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An
Pierlé
Déjà
très populaire en Flandre et en Hollande,
An Pierlé fait un petit tour de Wallonie
avant -pourquoi pas- de s'attaquer à la
France Seule au piano ou à
l'accordéon, elle charme chaque salle,
tantôt par ses mélodies,
tantôt par son humour
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Tu chantes en anglais. N'as-tu jamais
essayé de chanter en français ou dans ta
langue maternelle, le néerlandais?
An Pierlé: J'ai essayé en
néerlandais, mais je n'arrive pas à
écrire de bons textes. Et en français, je
ne sais pas! J'aime beaucoup Gainsbourg et je n'arrive
pas à faire aussi bien, alors, je continue en
anglais.
Tu connais d'autres artistes français?
A. P.: Plus maintenant. Quand j'étais petite,
j'écoutais Jean-Jacques Goldman et Mylène
Farmer. Et dans les flamands, il y avait toute une vague
dans les années '60. C'était toutes des
petites chansons très bien arrangées.
C'était très bien fait. J'aime bien
Noordkaap et Gorki, aussi.
Tu t'intéresses à tous les genres
musicaux?
A. P.: La techno, je ne connais pas trop. Il y a des
trucs du Top 40 que j'aime bien, mais pas beaucoup! Des
artistes électroniques ont remixé mon
morceau "Tower". J'aime bien ce qu'ils en ont
fait! Ils respectent tous l'esprit de la chanson. J'aime
bien!
On voit beaucoup de groupes belges se décliner
dans d'autres configurations (musique de film,
théâtre, happenings ) Tu t'intéresses
à d'autres disciplines artistiques?
A. P.: J'ai eu un petit rôle dans une
série télé en Flandre. Mais
c'était il y a longtemps! Après mes
premiers succès en 1998, j'ai fait une
pièce de théâtre:
"Bernadetje". Mais maintenant, j'ai
décidé de continuer dans la musique! Le
théâtre, je l'ai fait car ça avait
l'air très gai. Je pouvais chanter, danser, jouer.
C'était avec des auto-tamponneuses, donc un
décor très original. Une très
chouette expérience que je ne pouvais pas
refuser!
Je voulais faire plusieurs choses en même temps.
Par exemple, on avait trois mois de libre dans la
pièce et je m'étais dit:"Je vais faire de
la musique pendant ce temps-là". Mais ça ne
va pas! Tu as besoin de te reposer d'abord, il te faut un
mois pour te relancer et quand tu te sens bien, tu dois
arrêter pour reprendre autre chose. C'est rageant!
Je préfère me consacrer entièrement
à la musique. Je me sens mieux quand je fais de la
musique. Quand je fais du théâtre, je ne
m'oublie pas! C'est à dire que je dois toujours
être consciente de ce que je fais. Alors que quand
je chante, il m'arrive de ne plus être là.
Et c'est ça que j'aime!
Tu es toujours seule sur scène. C'est une
intention?
A. P.: J'ai un autre projet: "Gis en
Pirletta". C'est un peu plus théâtral,
avec un groupe. On a déjà fait ça au
Botanique! C'est un peu une ambiance domestique
Noël. Avec des lumières et un
décor.
C'est avec un guitariste qui joue avec un archet et
l'ingénieur du son est sur la scène et fait
des bruitages. Je me sens plus libre. Je peux jouer du
Walt Disney, m'évanouir sur la scène...Et
juste après, on peut casser la féerie et
devenir presqu'industriel. Les contrastes sont
très forts!
Tu trouves ça important de jouer sur les
contrastes, de passer de l'un à l'autre. De
l'extrêmement calme à la puissance?
A. P.: Ce n'est pas une volonté de montrer une
diversité. C'est plutôt vouloir explorer des
choses. Surtout avec "Gis et Pirletta" où
je ne suis pas An Pierlé, qui doit défendre
ou présenter son album! Là, on peut faire
n'importe quoi sans se soucier de ce que les gens
pensent. C'est très agréable! C'est un peu
le côté punk!
Pourquoi abandonner le piano acoustique pour utiliser
des effets? Tu étais arrivé au bout des
possibilités de cet instrument?
A. P.: Je n'ai pas de piano acoustique, à
queue chez moi. Donc, je ne peux pas me permettre
d'explorer toutes ses possibilités. Ce sont
plutôt les gens du Conservatoire qui font ça
et ça ne m'intéresse pas! C'est aussi un
instrument à apprendre. J'ai acheté ce
piano électrique et je voulais vraiment en
utiliser tout le potentiel. Mais le plus important, c'est
que je voulais un son à moi! Un peu comme un
guitariste avec ses pédales!
Quand ça doit être fort, je veux que
ça fasse presque mal aux oreilles! Avec des basses
puissantes. Ce que je n'ai pas avec un piano
traditionnel.
"Mud stories", ton album, est composé de
petites histoires. D'où te viennent-elles?
A. P.: J'invente beaucoup. Donc, vu que c'est moi qui
les écrits, elles ont toujours un rapport avec
moi! C'est soit quelque chose que j'ai lu, que j'ai
entendu. Je ne sais pas d'où ça vient
exactement, mais je suis tout le temps
influencée.
Comment te viennent tes chansons?
A. P.: Ca dépend! J'ai toujours une
mélodie en tête, pour ça, pas de
problème. La plupart du temps, il y a un petit
bout de texte qui est lié à cette
mélodie. Principalement pour la sonorité.
Puis, je m'enferme dans un local de
répétition de 10 heures du matin à 5
heures du soir. Je sais, c'est pas très rock 'n
roll, mais c'est comme ça! Et là, je
travaille.
J'écris des textes, j'écoute les sons des
mots, je retravaille. Et il y a des choses qui restent!
Et la chanson se construit. Un peu comme un ordinateur
qui calcule. Et la version définitive
sort!
Tu n'as jamais eu de regret par rapport
à une chanson, après-coup, en
ré-écoutant l'album?
A. P.: Oui, bien sûr. Mais je n'écoute
plus l'album!
Mais c'est aussi le but: proposer un album, un travail et
l'améliorer sur scène. Sur scène,
les morceaux évoluent.
Quand j'écris, je ne sais pas continuer à
composer la musique quand le texte est fini. Les deux
évoluent en parallèle. Et le sens de la
chanson évolue aussi. Un jour, il t'inspire
quelque chose et le lendemain, quelque chose d'autre.
Même chose pour les gens, qui interprètent
un morceau à leur manière, qui
s'approprient la chanson et ça c'est
génial. Si ça se limitait au petit monde
d'An Pierlé, ce serait dommage. Parfois, c'est
marrant quand quelqu'un te dit ce que telle ou telle
chanson veut dire pour lui ou elle. C'est là que
la chanson évolue le mieux!
Au sujet de la chanson "God in a cage", tu n'avais pas
peur de t'attaquer à Dieu?
A. P.: J'ai été élevée de
manière catholique, donc, j'étais
obligée de ressortir ça un jour! C'est
facile de dire: "Je ne crois plus", mais tu as toujours
un peu peur qu'il est là au-dessus de toi. Au
début, cette chanson était vraiment un
morceau death-metal, avec de la disto. Et puis, je me
suis dit que juste crier n'est pas intéressant. Ce
sont les Alanis Morrissette qui font ça, pas moi!
Alors, j'ai changé cette chanson qui, d'ailleurs,
continue à évoluer. Je mets surtout en
avant le côté sarcastique
maintenant.
Internet?
A. P.: J'ai Internet à la maison, mais je suis
nulle avec les ordinateurs! Les e-mails, ça
commence à aller
Tu es déjà allé voir ce qu'il y a
sur toi?
A. P.: Une fois. Il paraît qu'il y a une page
An Pierlé avec un accès sur un sexsite. Je
ne vais pas aller voir tout ce qu'il y a sur moi
Tu vas travailler sur un site?
A. P.: Oui, mais je préfère me
concentrer sur la musique. S'il y a un site officiel, je
veux tout contrôler car c'est véritablement
mon image! Peut-être en parallèle au nouvel
album, mais je préfère faire la
musique.
Tu vois une utilité à l'Internet?
A. P.: Je pense que c'est une manière de se
créer un univers où les gens peuvent venir.
Et, pour acheter des instruments de musique aussi, c'est
facile.
Comment considères-tu l'e-mail?
A. P.: Je pense que j'écris plus qu'avant. Des
choses plus profondes et plus longues (quand je commence,
on ne sait pas m'arrêter) parce que c'est plus
facile. Mais je préfère
téléphoner.
Et la musique sur Internet?
A. P.: Naturellement, je ne veux pas qu'on copie mon
CD. Il y a des chansons live sur Internet, je trouve
ça bien, parce que je ne les ai pas
enregistrées et qu'ils ne les vendent pas. C'est
aussi très bien pour faire connaître des
groupes.
Mais, à un moment, mon album était sur le
Net et ça m'embête un peu plus parce que je
veux gagner ma vie en faisant de la musique. Mais c'est
surtout les maisons de disques qui sont là-dessus.
En tant que simples artistes, on n'a pas un poids
énorme
Et si tu vendais directement ta musique, sans
intermédiaire?
A. P.: Évidemment, ça peut
paraître mieux, mais les maisons de disques font
aussi un énorme travail, surtout en matière
de promotion.
Fabian Tilmant
(2001)
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