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Rencontre:
Oxmo
Puccino
Avec son premier
album titré Opera Puccino ,
le jeune Oxmo Puccino (il n'a que 23 ans) a
déjà fait un carton en France.
Aujourd'hui, son album sort sur le territoire
belge, un bonne occasion de le rencontrer
!
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Quelle démarche as-tu utilisée
pour choisir ton pseudonyme ?
O.P. : Je ne voulais pas d'un nom qui sonne
américain. Ce que je souhaitais, c'était de
partir d'une démarche originale. J'ai donc
commencé par mon prénom, mon nom et puis ma
musique.
Parles-nous de toi !
O.P. : Je suis né au Mali. A un an, je suis
arrivé en France. Lorsque j'ai eu cinq ans, on
s'est installé dans le
19ème, où j'habite
toujours. Au niveau scolaire, je me suis
arrêté au bac. J'aimais étudier mais
je n'aimais pas l'école. Le conseiller
d'orientation m'a donné le choix entre un BEP
chaussure ou chaudronnier. Je suis parvenu à
éviter les deux. J'ai 23 ans et je rappe depuis
seulement trois ans.
Au niveau de l'écriture de tes textes, comment
fonctionnes-tu ?
O.P. : Les sujets, les rimes viennent en parlant
avec les gens. Je rappe comme je parle. Quand je dis
quelque chose de pertinent ou que j'entends une remarque
pertinente, je la note et après je fais des
collages. Pour le sujet, je prends des choses auxquelles
je n'ai pas arrêté de penser ou en pensant
à des choses dont personne ne parle.
T'astreins-tu un rythme de travail ?
O.P. : Non, j'écris quand les sujets, qui
me préoccupent, sont à maturation. Avant
j'écrivais beaucoup.
Maintenant, je réfléchis plus. Je prends
plus le temps pour écrire.
Comment se sont déroulées les
séances d'enregistrement ?
O.P. : Assez stressant! Les enregistrements ont
débuté à Paris mais on a
été confronté à quelques
problèmes. On a donc émigré vers
Toulouse. Là, les meilleures conditions de travail
étaient réunies. Le stress était
présent car on voulait faire un travail assez
complet. L'album a nécessité trois semaines
d'enregistrement et deux semaines de mixages.
À votre entrée en studio, les textes et
la musique étaient-ils déjà
écrits ?
O.P. : Le gros du travail avait déjà
été fait. Il a juste fallu le terminer.
Dans quel état d'esprit étais-tu
après enregistrement?
O.P. : Tu sais, pour certains morceaux, j'ai
dû répéter pendant une heure la
même phrase pour qu'elle sonne comme je le
souhaitais ou comme le souhaitait l'arrangeur. C'est
vraiment très dur. Donc après ces trois
semaines, tu es vidé. Tu n'as plus envie de
rapper.
Parlons un peu des différents titres qui
forment ton album. Dans vision de vie , tu
nous parles de mission. Quelle est ta mission ?
O.P. : Quand on est plongé dans certains
quartiers, on a l'impression que tous les
événements sont faits pour
t'écraser. C'est vraiment l'impression qui
pèse. Donc on se dit qu'on doit vraiment s'en
sortir malgré tout cela. Et c'est dur. Ma mission,
c'est survivre et faire survivre mes proches.
L'esprit de famille est donc important pour toi. Que
désigne le mot famille ?
O.P. : La famille regroupe les amis proches et la
famille que l'on n'a pas choisie.
Dans peur noire , on a
l'impression que tu essayes de nous mettre en garde par
rapport à la société qui perd ces
valeurs. C'est dû à tes observations des
gens dans ta cité ?
O.P. : Oui, tu vois, dans la cité, tu as
l'impression que les jeunes n'ont plus peur de rien. On a
l'impression qu'ils sont invincibles, que rien ne peut
leur arriver, qu'ils n'ont pas de souci. Alors que c'est
faux. Ils ont peur de tout le monde. On a tous les
mêmes peurs mais on n'en parle pas car on a peur
que ce soit pris comme une certaine forme de faiblesse.
Dans la cité, il faut être dur, sinon
çà l'est encore plus. Sinon tu te fais
bouffer par la pression et par les autres aussi.
Tu habites toujours dans la cité. Mais, si tu
le voulais, tu pourrais survivre ailleurs.
O.P. : C'est vrai, mais il resterait toujours les
amis proches. Peut-être que je partirais ! A un
moment, il faudra bien que je choisisse car
l'environnement joue beaucoup dans l'évolution
d'un homme. J'aurais peut-être besoin d'avoir mon
propre truc mais j'aurais toujours un pied
là-bas.
Suite à ton succès, quelle est ta place
actuelle dans la cité ? Y a-t-il eu des
changements pour toi ?
O.P. : Les gens ne m'appellent plus de la même
façon. Je suis devenu Oxmo pour eux. Les gens que
j'aimais, je les aime toujours, ceux que je n'aimais pas,
m'aiment encore moins. Pour certains jeunes, je suis une
référence car je m'en suis sorti autrement
qu'en faisant des coups.
Le morceau peu de gens le savent a-t-il
une connotation autobiographique ?
O.P. : Strictement, ce morceau, c'est moi. Tout est
vrai, il n'y a rien de faux.
L'interlude black Cyrano de Bergerac est
une invitation à la poésie. Tu aimes la
poésie?
O.P. : Beaucoup. Lors de mes études, je
n'aimais pas trop car c'était imposé.
Après j'ai beaucoup apprécié Victor
Hugo, Molière, tout ça quoi. Je leur
reconnais un talent indéniable. Par rapport au
morceau de Cyrano de Bergerac, j'avais vu dans une
scène du film qu'il avait un coup
d'épée très lourd qui effrayait tout
le monde. A un moment, il affronte un jeune qui a le
courage de lever le front. Et, au lieu de le tuer d'un
coup d'épée, il l'abat avec ses mots qui
punissent plus le jeune que s'il l'avait tué. J'ai
trouvé ça très habile, assez habile
pour en faire un titre de mon album.
Dans la lettre (Tant de choses à
dire) , tu nous parles de la prison. Quel est ton
rapport avec celle-ci ?
O.P. : J'ai failli la connaître mais j'ai des
amis qui l'ont côtoyée. Il y a beaucoup de
choses qui se passent quand tu es derrière les
barreaux, mais la vie avance. Ta vie s'arrête entre
ses quatre murs mais celle des autres avancent quand
même. Tous les événements dont je
parle sont arrivés dehors pendant que j'avais des
amis qui étaient en prison. Et à qui
j'aurais écrit cela si j'avais écrit
à l'époque. Tout ce que je dis est
vrai.
Tu nous dis que tu l'as frôlée. Qu'est ce
qui fait que tu n'es pas tombé dedans ?
O.P. : A l'époque, où je faisais ma
carrière dans la malhonnêteté,
disons, je me suis fait alpaguer pour un truc mineur. Ils
avaient appelé ma mère et cela lui avait
fait beaucoup de peine. Je me suis dit que les parents ne
méritaient pas ça, alors j'ai dû
rentrer dans les rangs, et faire comme tout le monde,
ça, c'est dur.
Dans la loi du point final , tu nous
parles de suicide, des moments douloureux pour toi.
O.P. : Quand tu vis des moments difficiles, ce qui te
retient, c'est toujours l'espoir, l'espoir que cette
mauvaise situation va s'arrêter un jour. Et cette
règle-là, je l'ai appelé la
règle du point final. Une règle que tout le
monde suit pour s'en sortir. Et je voulais faire un
morceau qui en parle.
J'ai entendu dire que tu étais très
branché internet.
O.P. : J'adore ça. Je passe des nuits
entières dessus. J'aime beaucoup un site qui donne
les lyriques des artistes. Je crois que le site s'appelle
YFA.
Tes projets pour l'avenir.
O.P. : On va sortir un single. On hésite entre
un remix sacré samedi
soir et le mensongeur . Pour
l'instant, amour et jalousie tourne sur les
antennes. Pour le reste, on verra.
À une époque, tu as fait patrie du
collectif Mafia Trece. Parles-nous un peu de cette
expérience.
O.P. : Tu sais cela fait seulement trois ans que je
rappe. Ce qui veut dire qu'en trois ans, je me suis fait
un nom dans le rap français. Il a fallu que je
saisisse toutes les occasions. Mafia Trece en
était une. J'ai fait un morceau avec eux et c'est
tout. Nos chemins se sont séparés depuis
lors. J'avais le choix de les suivre ou de signer seul.
J'ai pris ma décision.
Ta rencontre avec Jean-Baptiste Mondino
(le photographe de Madonna,
Vanessa Paradis,etc... )
O.P. : Génial ! La maison de disque avait
avancé le nom de Mondino pour la pochette. Je n'y
connaissais que très peu à l'art. Mais
Jean-Baptiste est très fort. Son travail
dépasse mes espérances les plus fortes. Le
contact s'est vraiment très bien passé.
Texte: J.
Benmoulahoume
Photos: C.H.
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