Troisième
partie:
L'ONF (l'Office
National du Film)
La troisième partie de
notre dossier "Cinéma Québécois" se
consacre cette semaine à l'Office National du Film
(ONF). Cette institution d'une grande importance sera le
théâtre de nombreux problèmes d'ordre
linguistique. En effet, même la culture
connaîtra les foudres nationalistes. Outre ce
fait-là, l'ONF a pour but de faire
connaître, sous toutes ses formes, la
société canadienne. A travers cette
optique, le documentaire prend son envol.
Le gouvernement prend
l'initiative pour soutenir l'industrie privée du
cinéma. C'est ainsi qu'en 1939 est
créé l'ONF, à Ottawa, dont la grande
majorité des productions remplira une fonction
pédagogique. "La Loi nationale sur le
cinématographe qui crée l'ONF, lui assigne
le mandat d'aider les Canadiens de toutes les parties du
Canada à comprendre les façons de vivre et
les problèmes des Canadiens des autres parties
..."*
Durant la Seconde Guerre mondiale,
les films sont axés sur la participation militaire
canadienne. Le Premier ministre québécois,
Maurice Duplessis, mènera, dans sa logique
politique, une lutte contre l'ONF. En effet, il y voyait
un outil de centralisation fédéral
dangereux. John Grierson, le premier commissaire de cet
organisme, ne tardera pas à créer des
problèmes d'ordres linguistiques. Il ne juge pas
nécessaire de réaliser des films en
français. Décision qui entraînera
l'absence de personnel de production francophone. Il
reviendra rapidement sur ses positions. Cependant, le
mépris envers le cinéma
québécois s'installe au sein de l'ONF. En
1952, Bernard Devlin et Jean Palardy signent "L'homme
aux oiseaux", mais l'ONF le juge trop cher pour un
film destiné uniquement à la partie
francophone. On peut parler de discrimination ! Cet
incident verra plusieurs francophones quitter l'ONF et
réclamer la création d'une section
francophone. En 1956, l'ONF déménage vers
Montréal. On doit cette décision à
Arthur Irwin, commissaire de L'ONF depuis 1950,
considérant la situation des Canadiens
français intolérable, bien qu'il soit
unilingue anglophone. Cependant, au début les
inégalités se font ressentir: "On y
apprend que pour des postes égaux, les
francophones, mêmes bilingues sont
systématiquement moins payés que leurs
collègues unilingues anglophones; qu'ils doivent
écrire leurs scénarios en anglais pour que
les cadres les comprennent; qu'ils sont surtout
confinés aux rôles d'assistants ou de
traducteurs..."**
Alors que le mandat de l'ONF est
de réaliser l'unité canadienne, il est
lui-même tourmenté par les divergences et
les partis pris raciaux. En avril 1957, Guy Roberge est
le premier Canadien français à occuper la
place de commissaire. Mais il faudra encore attendre
quelques années pour que soit reconnue
officiellement l'autonomie des francophones. "Autour
de 1963, presque tous les tenants du direct veulent
passer, au moins provisoirement, à la fiction. La
plupart se lancent dans l'aventure bien aléatoire
de la production en industrie privée, car l'ONF ne
permet officiellement la fiction qu'à
quelques-uns. Et encore là, les premiers films se
font malgré les règles de la maison et les
directives des cadres décideurs dans une
quasi-guérilla ou
clandestinité."***
La même année, Guy
Roberge propose au gouvernement la création d'une
nouvelle structure dans laquelle la représentation
biculturelle serait affirmée. La nouvelle
structure de l'ONF date de 1964. L'organisme se divise
alors en deux programmes, d'un côté le
programme anglais et de l'autre le programme
français. Cependant, les problèmes avec
l'ONF, à l'image de Denys Arcand ( "Champlain"
en 1964, "On est au coton" en 1970 et
"Québec, Duplessis et après" en 1972 )
seront toujours présents où le politique
domine le culturel. Le cinéaste sera soumis aux
pressions de l'ONF qui, ne l'oublions pas, est une
branche du gouvernement canadien. L'ONF doit donc
refléter l'idéologie politique de celui-ci
et ne pas aller à son encontre... Ce qui ne va pas
sans créer de nombreuses tensions ! Ce n'est qu'en
1968 que la section francophone prend son
véritable envol.
Bruno Brioni
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* JEAN (Marcel), Le
cinéma québécois,
Montréal, Collection Boréal Express,
1991, p. 18.
** LEVER (Yves), Histoire
générale du cinéma au
Québec, Québec, Boréal, 1988,
p. 143-144.
*** LEVER (Yves), Histoire
générale du cinéma au
Québec, Québec, Boréal, 1988,
p. 160.
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UN PETIT PAS DANS LE
MONDE
DU CINEMA QUEBECOIS
Première
partie
Flash-back,
de la naissance du cinéma
québécois,
en 1896, aux premiers pas du cinéma de fiction en
1922.
Deuxième
partie
Première
vague: 1945-1953
Quatrième
partie
Le
déclin du
cinéma: 1953 -
1960
Cinquième
partie
La
révolution tranquille et le cinéma
direct
Sixième
partie
"L'Etat
intervient"
Septième partie
:
Le
cinéma d'auteur
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