droit sortis d'un bon film d'épouvante et de science-fiction ! Une friandise délicieuse à déguster d'urgence !
(Marc Bauloye)
Dupuis

- série: "Climax" T.4 Gakona Alaska de Brahy, Corbeyran et Braquelaire.
L'agence Imago Mundi doit accomplir une mission scientifique sur le sol canadien, mais quelqu'un met tout en oeuvre pour l'en empêcher. Rapidement, les soupçons se portent sur la compagnie pétrolière EGGO. Loïc Mellionnec, le physicien de l'agence, découvre une autre piste: la station militaire américaine HAARP. Près de son implantation, sept orques viennent s'échouer sur le rivage pour y mourir. Et, si HAARP avait une activité peu recommandable? Loïc décide d'aller voir sur place. Sa démarche provoque des remous jusqu'au Pentagone ! La station d'énergie semble dissimuler sa puissance. Mais à quelle fin ?
Eric Corbeyran et Achille Braquelaire proposent ici la fin de la série Climax. L'épisode "Gakona Alaska" rassemble tous les éléments de l'intrigue pour culminer vers un dénouement plein de surprises. La conspiration dont l'agence est victime touche des points sensibles comme le réchauffement climatique et l'usage illégal d'ondes. Les scénaristes privilégient l'action avec d'extraordinaires scènes de poursuite. Mais, l'enquête en cours ne néglige pas non plus de longues explications scientifiques tandis que les préoccupations écologiques des auteurs continuent à être présentes. De rebondissements en coups de théâtre, le scénario alimente le mystère et le suspense. Le graphisme de Luc Brahy s'adapte parfaitement aux longues courses dans la neige et son trait expressif restitue à merveille les émotions des personnages.
On n'est pas déçu par le dénouement surprenant de cette longue histoire palpitante.
(Marc Bauloye)

- série: "Planet Ranger" T.1, L'écolo le plus con de la planète de Janssens & Julien/CDM.
"Comptant sur les énergies nouvelles pour se sortir de la crise, les États-Unis ont signé le protocole de Kyoto. Au sein de la plus ancienne police de l'environnement, les Rangers, un héros va naître... William Green". Une catastrophe pour tous.
Quand on place le futur de la planète entre les mains de l'écolo le plus con de celle-ci, il faut s'attendre au pire. C'est la base sur laquelle se déroule la nouvelle aventure du trio, Janssens et Julien/CDM. Avec "Planet Ranger", ils mettent en scène un membre du corps d'élite des Rangers chargé de traquer les comportements irresponsables et d'encourager les énergies propres. Tout un programme qu'ils chargent d'humour et surtout de clichés. Surfant sur la vague verte qui secoue la planète ces dernières années, les auteurs s'enlisent dans un premier tome qui ne trouve pas ses marques. Même si le dessin de Julien/CDM n'est pas en cause, "Planet Ranger" manque résolument d'originalité pour nous tenir en haleine et surtout pour nous faire rire. Dommage, car l'écologie méritait plus qu'une farce plutôt grossière en occurrence...
48 pages couleurs/Le Lombard

- série: "IRS" T.11, Le chemin de Gloria de Vrancken et Desberg.
Pendant que Larry B. Max enlève Kate des griffes d'un proxénète, la police découvre des informations tendant à prouver que l'accident d'avion qui coûta la vie à ses parents avait des origines criminelles. Cela ramène Larry à un passé tragique. C'était l'époque où son père acceptait de l'argent sale et couchait avec Kate Absynth, une actrice. Kate est bien Gloria, cette femme que Larry aime par téléphone interposé depuis des années ! Pour découvrir qui a tué son père et retrouver Kate qui a été enlevée, Larry va se servir des infrastructures de l'I.R.S. à des fins personnelles. Qui a commandité l'assassinat de ses parents ? Quel sera le sort réservé à Kate ?
Stephen Desberg rompt avec le ton habituel de la série car il joue sur les émotions intimes de ses personnages. Le passé de son héros dissimule de lourds secrets qu'il lui faut affronter. Il y a un monde entre les enquêtes qu'il mène pour l'I.R.S. et celles qui le touchent profondément. On le sent désarmé et dépassé. On passe alors du thriller au drame personnel, non dénué de suspense. Comme chaque histoire est un diptyque, Desberg se garde de trop en révéler et nous laisse, à dessein, sur notre faim! Le dessinateur Bernard Vrancken semble aussi à l'aise dans les scènes d'introspection que dans les scènes d'action. Il intègre de somptueux lavis à son trait qui accentuent le réalisme de ses planches.
Un récit poignant et une enquête musclée qu'on dévore d'un trait...
(Marc Bauloye)
Le Lombard


- série: "Climax" T.3, Les faiseurs d'aurore de Brahy, Corbeyran et Braquelaire.
L'agence Imago Mundi, dirigée par Harald Haarfager, propose ses services pour diverses missions délicates où sa technologie de pointe fait merveille. Elle doit accomplir une mission sur le sol canadien et quelqu'un semble tout faire pour l'en empêcher. Harald décide d'aller faire un tour dans le grand nord canadien pour découvrir ce qui peut le rendre indésirable. Un pipeline court dans la région de prospection et les soupçons se portent sur une compagnie pétrolière. Un des membres de l'agence, Loïc, trouve une autre piste sérieuse...
Eric Corbeyran et Achille Braquelaire ont créé la série "Imago Mundi" en 2003. Ils proposent ici une série dérivée, "Climax", le temps de quatre albums. Le scénario est conçu comme une mécanique bien huilée. L'agence est victime d'une conspiration et chaque album donne le point de vue d'un de ses membres. Après le piège tendu à Leia et l'odyssée de Loïc, l'épisode "Les faiseurs d'aurore" fournit un éclairage centré sur Harald. Les indices mis en place convergent dans une direction précise. Et, le mystère entretenu à propos d'un complot commence à s'éclaircir. Les auteurs en profitent pour dénoncer les nombreux crimes écologiques commis en toute impunité en Alaska et ailleurs. Le contenu didactique de l'épisode rend la lecture plus passionnante encore, au fur et à mesure de la montée du suspense. Le trait réaliste, dur et froid de Luc Brahy rend fort bien les paysages canadiens et brosse une galerie de personnages attachants. On est impatient de connaître le dénouement de ce thriller écologique !
(Marc Bauloye)
Dargaud


- série: "Médée" T.1, La Toison d'or de Ersel et Renot.
Février 1934 - Marche-Les-Dames. Le Roi Albert 1er fait une chute mortelle sous les yeux d'une mystérieuse jeune femme qui ne lui porte pas secours. Il s'agit de Médée ! 1938 - Rome. Mussolini règne en Italie. Un évêque du Vatican confie une mission de confiance à Jason, un jeune prêtre. Il lui demande de retrouver en Allemagne l'Evangile de Judas Iscariote qui aurait rencontré Médée. À Berlin où les nazis sont au pouvoir, Reinhard Heydrich, chef de la Gestapo, cherche le même codex. Pendant la Nuit de Cristal, Médée sauve le document des flammes. Pourquoi cet acharnement à retrouver cet Evangile apocryphe ? Quel pouvoir donne-t-il à celui qui le détient ?
Sur une idée d'Ersel, le scénariste Renot imagine une intrigue étonnante. Médée serait venue sur terre pour aider à l'accomplissement d'un rite avec un descendant de Jason. Judas aurait été un amant de Médée. Son Evangile mettrait en cause les bases de l'Église catholique et permettrait à ses détenteurs de justifier une croisade contre les juifs. Associer ainsi Médée, Judas, l'Ordre de la Toison d'or a pour résultat une histoire difficile à comprendre. Cela demande au lecteur une connaissance approfondie de la mythologie, des saintes écritures et de l'histoire de l'Ordre de la Toison d'or. Ésotérisme, surnaturel, fantastique viennent au secours d'un scénario complexe mais fort bien servi par le graphisme irréprochable d'Ersel. À déconseiller à ceux qui aiment les intrigues classiques...
(Marc Bauloye)
Casterman


- série: "La route Jessica" T1, Daddy ! de Renaud et Dufaux.
Jessica Blandy, romancière américaine, femme libérée et tourmentée, est recherchée par des hommes prêts à tout: le docteur Bernardht, son psychiatre et son amant, Carrington, un vieillard richissime, Jeremy Cuzak, son employé, Adam Pendler, un privé et Ricardo Valdez, un policier. Mais, Soldier Sun et sa fille Agripa figurent parmi les plus dangereux. À travers des rapports médicaux volés, les protagonistes cherchent à reconstituer les faits et gestes de Jessica. Ils apprennent que le docteur cherchait le Buzzard, un musicien qui appartient au passé de la romancière...
Jessica nous a quittés en 2006. Il restait toutefois quelques témoignages à découvrir pour évoquer sa vie nouvelle. Avec "La route Jessica", c'est parti pour un cycle de trois albums. Le scénario de "Daddy!" est construit comme une boucle car il se termine au commencement de l'album. Le ton est donné dès le début: violence, meurtres sanglants, sexe et mystère. Mais, les mobiles des protagonistes restent obscurs. On ne sait pas pourquoi ils cherchent Jessica, ni qui les envoie. Comme toujours, Dufaux accorde une grande importance à la psychologie de ses personnages. Et, la présence de Jessica plane sur de nombreuses scènes sous forme de flashs back. Pour illustrer ce polar sanglant, Renaud nous gratifie de superbes séquences rouge sang ou couleur chair. Son trait réaliste et expressif court sur la planche pour nous offrir de purs moments de plaisir.
Ce thriller donne envie de relire la série car c'est surtout Jessica que l'on a envie de revoir ! Mais, ce récit ne comble pas le manque laissé par cette personnalité attachante...
(Marc Bauloye)
Dupuis


- série: "Reality Show" T.5, Total Audimat de Francis Porcel et J.D. Morvan.
Cela fait un petit temps que le tome 5 de "Reality Show" est sorti et il aurait été injuste de ne pas en parler car Morvan confirme qu'il fait partie des scénaristes intéressants du moment.
L'histoire reprend alors que Myriam, alias Oshii vient de retrouver ses parents. Au même instant, au siège de Médiacop, on discute des possibilités de développement d'un casque de réalité virtuelle totale glissant le spectateur intégralement dans la peau de Oshii ou de Barron. S'en suit une discussion sur la suite des événements. La Médiacop a tout prévu... bien plus qu'on ne le pense.
Surprenant de par son point de vue narratif, le scénario perd un peu de la tension qu'il pourrait avoir mais y gagne en profondeur dans la dimension de manipulation des faits et des images développés par la Médacop. Le tout est assez surprenant et intéressant et confirme le bien que l'on pensait déjà de Morvan. Bien servie par les dessins de Porcel, cette série qui se clôt ici avec son 5e tome vaut la peine d'être découverte.
(Boul.)
Dargaud


- série: "Tessa agent intergalactique" T.5, Là où il y a de la gemme... de Mitric, Louis et Lamirand.
Dans les bacs depuis un petit temps déjà, le tome 5 de "Tessa" confirme ce que la série avait déjà démontré. Action à gogo et humour sont encore au rendez-vous des aventures de la petite gymnaste devenue ranger intergalactique. L'histoire de ce tome enchaîne directement sur la fin du tome 4 qui voyait Tessa se faire enfermer dans sa gemme -prison portative contenant un micro univers - avec le manwa Kolass, le parasite de celui-ci et le fan club de poussin géant. Les défis sont donc multiples pour Tessa et ses compagnons. Tout d'abord survivre à cet univers régi par des criminels endurcis devenus seigneurs de guerre. Et surtout essayer de sortir de la gemme... ce qui n'a jamais été fait auparavant... pour autant que cela soit physiquement faisable. Heureusement Tessa pourra conter sur des alliés inattendus... et fera même quelques découvertes inespérées.
Un album de Tessa dans la droite ligne de la série et qui contentera sans problème ces aficionados.
(Boul.)
Soleil


- série: "Monsieur Blaireau et madame Renarde" T3, Quelle équipe de Brigitte Luciani et Eve Tharlet.
Alors voici un registre auquel nous n'étions pas du tout habitués... la BD pour tout petit.
Les enfants blaireau/renard et leurs amis jouent au bord de l'eau et décident de construire un bateau. Ne parvenant pas à se mettre d'accord sur les plans du navire à construire, ils se séparent en trois équipes et décident de faire une course.
Superbement illustrée et mise en page de manière très claire, l'histoire est emplie de bonnes valeurs et aborde les difficultés des familles recomposées, de l'amitié sans toutefois que la morale sois trop lourdingue. Édité dans un format un peu plus grand, cet album est un très bel objet qui conviendra parfaitement aux plus jeunes des petits bédéphiles en herbes. Si vous voulez introduire votre enfant au monde de la BD, c'est probablement par là qu'il faut commencer.
(Boul.)
Dargaud


- série: "La secte" T.1 à 4 de Mook.
Alors qu'il cherche son chemin, Kyo-ui, un jeune homme aux airs un peu benêt, vient en aide à une prostituée. Celle-ci se nomme Jun et après s'être enfuie se voit rouer de coups par des membres de la secte Mohaiga qui contrôle les quartiers chauds de la ville. Elle est recueillie par Jingaku, un mystérieux samouraï qui leur viendra en aide après une seconde confrontation. Ils lient ainsi leur destin face à la vengeance de la puissante secte...
Série coréenne en 5 tomes, "La secte" est de premier abord un manhwa d'action plutôt déroutant. À l'opposition de la couverture léchée, les pages proposent un graphisme plus alambiqué quand il ne part pas vers des cases au style "deformed" qui appuient un humour de premier degré. Passé ce premier choc, on doit faire face à une série de personnages et de situations qui gardent tout leur mystère. C'est seulement au fil des tomes que l'auteur dévoile au goutte à goutte des brides sur les motivations de ses personnages laissant une grande place aux scènes de baston et d'ambiance. Un univers adulte et masculin au traitement éloigné des standards, de quoi laisser de marbre ou emporter dans une expérience nouvelle et violente.
Avec son nouvel ovni, l'auteur de "Hi Jack" et "Comme dans un film" s'apprécie l'esprit ouvert.
Big Kana

- série: "Chine, regards croisés" (collectif).
Après "Japon" et "Corée", Casterman propose dans sa collection "Ecritures", "Chine". Si vous n'êtes pas familier avec l'exercice, sachez que l'album propose en 176 pages une approche d'un pays et de sa culture à travers le regard d'une douzaine d'auteurs, composés pour moitié de locaux et pour l'autre de Francais ayant séjourné une dizaine de jours en Chine pour le projet. Ils ont tous comme impératif de "créer une fiction courte originale, en toute liberté, qui donne à voir un peu de l'âme et de la substance de la Chine d'aujourd'hui".
Un défi qui comme pour les oeuvres précédentes propose un patchwork hétéroclite autant au niveau graphique que narratif. Du récit poétique au gros plan sur le roi auto-proclamé du territoire de Kowloon, des auteurs comme Yao Fei ("La rêveuse"), Lai Tat Tat Wing("L'enfer de Jade"), Zhang Xiao Yu ("Le clown"), Gu Bao Xin, Chihoi passent la main à Sylvain Saulne ("Mes affinités sélectives"), Bandini ("Face contre ciel"), Han Feng, Anne Simon ("Perséphone aux enfers") ou Viravong ("Sheytan") pour nous offrir des approches très différentes, parfois romanesques, farfelues ou simplement originales et dédiées aux plus curieux.
Casterman

- série: "Le groom vert-de-gris" de Schwartz et Yann.
1942, la botte nazie écrase Bruxelles d'une main de fer dans un casque d'acier! Le Moustic Hôtel est devenu le quartier général de la Gestapo. Spirou, qui y travaille comme groom, est entré dans la résistance. Il communique par émetteur radio des informations vitales au chef des maquisards. Mais, les nazis font tout pour le repérer. C'est alors qu'il assiste à un spectacle inhabituel: une arme secrète fait exploser de façon inexpliquée une escadrille de bombardiers allemands. De son côté, Fantasio travaille comme journaliste au Soir volé. Plus loin, Spirou apprend qu'un piège va être tendu aux résistants. Il prévient son contact. Mais, les Allemands écoutent la transmission et capturent les maquisards. Au fil des événements tragiques ou amusants, le mystère va en s'épaississant...
Cette histoire se déroule en des temps difficiles et graves. Pourtant, Yann réussit à nous faire partager des moments de pure drôlerie. Les gags et les jeux de mots pleuvent. Les rebondissements se succèdent à un rythme infernal. Les trouvailles scénaristiques s'enchaînent à grand allure. Le scénario est dense, compact et dynamique. Il mérite plusieurs lectures tant Yann y a mis d'allusions et de références. Les dialogues sont savoureux et succulents, teintés de patois bruxellois. Les clins d'oeil aux grands maîtres du 9ème Art parsèment tout l'album. Ainsi, on croise Poildur, Quick et Flupke, Bob Fish, Le jeune Albert, Hergé, Jacobs, Chaland, Lambique, Jérôme et Sidonie. Dans un style proche de celui d'Yves Chaland et de Jijé, Olivier Schwartz fait merveille. Avec un sens inné du découpage, son graphisme superbe à la fois fouillé et limpide lui permet de rendre l'essentiel et les détails les plus infimes. La reconstitution historique de l'époque est une réussite.
Une des meilleures aventures du célèbre groom qui se dévore d'un trait ! Jubilatoire !
(Marc Bauloye)
Dupuis


- série: "Wayne Shelton" T8, La Nuit des Aigles de Denayer et Cailleteau.
Pour aider son camarade Roch, Wayne Shelton accepte de convoyer jusqu'à Milan la Lance de Longinus que protège un ordre secret dirigé par des moines. Cette lance serait celle du soldat romain Longinus qui aurait transpercé le flanc du Christ mourant. Elle aurait le pouvoir mystérieux de ressusciter les morts. Mais, des nazis fanatiques s'en emparent pour instaurer un IVème Reich. Avec Mona, la traqueuse de nazis, Wayne se retrouve en Argentine sur la piste des terroristes. Il décide d'infiltrer les détenteurs de la lance. Mais, ceux-ci font peser un terrible danger sur l'archipel des Malouines...
Thierry Cailleteau sait parfaitement doser le suspense en distillant des éléments qui vont culminer vers un dénouement explosif. Mais, si les scènes d'action sont ébouriffantes, il consacre deux planches à l'introspection du héros qui est repoussé par la belle Mona. La légende de la lance tient le lecteur en haleine. Quant au thème de la chasse aux nazis, il est abordé de façon relativement originale. Christian Denayer réussit ici une reconstitution historique minutieuse et stupéfiante tant au niveau des uniformes que de l'arsenal des militaires allemands. Son trait réaliste et percutant illustre fort bien une histoire spectaculaire. Denayer est à l'aise dans les scènes d'action comme dans celles d'introspection avec un graphisme en pleine maturité.
On se laisse emporter par cette formidable chasse aux terroristes nazis.
(Marc Bauloye)
Dargaud


- série: "Les Naufragés du Temps" T5, Tendre Chimère par Gillon .
Course dans l'espace-temps ! Le relais spatio-temporel... La mort de Valérie ! 2981. Réveillés après une longue hibernation, Christopher, l'homme venu du XXème siècle et sa compagne prédestinée Valérie, se rendent maîtres des envahisseurs Trasses. Après un terrible affrontement dans L'Lombri, ils remportent aussi la victoire sur leur ennemi, le Tapir. Avec Mara, Valérie et Quinine, Chris revient sur Limavan. Il est accueilli en sauveur. C'est alors que Valérie meurt d'une maladie mystérieuse. Chris sombre dans la confusion. Par l'oncle du Tapir, il apprend que Valérie est vivante. Dès lors, il est bien décidé à la retrouver. Mais, une envoyée du gouvernement central, le Docteur Rosemayor l'envoie en prison. Chris s'évade. Pour retrouver Valérie, il utilise un relais spatio-temporel qui permet de franchir des distances cosmiques par dématérialisation. Il est suivi par Mara et Rosemayor. Mais qui donc manipule Chris dans l'ombre ? Suite à un différend avec son scénariste, Paul Gillon assure seul le scénario et le dessin de cette série qui s'impose comme une référence en matière de BD de science-fiction. Tendre chimère est un épisode de transition au cours duquel on assiste à un formidable coup de théâtre: la mort de Valérie. L'auteur accorde toujours beaucoup d'importance aux caractères des personnages et aux dialogues. Pour pouvoir animer une course-poursuite dans l'espace-temps, Gillon fait preuve d'ingéniosité en inventant un transmetteur de matière. Graphiquement, les sauts dans l'espace sont de toute beauté tandis que ses femmes ont une plastique irréprochable. Son sens du découpage et son trait élégant semblent innés. Par ses prouesses graphiques, il influencera ainsi toute une génération de dessinateurs. Une poursuite dans l'espace-temps qui ne manque pas de rebondissements et qui laisse le lecteur muet d'admiration...
(Marc Bauloye)
Glénat


- série: "Apocalypse Mania" T2, Manik Shamanik Cycle 2 de Bollée et Aymond.
De nos jours, quatre rayons de lumière apparaissent dans différents endroits de la terre. Chacun a des propriétés particulières. Jacob Kandahar essaie de résoudre cette énigme. Pour ce faire, il traverse les quatre rayons et est désigné pour sauver la planète. Il arrive dans un désert hors du temps et est recueilli par le peuple du pays Chiringuito. Jacob apprend que les rayons lumineux sont les signes d'une lutte entre le bien et le mal. Jadis, il se forma des remparts dans l'espace qui usent de rayons de lumière pour transmettre des messages. Jacob va passer l'ultime épreuve: un terrible combat spirituel et physique...
"Apocalypse Mania" est un mélange d'anticipation, de science-fiction et de fantastique. Le scénariste Laurent-Frédéric Bollée propose une histoire dont l'issue n'est rien de moins que l'apocalypse. Il joue sur la peur que provoque l'apparition de rayons lumineux et imagine un personnage central capable de dénouer la crise. C'est un génie assez antipathique, mais, pourtant attachant parce qu'il ne sait pas s'adapter aux autres et en souffre. Bollée distille les ingrédients d'un suspense soutenu par des questions métaphysiques. On sent ici que le dénouement, mystérieux, approche. Graphiquement, Philippe Aymond se surpasse en créant de véritables petits tableaux d'un futur improbable avec son trait réaliste et précis. Les découpages sont somptueux et rehaussés par de très belles couleurs.
Un épisode passionnant qui frise l'excellence. On aimerait que la série se prolonge indéfiniment !
(Marc Bauloye)
Dargaud


- série: "Carnets d'Orient" T10, Terre Fatale de Ferrandez.
Carnets d'Orient retrace le douloureux destin de personnages fictifs, français et algériens, depuis la colonisation de l'Algérie jusqu'à son indépendance.
En 1960, Octave, le descendant d'une longue lignée de colons français, revient à Alger. Le colonel Lebreton lui demande d'entamer des pourparlers entre les chefs arabes et les émissaires français pour sauvegarder la paix. Octave accepte la mission pour retrouver Samia qui est enceinte de lui. Puis, il emmène en France des chefs rebelles pour discuter avec de Gaulle de l'avenir de l'Algérie. À Alger, les partisans d'une Algérie française se mobilisent. Les affrontements violents se multiplient. Gravement perturbé, Octave ne sait plus dans quel camp se ranger. C'est un Pied-noir et il ne conçoit pas une Algérie sans les Français...
Jacques Ferrandez a créé une oeuvre humaniste avec ses "Carnets d'Orient". Si les intrigues du scénario sont romancées, la trame s'appuie sur des faits réels. Sans jamais prendre vraiment parti, Ferrandez laisse s'exprimer à travers plusieurs générations les opinions de chacun. "Terre Fatale" réveille d'anciennes blessures puisque cet épisode aboutit à l'indépendance de l'Algérie après de terribles affrontements. Tout d'un coup, la politique s'insinue dans les actes les plus anodins. Et beaucoup paniquent devant la montée du nationalisme. Le scénario de cet épisode, qui clôture la série, est conçu comme une lente ascension vers un dénouement inéluctable. Comme à son habitude, Ferrandez alterne un découpage classique avec un trait réaliste et de superbes aquarelles. Il incruste dans ses planches des documents comme des journaux, des lettres, des affiches.
On ne peut rester insensible à cette fresque humaniste à la fois saga familiale et histoire d'un peuple qui a souffert.
(Marc Bauloye)
Casterman


- "Les Nuits Assassines" de Byun et Goum.
Autriche, automne 1973. Axel Neunhöffer, héritier d'une scierie, revient d'un voyage d'affaires. Il est accueilli par sa femme Helga et décède brutalement à l'âge de 36 ans suite à un malaise. Depuis toujours, Helga est rejetée par sa belle famille parce que son père a été soupçonné d'avoir tué celui d'Axel en 1946. Le bébé d'Ilse (la soeur d'Alex) et de Manfred s'étouffe ensuite dans son berceau. D'autres décès troublants vont suivre dans la même famille. Le journaliste Traier décide de faire de cette affaire un sujet de reportage. Mais, quand un autre membre de la famille meurt, l'inspecteur Ganz demande une autopsie qui révèle qu'il a été assassiné. La série noire se poursuit. Traier fait alors le rapprochement entre cette affaire et la légende du nonicide: une malédiction qui pèse sur un mourant le poussant à "revenir" après sa mort pour tuer neuf de ses proches...
"Les Nuits Assassines" est le fruit de la collaboration entre un dessinateur coréen, Byun, et un scénariste français, Goum. On peut donc être un peu surpris par le graphisme expressif, style manga, illustrant un récit dont l'action se situe en Europe. Le scénario repose en partie sur l'ancienne légende autrichienne du nonicide. Jusqu'au bout, on se demande s'il s'agit d'une malédiction ou d'un véritable assassin qui opère dans l'ombre. La difficulté résidait à rendre cette histoire suffisamment intéressante pour accrocher le lecteur. Le pari est partiellement réussi. Il est toutefois dommage que les membres de la famille Neunhöffer ne soient pas plus sympathiques. Le suspense va crescendo au fil des nombreux coups de théâtre que sont les décès des multiples acteurs.
À mi-chemin entre le polar et le fantastique, cette histoire à l'atmosphère macabre, lourde et pesante, nous tient en haleine jusqu'au dénouement surprenant...
(Marc Bauloye)
Casterman



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