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Tigresse
blanche
Né en 59 à Marseille,
Didier Conrad fait ses premiers pas dans Spirou
en 1974. En '78, il débute sa
collaboration fructueuse avec Yann. De
nombreuses années plus tard, ils sont
devenus des piliers du genre, entre autres
grâce à des séries comme
"Les Innommables" et "Bob Marone".
Aujourd'hui, avec Yann, il offre à Alix,
l'un des personnages des "Innommables", une
histoire bien à elle à
découvrir à travers les deux
premiers tomes. Rencontre...
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- Comment vous est venue l'idée de
créer un prologue aux innommables?
- D. C. : Conrad: Ce n'est pas un prologue mais
plutôt un pilote. L'idée était
essentiellement de pouvoir développer le
personnage d'Alix qui a toujours été
traité de manière fort secondaire.
- Elle est aussi sujette à fantasmes?
- D. C. : (Rire) Si vous voulez! Il est certain que
s'il faut faire un spin-off avec l'un des héros
des "Innommables", c'est certainement pas un personnage
à gros nez qu'il faut prendre. Il vaut mieux
prendre quelqu'un d'agréable à regarder.
D'autre part, jusqu'à présent, Alix avait
toujours eu un statut de victime, elle avait beaucoup
souffert. Je trouvais qu'avec tout ce qu'elle avait
supporté, elle méritait de prendre un peu
la vedette.
- "Les Innommables" avait débuté en Asie
suite à votre envie de dessiner des jonques pour
reprendre vos propos. Une envie non rassasiée
donc?
- D. C. : Quand j'ai voulu commencer à
dessiner l'Asie, je ne connaissais pas du tout. Au fur et
à mesure que j'ai développé des
albums, j'ai commencé à pas mal me
renseigner et cela devient de plus en plus
intéressant. C'est difficile de se détacher
de ce pays.
- "Les Innommables" sans "Les
Innommables" vous offrait-il de nouvelles
perspectives? De nouvelles
libertés?
- D. C. : Disons que l'avantage est que
cela permet de faire une histoire avec un
personnage central. On a moins tendance à
s'éparpiller sur des tas de petites
anecdotes ou de prendre des chemins de traverse.
On peut se concentrer sur une histoire qui va
vers un objectif clair.
- Certains critiques trouvaient que les
derniers albums des Innommables manquaient
d'irrévérences. Pensez-vous qu'ils
seront comblés ici?
- D. C. : Dans les derniers albums des
Innommables , on avait énormément
de pistes qui partaient dans tous les sens et
qu'il fallait réunir. Il est certain
qu'on était moins libre qu'on l'est
maintenant avec Alix. Là, on peut
tranquillement laisser notre imagination
délirer.
- C'est un album en deux tomes!
- D. C. : Oui, mais on va continuer la
série avec "Alix" pendant un certain
temps. Après, on reprendra "Les
Innommables".
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- Sur "Tigresse blanche", vous avez
travaillé différemment. Il en
résulte des planches plus lumineuses et plus
aérées.
- D. C. : C'est une volonté de donner du
souffle au personnage d'Alix qui est encore très
naïf et très jeune. Cela paraissait
étrange de l'étouffer avec plein de cases.
Elle a besoin de cette espace.
- "Tigresse blanche" regorge d'expressions fleuries
comme fleur de jade, diamant chauve ou le
cinquième bonheur. D'où vient ce langage
chamarré?
- D. C. : C'est une transcription du Chinois, des
expressions chinoises réelles comme les heures du
chat, basées sur l'astrologie chinoise. La
journée est coupée en heure, en suivant les
douze animaux de l'astrologie chinoise. Chaque animal
suit l'autre par intervalle de deux heures.
- Le porc aigre doux n'existe pas, là on est
d'accord?
- D. C. : L'année du porc aigre doux, c'est
pour faire plus fleuri, effectivement.
- Certains types de personnages reviennent d'une
série à l'autre comme le fils trop
couvé par sa mère. De qui vient ce
personnage fort typé?
- D. C. : Les rapports mère-fils ont
toujours été des rapports difficiles que ce
soit pour Yann ou pour moi. Je pense que 85% des fils ont
des rapports bizarroïdes avec leur mère,
comme les filles avec leur père. On part
peut-être de problèmes qu'on a eus et on
fait toutes les variations possibles. Cela n'a rien
d'autobiographique, ni Yann, ni moi, n'avons des
mères qui sont des pin-up
particulièrement.
- Vous proposez aussi une vision très
personnelle du duo "Blake et Mortimer"!
- D. C. : Il fallait que ce soit différent
de l'autre parodie qui est sortie entre-temps.
Quand vous partez d'une série comme "Blake et
Mortimer" ou "Bob Morane", vous avez toujours des
personnages qui sont transparents, sans histoires. Si on
veut réussir une parodie, il faut leur
créer toute une histoire.
- Entre Yann et vous, c'est une très longue
histoire qui a été interrompue pendant
quelques années avant de reprendre de plus
belle?
- D. C. : On se connaît depuis 30 ans et on
travaille ensemble depuis plus de vingt ans.
C'était à la fin de "L'aventure en jaune",
on avait eu tellement de pression. C'était une
période assez critique où on n'imaginait
pas continuer comme auparavant. Chacun a eu besoin de
trouver ses marques dans ce métier, ce qu'on a
fait avant de se réapprocher naturellement. Cela
n'excluant pas que l'on se sépare ou que l'on se
rassemble à nouveau. On a une très longue
histoire ensemble avec des intérêts communs
et aussi des intérêts divergents. Dans le
métier et pour des tas d'autres choses.
- Cela ne viendrait-il pas du fait que vous êtes
tous les deux dessinateurs et scénaristes?
- D. C. : Il est possible que ce soit ça.
C'est vrai que l'on se complète bien dans la
mesure où Yann dessine mais pas extrêmement
bien et scenarise bien. Moi, je dessine bien mais je ne
suis pas un excellent scénariste. On se
complète et se comprend mieux qu'on comprendrait
quelqu'un d'autre du métier. Et puis, on a
débuté ensemble, il y a un
côté initiatique.
- Mais, il arrive qu'il corrige vos dessins ou que
vous lanciez une idée pour le
scénario?
- D. C. : Tout à fait. Disons qu'on ne se
corrige pas vraiment. On discute, se donne des
idées et on rebondit sur celles-ci. C'est un
dialogue permanent. Yann dessine ses scénarios.
D'ailleurs, quand il écrit pour d'autres, certains
scénaristes n'aiment pas avoir un scénario
dessiné, surtout dans le cas d'histoires
réalistes parce que Yann dessine en humoristique.
Il y a un décalage qui n'est pas toujours facile.
Quand c'est le cas, il fait son découpage
dessiné et après il le
réécrit. C'est vraiment naturelle chez lui
de dessiner ses découpages.
- Et pour vous?
- D. C. : Moi, je préfère le
découpage dessiné. Cela permet d'avoir une
idée globale, sans m'empêcher de faire ce
que je veux. Je ne suis pratiquement jamais les mises en
page, cela me permet de voir tout de suite ce qui
fonctionne et ce qui me semble ne pas fonctionner.
- Pourrait-on imaginer des histoires
courtes ou autres qui reprendraient d'autres
personnages de la série?
- D. C. : Alors là, je m'engage
à rien, parce que l'on n'a jamais eu de
plan précis, mais je ne vois vraiment pas
ce que l'on pourrait faire dans le cadre de
mini-récits. Mais, je ne pense pas que
l'on fera d'autres "spin-off".
- Vous êtes resté aux
États-Unis après votre
expérience chez Dreamworks. Peut-on
savoir pourquoi?
- D. C. : Je peux toujours revenir quand
je veux. Par contre, si je pars, je ne pourrai
pas revenir aux États-Unis. D'autre part,
c'était l'occasion de vivre quelque chose
de complètement différent, donc
d'intéressant. J'aurais eu l'occasion de
partir une dizaine d'années au Japon, je
l'aurais fait, simplement pour
voir.
Pour en savoir plus:
Sur la série: Dargaud
Sur Didier
Conrad
C. Hubinon (Septembre
2005)
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© Yann, Conrad - (Dargaud
Bénélux) - n.v. Dargaud - Lombard
s.a. -2005
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