Sixième partie:

"L'Etat intervient"




"On est au coton"
de Denys Arcand
Dans la suite logique de la révolution tranquille, l'Etat interviendra afin de promouvoir le 7è art québécois. Malgré la prépondérance de l'aide au cinéma, la fin des années 60 est marquée par le premier acte de censure recensé dans l'histoire du cinéma québécois. L'ONF ( Office National du Film ) retiendra le film de Denys Arcand "On est au coton" durant plusieurs années. Une analyse critique des relations existantes entre les patrons et les ouvriers. Cependant, on remarquera que le cinéma documentaire et le cinéma de fiction semblent plus que jamais jaillir d'un sommeil devenu bien trop long.





L'immobilisme de l'Etat d'avant la révolution tranquille fait place désormais à l'intervention de celui-ci, notamment par l'aide à la création cinématographique. En 1967, est créée la Société de Développement de l'Industrie Cinématographique (SDICC), à qui l'on reprochera d'imposer le modèle hollywoodien. Celle-ci contribue à l'industrialisation du cinéma québécois. *
Fin des années 60, l'ONF produit toujours des documentaires à caractère pédagogique. Après sa trilogie historique, Denys Arcand tourne "On est au coton" , le seul cas de censure dans l'histoire du cinéma canadien. Dix ans après, il réalise son premier long métrage de fiction "La maudite galette" . Cette période est marquée par d'autres cinéastes dont les films ont été accueillis, aussi bien par la critique que par le public, avec succès. Jean-Pierre Lefebvre avec "Les Dernières Fiançailles " en 1973 et "Le Gars des vues " en 1976, André Forcier réalise "Bar salon " en 1973 et "L'Eau chaude, l'eau frette " en 1976, pour ne citer qu'eux.
De 1975 à 1980 c'est le creux de la vague, la production diminue. Ceci dit le documentaire persiste ... Et ne cesse de dresser un portrait critique de la société québécoise, "L'Acadie, l'acadie" de Perrault et Brault en 1971, "Action" de Robin Spry en 1974 et "Derrière l'image" de Jacques Godbout en 1978. **


***

Ce tableau nous montre l'évolution de la production de longs métrages au Québec entre 1936 et 1976. Comme on peut le constater à partir de 1960, l'Etat intervient ce qui permet une production de 5 à 20 films par an. Avant la révolution tranquille aucun film n'est produit par l'Etat. On voit également la période de la première vague où sont produits moins de cinq films par an avec une pointe au dessus de la barre des cinq en 1949 et ce pour l'industrie privée. Elle stagne pendant près de sept ans jusqu'en 1960. L'industrie privée se développe en battant les records en 1973. Quant à la production artisanale elle reste en marge du système depuis le début.


Le cinéma artisanal se divise en deux étapes. La période qui va de 1937 à 1948 environ fut celle de la production dite artisanale, le plus souvent identifiée à des religieux, et destinée au prosélytisme en faveur de la colonisation ou des vocations religieuses. **** Par après, le cinéma artisanal s'identifiera au cinéma indépendant. C'est-à-dire aux cinéastes travaillant avec une petite équipe et avec peu de moyens. Cependant, ce cinéma n'est pas pour autant de l'amateurisme. L'aide au cinéma artisanal existe bien, mais celui-ci reste ancré en marge du système. En mettant sur pied le programme d'aide au cinéma artisanal, la production française s'était donné comme objectif de déceler et d'aider des individus à faire la preuve de leurs capacités, de façon à acquérir une crédibilité suffisante pour accéder éventuellement aux moyens professionnels de production (...) De façon générale, le programme s'oriente plus encore que par le passé vers la découverte de ceux qui sont susceptibles de devenir cinéastes professionnels. *****

Bruno Brioni

* JEAN (Marcel), Le cinéma québécois, Montréal, Collection Boréal Express, 1991, p. 67
** LINTEAU (Paul-André), DUROCHER (René), ROBERT (Jean-Claude), RICARD (François), Histoire du Québec contemporain, Tome 2: Le Québec depuis 1930, Montréal, Les Editions du Boréal, 1989, p. 760.
*** LAMONDE (Yvan), HERBERT (Pierre-François), Le cinéma au Québec, essai de statistique historique (1896 à nos jours), (Coll. instrument de travail numéro 2), Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1980, p. 174.
**** Idem, p. 173.
***** X., onf: aide au cinéma artisanal, favoriser l'apprentissage des méthodes professionnelles, in: Cinéma Québec, numéro 47, (Vol. 5, numéro 7), 1977, p. 28.






UN PETIT PAS DANS LE MONDE
DU CINEMA QUEBECOIS




Première partie
Flash-back, de la naissance du cinéma québécois,
en 1896, aux premiers pas du cinéma de fiction en 1922.


Deuxième partie
Première vague: 1945-1953


Troisième partie
L'ONF (l'Office National du Film)


Quatrième partie
Le déclin du cinéma: 1953 - 1960


Cinquième partie
La révolution tranquille et le cinéma direct


Septième partie :
Le cinéma d'auteur



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