Entrevue avec Rob Schneider

Lors de sa venue à Bruxelles pour la promotion de son film "Deuce Bigalow", Rob Schneider a bien voulu répondre à nos questions. Humour, cinéma et rires garantis


Comme cette entrevue sera publiée sur le Web, quels sont vos rapports avec ce support?
Rob Schneider: -
Je pense avant tout, qu'Internet est utilisé à des fins pornographiques. Non!!! Je blague. (rire)
Plus sérieusement, tout ce qui est du domaine du divertissement sera bientôt sur le Net, mais cela ne remplacera jamais les salles de cinéma. Et, pour une seule bonne raison, les expériences que l'on y découvre ne pourront jamais disparaître à cause d'un autre support. A part cela, Internet est un excellent moyen pour apprendre et pour avoir des CD gratuits. Mais à mon avis, son meilleur côté, c'est la garantie de la libre expression et des idées. Très vite, la société ne pourra plus contrer la libre circulation des idées. Je pense qu'il est impossible d'arrêter celles-ci, et cela même en Chine ou à Cuba. Quant aux États Unis, Internet y est surtout un support commercial et dictatorial. Les idées, c'est la seule véritable raison de son existence et de son succès, tout le reste c'est du pognon.

En Europe, vous êtes plus connu pour vos seconds rôles dans des films comme "Judge Dredd" ou "The Waterboy"...
R. S.: -
Je suis toujours flatté quand on me demande de jouer dans un film. Pour moi, ce serait quasi impossible de dire non. Bref, je me suis très bien amusé sur le tournage de "Judge Dredd" . "Deuce Bigalow" est mon premier grand rôle. Je ne crois pas qu'il s'agit ici d'une grande épreuve. Je joue le gars qui nettoie les aquariums pour vivre, une situation qui pourrait être fort crédible.


Pour ceux qui vous connaissent moins, "Deuce Bigalow" représente-t-il bien votre travail d'humoriste?
R. S.: -
Je pense que oui, c'est une très bonne introduction. Tout en espérant que ce rôle ne me définisse pas, ou ne me limite pas trop. Mais, oui, je pense que c'est un bon "sample" de mon travail. En plus, je souhaite que cela soit plus que ça. Que ce soit à la fois une histoire sympa et un bon moment pour le public.

Pensez-vous que le film est sexy?
R. S.: -
(Rires) Je pense que c'est un gars qui démontre qu'il ne faut pas avoir un corps exceptionnel pour plaire à quelqu'un. Vous savez, les femmes sont moins sensibles que les hommes à la beauté et la superficialité. Pour jouer les gigolos, il ne faut pas forcément être beau. Il suffit d'être un mec qui rend les femmes sexy, belles, et intelligentes. En somme, lui faire sentir que c'est la personne la plus importante de l'assemblée. J'ai vu à l'époque "American Gigolo" que j'ai plutôt trouvé ridicule. On a un superbe mec qui est obligé de se louer en tant que gigolo. Pour moi, c'est loin de la réalité. Car au fond, quelles sont les femmes qui ont besoin d'un gigolo? La femme de deux mètres de haut ou celle de 500 kilos. Ce sont elles les plus grandes consommatrices de l'industrie du gigolo. A propos du film, avec l'argent que l'on a eu et le temps que l'on y a consacré, je pense que j'ai fait un bon boulot et je souhaite que les gens le ressentiront.

Avez-vous eu une scène plus difficile à tourner et/ou une scène plus comique que les autres sur le film?
R. S.: -
Le massage de "Big Foot" fut le plus sympa visuellement. La séquence avec la grande femme dont on ne sait voir le visage est aussi très intéressante pour moi. On a essayé plusieurs fois de faire des choses un peu nouvelles.
La scène la plus difficile fut certainement celle de l'aquarium sur lequel je tentais de m'accrocher alors que j'avais des chaussures de gravité aux pieds. Une scène plutôt dangereuse. Mais j'y ai fait le maximum, sauf la chute, les assureurs ne voulaient pas que je la fasse parce que j'aurai pu y rester. Mais, vous savez, le film a véritablement un petit budget pour Hollywood. On travaillait six jours semaines et le septième était consacré à la réécriture. On n'a pas eu beaucoup d'argent en somme. C'est comme pour l'affiche du film, elle me semble un peu exagérée. Mais, je trouve ça tout de même sympa qu'un homme essaye de se rendre sexy pour une femme.

Votre chemin a souvent croisé celui d'Adam Sandler ("Saturday Night Live", "Big Daddy", "Deuce Bigalow"), comment définiriez-vous votre relation?
R. S.: -
C'est un excellent ami, et mon patron aussi maintenant. Il est très dur avec moi. Sérieusement, il me demande beaucoup. Il travaille très dur et rend votre travail tout aussi difficile. C'est également le premier long métrage qu'il produit. Il était présent dès l'écriture et ce jusqu'au tournage en passant par le casting, le montage, etc. Mais je le connais depuis l'adolescence, c'est un vrai vieil ami. C'était le seul qui a fait appel à mes services ces dernières années. J'ai fait pas mal de films mais pas assez qui m'ont rapporté beaucoup d'argents (rires).

Comment s'est effectué le travail d'écriture avec Harris Golberg?
R. S.: -
On a écrit ce film dans la pièce où Billy Wilder a écrit "Sunset Boulevard" en 1950 à Los Angeles. C'était une pièce étrange où il a longtemps vécu. Et, je peux vous assurer qu'il s'y passait de drôles de choses. Une pièce très inspiratrice en somme. Cela nous a pris deux mois d'écriture et trois de réécriture. En fait, près d'un an de ma vie. Si l'on me demande ce que j'ai fait en 1999, je dirais simplement: j'ai fait "Deuce Bigalow". Et durant tout l'an 2000, je n'ai fait qu'en parler (Rires).

L'humour est-il universel?
R. S.: -
Absolument. Demandez à n'importe qui dans le monde, même en Amazonie, s'il a de l'humour, il vous répondra de façon catégorique: "Oui, j'ai un grand sens de l'humour". Tout le monde pense être marrant. Mais je crois que pour être un humoriste, vous devez vous intéresser à l'humour dès l'âge de 5 ou 6 ans. Et si, à 9 ans, vous n'êtes toujours pas intéressé par l'humour, il y aura peu de chance que vous soyez un jour un comédien. En fait, la chose la plus puissante dans l'univers, c'est d'abord l'amour. Cela vous rend ridicule, etc. Ensuite, il y a la douleur. La douleur de l'autre peut faire rire, et ce partout sur terre.

Vous avez débuté très tôt dans l'humour. Pourquoi cette volonté de faire rire?
R. S.: -
C'est plutôt inné, et j'aime ça. Quand j'étais jeune, je ne savais pas qui j'étais, alors c'était facile d'être un caméléon. Mais, c'est un peu dangereux de le faire durant toute une vie. Dans ma jeunesse c'était fun.

Pourquoi, dangereux?
R. S.: -
C'est plein de haut et de bas, très dépressif. Et puis, si vous vous détestez vous-même, ce qui est le cas de nombreux comédiens, vous risquez de vous autodétruire. C'est dangereux, vous pouvez en mourir. Je ne pense pas qu'il faut être misérable pour être un artiste. On peut être heureux en tant qu'acteur. William Blake est l'un des exemples de l'artiste heureux. Il refuse catégoriquement d'être un artiste misérable.

Avez-vous été marqué dans votre jeunesse par certains humoristes?
R. S.: -
Absolument!!! Peter Seller est le plus grand. Les Monty Python aussi.

Uniquement des humoristes anglais?
R. S.: -
Oui, l'humour anglais est excellent. L'humour français revient aussi en force ces derniers temps. Le slapstick pour l'humour anglais, et l'intelligence et la maturité pour l'humour français. Et parfois le genre change de camp et le slapstick devient français grâce à des gens comme Tati.

Qu'est ce qui vous fait rire dans la vie?
R. S.: -
Quelqu'un qui croit tout savoir et aussi, les malheurs des autres. Mais, certainement pas les miens (rires).

Les américains critiquent souvent les films français, trouvant qu'il y a trop de dialogues. Que pensez vous du cinéma français, vous fait-il rire?
R. S.: -
"Trois hommes et un couffin" était un film fantastique. Il y a aussi Gérard Depardieu, il est si naturel qu'il n'a pas besoin de parler anglais comme dans "Green Card". Il est si comique, si fin. J'aimerais bien travailler avec lui un Jour. Jean Reno aussi est génial. Il est comique et tragique à la fois. "Leon" est un chef d'oeuvre. Je pense sincèrement que de grands films mondiaux sont français. Luc Besson est mon réalisateur préféré. On dit souvent qu'il s'est américanisé. Personnellement, je pense qu'une fois que votre succès devient international, on a tendance à le critiquer. J'aime aussi le film de Jean Reno dont on est en train de faire une version américaine, "Les visiteurs". Mais, je ne connais pas assez bien ce cinéma. Le système de distribution n'est pas encore tout à fait au point. J'aimerais aussi travailler avec Jean Reno. Que de projets en vue, non!!!

Qu'est ce qui ne vous fait pas rire?
R. S.:
- Ce que je n'aime pas comme blagues, ce sont les histoires qui s'inspirent de certains drames du genre accident d'avion, attentats, ... Le dentiste aussi ne me fait pas rire. Quand un film ne fait pas d'argent, l'humour s'arrête et également l'argent. Voilà en gros ce qui ne me fait pas rire.

Quels sont vos projets futurs?
R. S.: -
Je suis en train d'écrire un nouveau projet du genre "Misery" avec James Caan. Cela commence par un terrible accident d'automobile. Le personnage, presque mort, se réveille et découvre que son pied n'est plus le sien. Il sera victime d'un chirurgien qui remplace les parties de son corps détruites par les membres d'animaux différents.

Un peu comme dans "L'île du docteur Moreau"?
R. S.: -
Oui, tout à fait, mais lui, c'est plus de l'intérieur que cela le travaille. Ce projet ne sera pas trop dégoûtant, rien à voir avec un film d'horreur. Enfin, on verra...


Entretien: a.B.
Photos: C. H.




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