Beijing
Bicycle
Le vélo comme
instrument de survie et objet d'orgueil dans le
Pékin
postcommuniste
Fraîchement
arrivé de la campagne, Guei est engagé dans
une compagnie de courrier express. S'il a un bon
rendement pendant un mois, il pourra entrer en possession
de son vélo. À la veille de
l'échéance, on vole son véhicule.
Son patron, furieux qu'il n'ait pas livré le
courrier, accepte de le garder s'il retrouve son outil de
travail. Le père de Jian a souvent promis à
celui-ci de lui acheter un vélo. Lassé
d'attendre et voyant que sa petite soeur
bénéficie de la
générosité de son père, Jian
vole l'argent de celui-ci et acquiert au marché
aux puces le vélo de Guei. Après plusieurs
jours de recherches, ce dernier découvre la trace
de Jian...
À l'époque de
la Chine communiste, le vélo représentait
le principal mode de locomotion de la population, voire
même un signe extérieur de richesse
lorsqu'une famille en possédait plusieurs. Depuis
que le pays a ouvert ses portes à
l'économie de marché, il est devenu le
véhicule des classes peu aisées. Pour Guei,
qui vient de la campagne, il constitue son gagne-pain,
essentiel à sa survie dans la capitale. Le simple
fait qu'il puisse travailler à Pékin
représente déjà une promotion
sociale en soi. Inutile de dire que, lorsqu'on lui vole
son vélo, il remue ciel et terre pour le
retrouver. Pour Jian, issu de la petite classe moyenne,
le vélo symbolise un outil de séduction
vis-à-vis des filles et un emblème qui lui
permet de s'intégrer dans une bande de copains. Il
est également capable de tout pour garder le
sien.
La confrontation entre Guei et Jian est décrite
avec force et pertinence par le réalisateur Wang
Xiaoshuai: les deux jeunes vont passer sensiblement de la
castagne et de l'entêtement à la diplomatie
qui, seule, va aboutir à une solution
constructive.
Afin d'illustrer
l'importance que revêt encore le vélo pour
les habitants de Pékin, Wang Xiaoshuai
promène sa caméra sur les boulevards
aérés et modernes de la capitale, mais
aussi dans le labyrinthe des vieux faubourgs où on
assiste, par quelques petites touches intimistes,
à leur vie quotidienne.Il montre également
le manque de considération des citadins à
l'égard des campagnards. Pour eux, le campagnard
est un être inférieur, dénué
d'intelligence, auquel, à la limite, on n'adresse
pas la parole. Avec l'arrivée de l'économie
capitaliste, les jeunes semblent ne plus se soucier des
valeurs traditionnelles et ont une nouvelle perception de
la fonctionnalité du vélo. De moyen de
transport, il est devenu un signe de ralliement et fait
partie intégrante de la parade amoureuse.
L'entêtement de Cui
Lin et la lâcheté de Li Bin ont visiblement
séduit le jury du dernier festival de Berlin qui
leur a décerné le prix du meilleur jeune
acteur. Quant au film lui-même, il a
remporté l'Ours d'argent et le Grand Prix du jury.
Belle moisson pour cette oeuvre lente, puissante, qui
observe avec justesse la nature humaine.
À découvrir au plus vite.
François De Backer
2000
Réalisation : Wang Xiaoshuai
Scénario & Dialogues : Wang Xiaoshuai, Tang
Danian, Peggy Chiao, Hsu Hsiao-Ming
Photographie : Liu Jie
Montage : Liao Ching-Song
Musique : Wang Feng
avec
Guei..........Cui Lin
Jian..........Li Bin
Qin..........Zhou Xun Xiao..........Gao
Yuanyuan
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