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Entretien
avec André
Benn
À l'occasion de la
sortie du dernier Mic Mac Adam, "Les Taupes",
nous avons rencontré son dessinateur et
créateur, André Benn. Un artiste
aussi sympathique que sans concession qui a
débuté sa carrière en 1969.
Entre-temps, il a donné vie à Tom
Applepie, Woogee, a collaboré au journal
Tintin et à Spirou, ...
Dernièrement, il relance les aventures de
Mic Mac Adam avec le scénariste Luc
Brunschwig...
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- Que retenez-vous de votre courte
collaboration au Studio Peyo?
André Benn: Il y a eu de nombreuses choses
positives pour un débutant comme les rencontres
avec des auteurs et, pas des moindres: Peyo,
Walthéry, Wasterlain et Gos. J'ai connu des gens
de grand talent grâce auxquels j'ai
découvert les assises du métier. Le
côté négatif, c'est que
c'était une bonne base mais avec des gens
tellement forts qu'on risque de s'oublier. Comme
j'étais très jeunot, je me suis
caché derrière eux. Mais, si on a du
talent, de la personnalité, on finit par s'en
sortir. Sans eux, j'aurai peut-être
été moins loin, avec d'autres
difficultés et facilités.
- Vous avez participé au journal Tintin, au
Magazine Spirou.
En plus de héros comme Tom Applepie et Mic Mac
Adam, quels souvenirs en gardez-vous?
A. B.: C'était une période fabuleuse.
En tant que jeune auteur, vous avez le pied à
l'étrier, vous êtes stimulé, vous
pouvez vous roder, on vous donne l'opportunité de
vous exprimer. J'ai commencé très jeune
dans le journal Tintin. Il m'ont pris des travaux de
commande, des illustrations pour le Tour de France et des
tas de choses comme ça. Très rapidement,
j'ai reçu une demi-planche à faire puis une
page. Les choses se sont enchaînées,
dès le début, je n'ai fait que ça
dans la vie.
- Sans avoir de plan de carrière?
A. B.: Sauf qu'à 13 ans, je me suis dit que je
ferais de la BD et rien d'autres. Mais, la vie aurait pu
en faire autrement, pour moi elle a été
très douce de ce côté-là!
- Dessinateur perfectionniste, vous prenez votre temps
pour réaliser chaque album, n'hésitant pas
à faire disparaître ce qui ne vous convient
pas malgré des avis positifs.
A. B.: (Rires) Oui, je prends mon temps
- Cela vous a valu l'étiquette de champion
toutes catégories de l'autocensure. Un mot!
A. B.: Avant tout, c'est moi qui doit aimer ce que je
fais, qui dois m'amuser, m'investir. Pendant longtemps,
j'ai essayé de travailler avec le coeur,
aujourd'hui j'essaye de travailler avec l'âme. Ce
n'est pas évident, ça ne se commande pas
mais, quand ça arrive, c'est vraiment très
fort.
- Parallèlement à cela, vous avez
accepté d'autres petits travaux qui font appel
à votre talent de dessinateur? Que vous apportent
ces parenthèses?
A. B.: Ça me permet de souffler,
d'évacuer le trop-plein ou les accumulations de
fatigue. J'adore mon métier mais je ne vois pas
pourquoi il n'y aurait pas des jours où je n'ai
pas envie, et surtout maintenant que je suis sorti du
dernier Mic Mac Adam. L'album m'a fatigué.
- Quand vous avez parlé des
nouvelles aventures de Mic Mac Adam, vous
pensiez à l'époque vous lancer
seul dans l'aventure comme pour Woogee?
Qu'est-ce qui vous a fait changer d'avis?
A. B.: Woogee est un personnage que je ne
travaillerai jamais avec une autre personne.
C'est une série d'auteurs dans le sens
où je veux m'investir et que j'ai au fond
de moi. Le personnage m'appartient
complètement tout comme des BD romans
tels que "Elmer et moi".
Mic Mac Adam fait aussi partie de moi. J'avais
envie depuis toujours de reprendre la
série réalisée depuis
toujours en collaboration avec quelqu'un au
scénario. Ici, je n'avais pas envie de
continuer seul, cela faisait 15 ans que je
travaillais seul, scénario, dessin et
couleur. Cela fait du bien de pouvoir
retravailler avec quelqu'un de plus jeune.
J'avais envie de faire ce chemin avec quelqu'un
qui puisse m'apporter d'autres choses,
d'apprendre tout en lui apprenant. C'est vrai
que j'ai une maîtrise, c'est
agréable aussi d'avoir accepté mon
style, d'être bien dans sa peau, mais de
l'autre côté c'est tellement vaste,
il y a plein de choses nouvelles que je peux
apprendre. Pourquoi resterais-je dans ma petite
bulle? Je devais trouver quelqu'un pour suivre
ce chemin avec moi qui n'avait pas que des
qualités scénaristiques mais qu'en
tant qu'individu était très bien.
Je dirais même que c'est encore plus
important. Finalement, suite à des
interviews que j'avais lues, j'ai
contacté Luc Brunschwig qui a
été séduit rapidement. Je
l'ai invité à la maison pendant
une semaine, nous avons discuté pour
qu'il me fasse part de ses projets.
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- Le tome 3, "Les taupes", contient beaucoup
d'écrits. N'avez-vous pas peur de faire fuir un
public plus large en alourdissant vos planches?
A. B.: Mic Mac Adam est un écrivain, si
c'était oublié, on s'en rend de nouveau
compte ici. Je pense que la lecture est importante. Une
partie de la jeunesse a des difficultés à
lire un roman alors qu'il faudrait commencer très
jeune. Pas uniquement de la BD, apprendre à lire
500 pages facilement sur la semaine. C'est simplement une
question de gymnastique.
Nous, on ne s'embarrasse pas de ça, on a besoin de
s'exprimer. On sait où l'on va et, notre
challenge, c'est de raconter une histoire. Si on perd un
certain public, j'espère qu'on en trouvera un
autre. Les ouvrages plus ardus et touffus font des
bouquins intéressants. Ici, la guerre 14/18 en
toile de fond , ce n'est pas vraiment la joie, les textes
et le reste donnent un juste milieu et un bon mariage
à l'ensemble. Le contexte du récit est
assez noir.
- Vous adorez mélanger les styles: un trait
humoristique, une histoire qui bascule en réalisme
et, ici, le poids de la guerre 14-18, sans oublier le
fantastique. Un jeu périlleux mais non
dénué d'intérêt.
A. B.: C'est ce qui fait la particularité de
Mic Mac Adam. On appelle cela une série de gros
nez où l'on pourrait croire qu'on est dans une
série humoristique, pour les enfants, et en fait,
ce sont des histoires qui sont prises au premier
degré et où il y a un réalisme
presque terrifiant. Ça a toujours fait le
succès de la série, c'est ce qui en fait
son charme. C'est la base de la série.
- Brûlez-vous toujours vos croquis ?
A. B.: Je brûle moins, je déchire plus
(rire)
De ce côté-là, j'ai eu un choc parce
qu'un éditeur néerlandophone qui
éditait Mic Mac Adam en édition de luxe. Il
m'a demandé pourquoi je brûlais tout
ça. Pour le premier tome, avec les
crayonnés, on ferait un album spécial.
Quand j'ai vu le résultat, c'était assez
formidable. Et, j'ai peut-être un peu
regretté d'avoir brûlé tout cela
à l'époque. Mais, je supporte peu mes
recherches.
D'un l'autre côté, c'est mes croquis, mes
recherches et c'est quand même moi qui ai le droit
de déchirer ou non. Tout est fait dans un but de
travail. Pourtant je ne veux pas ressembler à
Vermeer pour qui il ne reste que quelques petits
trucs.
- Comptez-vous un jour faire de même avec
Woogee?
A. B.: J'espère bien, j'ai encore trois
volumes à faire logiquement.
C'est une série qui m'a fatigué, je l'adore
mais, après quatre volumes, j'étais un peu
au bout du rouleau. Maintenant, j'ai tout doucement
besoin de réécrire la suite qui est dans ma
tête.
- Des projets?
A. B.: Il y a encore deux volumes de Mic Mac Adam
mais le cerveau, lui, ne s'arrête pas
là!
- Pourquoi le nom de Mic Mac Adam?
A. B.: Tout bêtement, un écossais, Mic
Mac, Mac Adam, c'est un double jeu de mots. Je croyais
avoir créé cela et, finalement, le nom
avait été pris pour un personnage
secondaire d'Hergé. Comme quoi, on invente rien,
merci monsieur Hergé.
- Comme pour Woogee que vous pensiez
avoir imaginé et pour qui vous avez
trouvé quelqu'un portant ce nom!
A. B.: Woogee est aussi le nom d'un
amérindien dont il y aurait une toile
dans un musée. J'ai trouvé cette
information sur le net. La seule chose qu'on
puisse réellement inventer, c'est quand
on s'exprime avec ses propres émotions,
on donne un cachet véritable à son
travail. Pour le reste, on se base sur son
vécu et sur ce qui a été
fait!
- Votre site
internet est très complet.
C'est d'ailleurs un des seuls endroits où
l'on peut voir tant de dessins originaux? Y
consacrez-vous du temps?
A. B.: Pas trop, je m'occupe de toutes les
nouveautés. Pour le reste, le travail est
dû à Stephane Lemaire à qui
je laisse tout le sale boulot, si on peut dire.
C'est à sa demande que le site a
été réalisé et je le
remercie encore. Il a réalisé un
site superbe, que puis-je demander de plus!
- Etes-vous un utilisateur des nouvelles
technologies?
A. B.: Je l'ai d'abord utilisé comme
un jouet. Je me suis amusé graphiquement
mais depuis j'ai bazardé tout ça!
Si je commence, je ne m'arrêterai plus.
Puis, je préfère le pinceau et le
crayon ou alors il faut me donner des
années de vie supplémentaire ou
des journées de 48 heures. Qui me les
donnera?
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Propos recueillis en juillet 2004 par
Benmoulahoume Ali
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