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Rencontre
avec Gô Nagai, créateur de
Goldorak
Qui n'a pas
suivi quelques épisodes de ce dessin
animé ou ne sait fredonner quelques
couplets de sa bande son? Par contre, pour les
non-afficionados, son auteur Gô Nagai est
beaucoup moins connu et pourtant il n'a pas fait
que du Goldorak. Né en 1945 dans la
préfecture d'Ishikawa au Japon, Gô
Nagai découvre la passion du dessin en
parcourant une bd d'Osuma Tezuka
(créateur du "Roi Léo", "Astro
Boy", "Black Jack", ...). Bien
décidé à devenir un
dessinateur de manga, il sera en 1965,
l'assistant de Shotaro Ishinomori ("Cyborg 009",
"Les Mémoires de Sabu et Itchi", ...). A
partir de 1967, il réalise ces propres
histoires: "Devilman", "Mazinger Z", "Cutey
Honey", "Violence Jack", "Great Mazinger",
"Getter Robot", ... Nombreuses de ses histoires
sont diffusées en série
télévisée. Nous avons
rencontré Gô Nagai, à
Bruxelles, le temps de retourner quelques
instants en arrière avec un héros
de notre enfance, Goldorak
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Après tant d'années, que
représente Goldorak pour vous?
Go Nagai: - J'ai toujours été
passionné de robot. Je les aie découverts
dès mon jeune âge en lisant Tezuka. J'ai
voulu développer un nouveau concept de robot qui
serait piloté par des humains comme un bus ou une
voiture. C'est ainsi qu'est né "Mazinger Z", puis
"Great Mazinger" et enfin "Goldorak" avec l'idée
que ce dernier n'avait pas été construit
par des humains mais par une race d'extra-terrestre.
Et avec plus de recul?
G.N.: - En regardant le passé, je me dis que
je suis un peu un pionnier dans le genre, puisque avant
il n'y avait pas ce style de robot. Je suis très
content d'avoir contribué à
l'élaboration d'un nouveau genre.
L'auriez-vous réalisé
différemment aujourd'hui?
G.N.: - Si j'avais eu l'occasion, j'aurais
aimé qu'Alcor (l'ami d'Actarus) ait un rôle
plus étoffé dès le départ.
Alcor était le héros de la série
Mazinger Z, et il se retrouvait d'un coup
rétrogradé au second rôle.
Vous êtes né après une guerre qui
a marqué votre oeuvre? Pourquoi vous a-t-elle tant
influencé?
G.N.: - Même si je ne l'ai pas connue
personnellement, je suis né juste après
elle, mais par contre, j'en ai eu beaucoup d'échos
par l'intermédiaire de mes parents. Beaucoup de
gens ne voulaient plus ce genre de chose. Par
l'intermédiaire de mes manga, je
dénonçais cette situation. Mes personnages
étaient contraints et forcés de participer
à cette guerre. Je voulais faire passer
l'idée que mes personnages étaient contre
la guerre, mais que malheureusement il y était
forcé.
Historiquement parlant, l'évolution de l'homme se
base sur des guerres. Donc même si l'homme,
rétrospectivement, regarde en arrière en
disant plus jamais ça, ça bouillonne en
lui. En montrant la guerre dans mes bd, j'espère
peut-être que la personne, devenue adulte ne le
fera plus.
Pour l'époque, vous êtes aussi un auteur
qui a donné plus de place aux femmes. Elles ne
sont plus des potiches, mais des combattantes!
G.N.: - C'est vrai qu'à l'époque la
plupart des héros étaient surtout des
hommes. Et, comme je cherche toujours à renouveler
un style, la montée en puissance des personnages
féminins était ce que je
voulais.
Le dessin animé de Goldorak a
été diffusé à travers le
monde. Avez-vous eu un contrôle sur ce dessin
animé ou sur son adaptation?
G.N.: - En fait, Goldorak a été
diffusé dans 86 pays dans l'ignorance
complète. La société qui avait fait
la production de l'animation ne m'avait jamais
révélé qu'elle avait vendu Goldorak
à l'étranger. Et, c'est un jour, par
hasard, que des journalistes européens venus pour
m'interviewer, m'ont appris le succès mondial de
Goldorak à mon grand étonnement.
Et, financièrement, il y a eu
dédommagement?
G.N.: - Il y a eu un procès avec la
société pour ce cas-là, mais je n'ai
jamais rien perçu en dédommagement. Ca ne
fait que 5 ou 6 ans que l'on sait que c'est moi le
créateur de Goldorak, à
l'étranger.
A l'époque, il n'y avait pas de moyen pour savoir
ce qui se passait à l'étranger.
Quelle vision avez-vous de la manga
d'aujourd'hui?
G.N.: - J'apprécie énormément
les autres dessinateurs, les jeunes et les plus anciens
et les bd comme "Berserk" de Kentarô Miura ou
"Dragon Head" de Minefacô Mochizuni. Il y a
énormément de dessinateurs qui dans un
style qui leur est propre font de très bonnes
choses dans un genre déjà existant comme
par exemple "Monster" de Naoki Urasawa.
En Europe, il y a encore quelques détracteurs
de la manga qui critiquent la qualité des images,
les répétitions ou encore la violence?
Quelle opinion avez-vous sur ces critiques?
G.N.: - Chez nous, comme partout, il n'y a pas que du
bon. Il faut savoir qu'au Japon, la production d'un
dessin animé est très stricte, avec peu de
temps et peu d'argent. Ce qui explique en partie les
scènes répétitives ou d'autres
scènes qui peuvent paraître
inanimées. Je pense que le Japon devra sortir de
cette ornière s'il veut être mieux
considéré.
Quelle vision avez-vous de la bande dessinée
autre que japonaise, américaine ou
européenne?
G.N.: - Les styles qu'il y a en vigueur ailleurs sont
très intéressants, et ça me
passionne de découvrir toutes ces nouvelles
choses.
On ne peut pas se renouveler tout le temps, si l'on ne va
pas chercher partout et c'est pour cela que j'ai de
l'intérêt pour ce qui m'entoure.
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