Septième partie:

Le cinéma d'auteur




Le Déclin de l'empire américain de Denys Arcand
La septième et dernière partie de notre dossier cinéma québécois évoluera des années 80 jusqu'à nos jours. L'intérêt pour le documentaire s'effrite peu à peu durant les années 80. Le public québécois semble pris de passion pour la fiction diffusée à la télévision. Malgré quoi, on tente de revitaliser le documentaire de diverses manières. Vers le milieu des années 80 le cinéma d'auteur prend son envol avec " Le Déclin de l'empire américain " du réalisateur Denys Arcand. Le cercle fermé du cinéma québécois s'ouvre vers le reste du monde. C'est le début d'une belle histoire.






C
omme nous l'avons mentionné plus haut, le documentaire connaît début 80 un passage à vide, non du point de vue de la réalisation, mais du point de vue de l'intérêt que le public lui accorde. Force est de constater qu'à la télévision, la fiction a une emprise plus importante sur le public que le documentaire. En conséquence, des documentaires-fictions seront créés dont l'objectif est de faire revenir le public, notamment par des aspects ludiques: " Le Million Tout-Puissant " , faisant intervenir des vedettes dans les émissions régulières.
Le fait que Denys Arcand projette Machiavel dans " Le confort et l'indifférence " peut être analysé de manière similaire, encore que son objectif semble être aux antipodes de cette hypothèse. D'après Yves Lever, dans son texte " Les mélanges documentaire-fiction : un point de vue critique " , " pour bien décoder le documentaire, tout comme les essais d'ailleurs, il faut non seulement une culture préalable pour situer l'information dans un ensemble plus vaste, mais il faut aussi savoir traiter l'information. " * Insinue-t-il par là que le public québécois est inapte à comprendre le documentaire? Vraisemblablement pas. Cependant, l'ajuster pour un public populaire semblerait être la solution en y introduisant des aspects positifs car, depuis trop longtemps, le documentaire est imprégné d'un misérabilisme constant.
Durant les années 80, le cinéma québécois se ressaisit. Pour survivre, il s'associe à la télévision par des coproductions obtenant ainsi des financements. C'est le temps des super-productions et des séries de télévision telles que " Les Plouffe " et " Maria Chapdelaine " de Gilles Carle. Mais sur le plan cinématographique, la plupart des séries ne sont pas d'une grande qualité.
Vers le milieu des années 80 s'amorce la reprise du cinéma d'auteur. On doit ce coup de fouet à Roger Frappier réalisateur et producteur. ( C'est lui qui a produit le film de Denis Villeneuve, " Un 32 août sur la terre" , vainqueur au dernier Festival International du Film Francophone de Namur. ) Son projet était de recréer un cinéma d'auteur et de donner les moyens d'y parvenir. De ce projet sortiront en 1986, " Anne Trister " de Léa Pool, et " Le Déclin de l'empire américain " de Denys Arcand, succès sans précédent dans l'histoire du cinéma québécois. A ce propos, Marcel Jean souligne que " ce long métrage fait la preuve que le film d'auteur demeure la meilleure façon de donner une crédibilité économique et esthétique au cinéma québécois."** Notons également, en 1987, " Un zoo la nuit " de Jean-Claude Lauzon, en 1989 " Jésus de Montréal " de Denys Arcand, en 1990 " Le party " de Pierre Farlardeau etc...
On peut expliquer par trois facteurs l'effet de stagnation dans lequel se trouve le 7e art au Québec. Tout d'abord les productions locales sont lentes. Ensuite le cinéma québécois qui a des difficultés à se défaire de son passé documentaire enregistre un retard considérable dans le cinéma de fiction. Pour finir, il a beaucoup de mal à s'aligner sur le cinéma international. On constate également que c'est un cinéma dévalorisant et désespérant, qui donne une image noire et passéiste du Québec.
Ginette Major proposait il y a une quinzaine d'années de " conférer une dimension élargie à ce qui n'est que terre-à-terre et banalité, retrouver une poétique du langage, apposer une certaine vision lyrique à ce qui n'apparaît que prosaïque et quotidien, insuffler du rêve et de la poésie dans la grisaille des jours : voilà quelques propositions visant à renouveler l'imaginaire cinématographique québécois. " *** Et, à l'aube du XXIe siècle cela semble toujours d'actualité ! Cependant, aux vues des dernières réalisations tels que " Eldorado " de Charles Binamé et de " Un 32 août sur la terre " de Denis Villeneuve, il semble que le cinéma québécois soit sur la voie royale!

Bruno Brioni



* CHABOT (Claude), LAROUCHE (Michel), PERUSSE (Denise), VERONNEAU (Pierre), (Sous la dir. de), Le cinéma québécois des années 80, Montréal, Cinémathèque québécoise/Musée du cinéma, 1989, p. 66.
** JEAN (Marcel), Le cinéma québécois, Montréal , Collection Boréal Express, 1991, p. 91.
*** MAJOR (Ginette), Le cinéma québécois à la recherche d'un public, bilan d'une décennie: 1970-1980 , Montréal, Presse de l'université de Montréal, 1982, p. 154.






UN PETIT PAS DANS LE MONDE
DU CINEMA QUEBECOIS




Première partie
Flash-back, de la naissance du cinéma québécois,
en 1896, aux premiers pas du cinéma de fiction en 1922.


Deuxième partie
Première vague: 1945-1953


Troisième partie
L'ONF (l'Office National du Film)


Quatrième partie
Le déclin du cinéma: 1953 - 1960


Cinquième partie
La révolution tranquille et le cinéma direct


Sixième partie
"L'Etat intervient"



© 1996 - 2003 6bears Magazine