Ae fond kiss


Le réalisateur Ken Loach nous livre comme à son habitude une histoire qui prétend être plus proche de la réalité que de la fiction
 

Après "My name is Joe" et "Sweet sixteen", Ken Loach revient à Glasgow pour son dernier film "Ae fond kiss", afin de nous décrire la vie de la communauté asiatique de la ville écossaise. Le jeune Casim, fils d'immigrés pakistanais, et la belle Irlandaise Roisin, commencent une relation amoureuse qui va se heurter aux contraintes religieuses, culturelles, et au poids de la tradition...

Le scénariste Paul Laverly ("My name is Joe" et "Sweet sixteen") s'est inspiré d'un poème de l'écrivain écossais du XVIIIe siècle, Robert Burns, "qui parle de l'être aimé qu'on est forcé d'abandonner" ainsi que des conséquences des attentats de 11 septembre 2001 sur la communauté musulmane, pour construire une histoire qui est un nouvel exemple du meilleur cinéma social de Loach. Contrairement aux films antérieurs ("Raining Stones", 1993, "Ladybird Ladybird", 1994, "Riff-Raff" 1991), ce n'est pas la décomposition sociale du Royaume Uni qui est le sujet développé mais les conflits entre religions. Et "Ae fond kiss" donne une dimension plus profonde aux problèmes entre communautés en mettant au même niveau l'intransigeance catholique et islamique.

Son expérience comme documentaliste et l'héritage du Free Cinéma britannique font de Ken Loach le réalisateur parfait pour filmer une histoire qui prétend être plus proche de la réalité que de la fiction. Le réalisme social triomphe: ces derniers temps on a vu le succès de films tels que "Billy Elliot" de Stephen Daldry, "Los lunes al sol" de Fernando Léon de Aranoa, ou le "Cidade de Deus" brésilien, tous des exemples de comment une mise en scène simple, une photographie réaliste et la participation d'acteurs inconnus peuvent transformer une situation sociale en un conflit moral pour le spectateur, tel que le faisait le néorréalisme italien de Visconti ou de Sica.

"Ae fond kiss" reprend des thèmes déjà traités dans des films comme "East is East" de l'anglais Damien O'Donnell (1998), où la préoccupation centrale était la situation des immigrés de deuxième génération, jeunes qui ont grandi entre un orientalisme d'origine et un occidentalisme de tous les jours (école, hobbies, amis), et par conséquent qui se rebellent contre le mode de vie strict que leurs parents et la tradition leurs imposent, tout en ne trouvant pas leur place dans le monde des "blancs". Ken Loach montre comme le drame n'est pas seulement inhérent à l'ouvrier, à la femme maltraitée ou au chômeur alcoolique. Le drame est plus large, occupe plus d'espace; "le drame, comme l'explique l'écrivain espagnol Juan José Millás, naît quand on veut changer le monde, et que celui-ci est trop fatigué pour nous concéder une minute de son temps".
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(Rosa Arroyo García)


2004

Réalisation : Ken Loach
Scénario : Paul Laverty
Production : Rebecca OíBrien
Image : Barry Ackroyd
Montage : Jonathan Morris
Décors : Martin Johnson

avec

Casim Khan..........Atta Yaqub
Roisin Hanlon..........Eva Birthistle
Tariq Khan..........Ahmad Riaz
Sadia Khan..........Shamshad Akhtar
Tahara Khan..........Shabana Bakhsh
Rukhsana Khan..........Ghizala Avan



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