Jean-Luc Bideau, l'éternel enfant

Les cheveux grisonnants, une petite bedaine, Jean-Luc Bideau reste, malgré tout, un homme rempli d'humour, de joie de vivre, et toujours prompt à vous faire rire. Cet ancien membre de la comédie française a eu l'honneur de présider le jury du 13è Festival International du Film Francophone de Namur. D'origine Suisse, il doit sa carrière à des réalisateurs comme Alain Tanner qui le fait jouer en 1969 dans "Charles, mort ou vif" et surtout dans "La Salamandre" en 1971. Mais, il doit également sa notoriété à un autre réalisateur suisse, Michel Soutter avec lequel il joue dans "James ou pas" en 1970 et dans "Les Arpenteurs" en 1972. Dernièrement, on a pu le voir jouer sous la direction de Bertrand Tavernier dans "La Fille de d'Artagnan" avec Sophie Marceau. En attendant de remonter sur les planches et d'affronter les projecteurs, Jean-Luc Bideau nous a reçu à Namur (le 02/10/1998) pour un petit entretien dans lequel le sérieux n'était pas toujours de mise! Une vraie rigolade!
 

L'Entretien


Comme c'est la première fois que vous êtes président d'un jury dans un festival, pouvez-vous nous dire de quelle manière vous appréhendez cette tâche ?
Jean-Luc Bideau :
Est-ce l'âge ? Est-ce le sentiment d'être enfin responsable ? Franchement, je ne sais pas si c'est pour ces raisons que l'on m'a proposé de remplir cette tâche. En tout cas, dans le mot acteur il y a acte, faire des actes et puis il y a aussi jouer. Pour ne pas répéter Jean-Paul Belmondo, qui n'a pas très bien vieilli je trouve, il dit qu'il n'y a que les enfants qui jouent, donc nous sommes effectivement des enfants. Vous comprenez, donc, la difficulté tout à coup d'être sérieux, d'être président. Mais, j'ai assumé ce travail avec beaucoup de sérieux. Nous avons passé hier près de cinq heures à débattre sur chaque film et nous l'avons vraiment fait selon notre âme et conscience.

Que représente pour vous un festival du film uniquement réservé à la production francophone ?
Jean-Luc Bideau :
C'est l'éternelle question. Elle est indispensable et la réponse également. Il faut se battre pour que la langue française reste vivante. Pour moi, la langue c'est la défense d'une culture. C'est pour cela qu'il faut se battre pour maintenir la langue française.

Une nouvelle génération de cinéastes et de comédiens sont en train de prendre la relève à l'image de Mathieu Kassovits, d'Olivier Dahan, d'Elodie Bouchez et encore bien d'autres ? Que pensez-vous de ce renouveau du cinéma français ?
Jean-Luc Bideau :
Je suis très content de cette relance. En plus, j'ai l'occasion de travailler avec ces jeunes. J'ai joué avec Manuel Poirier et pour le moment je vais jouer avec Noémie Votsky. Le seul malheur c'est que maintenant on va me coltiner des rôles de vieux! (Rires) Le drame de ces jeunes cinéastes c'est qu'ils font un bon premier film et le second pose problème. Prenez l'exemple de Laetitia Masson avec "En avoir ou pas" et "A vendre". Pour leur premier film, ces jeunes n'ont pas beaucoup d'argent mais ils ont une énergie extraordinaire. Prenons l'exemple de ce merveilleux film de Jacques Audiard "Regarde les hommes tomber" en 1993, le deuxième était une catastrophe. Le troisième film de Mathieu Kassovits était une catastrophe aussi.

Vous trouvez vraiment que le film "Assassins" est une catastrophe ?
Jean-Luc Bideau :
"La Haine" était un film magnifique. Il y a un problème dès que ces jeunes réalisateurs ont un peu plus de confort dans le travail. Je ne dis par pour autant qu'il faut ramper par terre pour faire un film !

Mais que lui reprochez-vous exactement ?
Jean-Luc Bideau :
Je trouvais que tout d'un coup il n'y avait plus cette force, cette simplicité. Déjà le fait de prendre Michel Serrault posait un problème. Je trouve un peu dangereux de prendre une star comme Serrault qui sont en général des gens pas faciles à manier. Kassovits aurait dû continuer à travailler avec des jeunes acteurs. Ces jeunes doivent également se méfier des producteurs qui sont derrière avec des dents qui raient le parquet !

Parlez-nous un peu de votre actualité. Comment vous est venue l'idée de jouer dans un sitcom, en l'occurrence la série "H" bientôt diffusé sur Canal+ ?
Jean-Luc Bideau :
C'est un pari incroyable. Ma femme était totalement contre, par contre mes enfants étaient tout à fait pour ! J'espère que l'on va, avec Edouard Molinaro qui met en scène, changer l'idée péjorative que l'on a habituellement du sitcom. Ce qui m'a attiré c'est ce mélange de culture. Je me trouve face à des jeunes totalement différents de mon univers, ce sont des zonards, des gens de la banlieue. Je crois que si on sent cette contradiction et ce combat entre ces deux cultures, et bien j'en serais ravi.

Auriez-vous accepté de jouer dans "Hélène et les garçons" ?
Jean-Luc Bideau :
Je ne crois pas non. (Rires)
Comment s'est passé votre contact avec Jamel ?
Jean-Luc Bideau : Il est vraiment incroyable. Il a 21 ans, il vient d'une famille très simple et tout d'un coup il devient une star. J'espère qu'il tiendra le coup. Je lui ai dit qu'on allait jouer ensemble "Le Roi Lear" et qu'il serait le fou ! Je ne sais pas si vous l'avez vu dans le film "Zonzon" (présenté en compétition officielle à Namur) de Laurent Bouhnik mais il est vraiment magnifique même si le film est mauvais. Le seul point ennuyeux, c'est que Jamel est quelqu'un de très typé. De ce fait là je me demande s'il pourra faire autre chose.

Où se situe actuellement le cinéma suisse ? On en entend peu parler et il est peu représenté ici à Namur. Il semble qu'il soit en léthargie depuis bien longtemps. Eclaircissez-nous un peu sur la situation du cinéma helvétique.
Jean-Luc Bideau :
Le cinéma suisse se cherche. Il n'y a pas eu de relève. Le problème en Suisse c'est qu'il faut agir et ne pas attendre. Ils doivent être créateurs, et parmi les jeunes il faut qu'ils arrêtent de faire du consensus, il faut foncer ! Le cinéma suisse était en pleine forme au début des années 70 avec des cinéastes tels qu' Alain Tanner, Michel Soutter ou encore Claude Goretta. Depuis il n'y a plus rien!


Jean-Luc Bideau : Questionnaire de Proust


Entretien: Bruno Brioni
Photos: Carole Hubinon




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