Pierre-François
Martin-Laval, surnommé Pef, la
rencontre

Pierre-François
Martin-Laval dans
"Essaye-moi"
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Plus connu pour ses
cascades d'amateur, l'ancien membre des Robins
des Bois est venu à Bruxelles
présenter son premier long
métrage. Une oeuvre onirique qui n'a pas
misé que sur le rire.
Pef à la fois acteur et
réalisateur dévoile une âme
enfantine et romantique même si lors de
l'interview, le sérieux était de
mise. Du moins pendant qu'on lui posait des
questions, après c'est une autre
histoire.
Inspiré d'un amour de jeunesse,
"Essaye-moi" a la fraîcheur d'un premier
film et signe les débuts prometteurs de
Pierre-François Martin-Laval,
accompagné de Wladimir Yordanoff pour le
jeu des questions-réponses.
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6bears: À travers d'anciens articles,
vous donnez l'impression d'avoir réussi
grâce à votre ténacité. C'est
elle aussi qui vous a poussé à
réaliser "Essaye-moi" ?
Pierre-François Martin-Laval: J'étais
motivé malgré une qualité manquante,
l'opportunisme. Je suis un mauvais vendeur, ce qui
m'oblige à ramer. J'ai mis un temps fou pour que
quelqu'un croie en moi et, mon producteur qui
n'était pas fan des Robins des Bois a
été touché par mon scénario.
Il m'a fait confiance.
Votre parcours avec les Robins des Bois ne vous a pas
aidé ?
Pef: Cela a peut-être aidé à ce
que les producteurs s'intéressent au contenu du
scénario. Après, les chaînes n'y ont
pas cru.
Était-ce assez facile de mettre le projet en
route ou êtes-vous tombé sur quelques
tuiles?
Pef: Pour moi, la difficulté, c'est
l'écriture. Je ne suis pas foutu d'écrire
seul. Déjà l'histoire, je l'ai
proposée à Isabelle Nanty et elle m'a
donné la confiance nécessaire pour
l'écrire. Le scénario était joli
mais trop naïf et il a fallu faire appel à
deux autres scénaristes qui m'ont aidé pour
la version définitive.
Mais, franchement, j'ai eu beaucoup de chance. J'ai pu
travailler avec les acteurs dont je rêvais. Comme
le film n'avait pas de financement venant des
chaînes, le producteur m'a laissé choisir
toute l'équipe aussi. C'était bien, j'ai pu
vraiment travailler au feeling, sans contraintes, si ce
n'est celle de ne pas dépasser le budget.
Sur "Essaye-moi", vous êtes à la fois
scénariste, réalisateur et acteur. N'est-ce
pas difficile de conjuguer ces différents
postes?
Pef: Pour l'interprétation, j'avais
trouvé une solution en ayant une coach. Certains
acteurs le font en cachette comme c'est mal vu. Elle m'a
fait un peu répéter avant et sur le
tournage, je travaillais tant qu'elle n'était pas
dans la ligne que l'on s'était fixé.
Pour l'anecdote du maharadjah qui appartient aux contes
des milles et une nuits, tout le monde croyait que je
m'étais trompé, qu'il fallait changer le
texte. Je leur ai dit qu'ils étaient dans l'erreur
mais ils pensaient être meilleurs en math. On a
perdu une heure jusqu'à ce qu'une assistante
stagiaire ait l'idée de calculer
elle-même.
Pour la réalisation, j'étais à
l'aise, j'adorais ça. Je préparais la mise
en scène avant que le tournage démarre.
Avant que les acteurs n'arrivent, je jouais un peu tous
les rôles pour expliquer à mon équipe
ce que les acteurs allaient faire.
Wladimir Yordanoff, qu'est -ce qui vous a plus dans le
scénario?
Wladimir Yordanoff: Le fait qu'il n'ait aucun lien
avec rien même si on peut le situer dans la famille
des Tim Burton. Un film comme "Essaye-moi", il y en a un
qui sort tous les trois ans avec de l'onirisme, de la
poésie,... Par rapport au rôle, c'est
surtout de former un couple avec Isabelle Nanty qui m'a
amusé comme un fou. C'est déjà
totalement improbable (rire), elle fait quand même
2m50 et moi 20 cm de haut !
Les acteurs ont-ils facilement accepté de
participer au film?
Pef: C'était un conte de fée à
partir du moment où le producteur a dit qu'il
finançait le film. Les acteurs ont tous dit oui.
Pierre Richard était touché par mon
histoire mais aurait aimé un rôle plus
conséquent pour retourner au cinéma. Mon
premier assistant m'a dit: "tu sais, il n'est pas con
Pierre Richard parce que son personnage n'a pas vraiment
de sens, réfléchit si tu ne devrais pas
tuer la mère". J'ai supprimé ce personnage
et son rôle a pris une ampleur incroyable. On est
allé dans la Loire voir Pierre Richard jouer au
théâtre et il était enfin
partant.
Quelle était l'ambiance du tournage?
Wladimir Yordanoff: Une excellente ambiance pour la
simple raison qu'il n'y avait aucun acteur
caractériel (rire).
C'est important parce que même si le
résultat peut être ceci ou cela, certains
acteurs ou actrices, parce qu'ils ont peur ou se mettent
dans des états pour jouer, pourrissent
l'ambiance.
Il y avait une bonne humeur générale qui
n'empêchait personne d'être efficace. Le
tournage était quand même très court
pour un film comme celui-là.
Pef: Je n'ai pas eu le temps de faire le con sur
le tournage.
Le cinéma, c'est collectif, magnifique, chacun est
a sa place jusqu'à la personne qui court pour
qu'on arrête la tondeuse. Mais, le
réalisateur mène le jeu. Si d'un coup, il
dit que la caméra doit être là, toute
l'équipe part en courant. C'est sûr
qu'après quelques jours je faisais un peu rigoler
les copains.
Le film est dédicacé à Isabelle
Nanty. Elle a aidé un grand nombre d'humoristes de
la génération Canal + . Y a t'il une
école Isabelle Nanty et si oui, qu'est ce qui fait
sa particularité?
Pef: En France, je n'en parle pas parce que je n'ai
pas envie de faire de la pub à ce Monsieur.
À vous, je peux le dire, on était à
l'école Florent et Isabelle Nanty était une
professeure très généreuse,
c'est-à-dire qui dépassait ses heures
gratuitement. Elle donnait sans compter, distribuait des
bonbecs à tout le monde mais en même temps
nous cravachait. Je suis arrivé cancre de
Marseille, au fond de la classe et en un an, elle m'avait
déjà redressé. Je lui dois tout
ça et ensuite elle m'a encouragé à
écrire. Sans elle, j'aurais peut-être fait
n'importe quoi ou rien.
Le film est tout à votre image. Quelles
facettes de votre personnalité n'y apparaissent
pas?
Pef: Peut-être une autorité que je peux
avoir dans la vie naturellement et qui est mise de
côté pour le personnage. Quand je dirige les
pingouins sur la banquise, je ne suis pas très
autoritaire non plus.
En amour, je suis plus naturelle aussi. Malheureusement,
mon personnage me ressemble beaucoup, il a un
côté très naïf que je n'ai pas
eu besoin de jouer.
Vous aimez la mise en scène, aujourd'hui la
réalisation pour lesquelles, si je ne me trompe
pas, vous prenez autant de plaisir qu'à jouer.
Imaginez-vous réaliser sans jouer?
Pef: Je pensais qu'on allait me demander de donner
mon rôle. En France, quand on va voir des
chaînes télévisées, ils
veulent un acteur bankable, quelqu'un qui a fait un
million d'entrées ou plus. J'étais
embêté autant pour mon amour propre que pour
trouver un acteur qui est gamin naturellement. C'est vrai
qu'Eric (& Ramsy) à un côté
très enfantin mais je voulais un mec très
sincère, quelqu'un qui se mette en larme en
vrai.
Pour répondre à votre question, j'ai
écrit deux histoires que je pense mettre en
scène dans un, deux ou trois ans. La
première sera un duo avec Pierre Richard et il est
hors de question que je donne mon rôle. La seconde
parlera d'un homme qui va faire des choses merveilleuses
par amour. Il sera un peu plus mûr que dans
"Essaye-moi". Si on n'a pas le financement, je
verrai.
Cela vous a-t'il donné de nouvelles ambitions
(écrire un livre, une BD?)
Pef: Quand j'étais petit, j'ai toujours voulu
être acteur. Aujourd'hui, j'ai la chance d'avoir un
nouveau métier. Sur ma fiche de paye, il est
écrit réalisateur, j'en reviens pas.
Écrire un film, je n'y arrive déjà
pas tout seul. Pour les deux prochains scénarios,
on est déjà un de moins, ce qui veut dire
trois. Dans 10 ans, je serai peut-être deux et dans
vingt ans, je serai seul. Je fais des fautes partout,
j'utilise des mots qui n'existent pas, que je garde dans
mes dialogues pour certains personnages. Je pense que je
ne serai pas capable d'écrire, il faut quand
même plus de 200 mots pour un livre ou alors ce
serait un conte pour les enfants.
En même temps, la vie est courte et j'aimerais bien
continuer d'être comédien, de jouer un peu
plus.
Cela a ouvert des portes?
Pef: Je crois que oui. Je viens de décrocher
un truc qui me tient à coeur sur Marcel Pagnol,
mon auteur préféré. Je vais jouer le
papa de Marcel Pagnol dans deux de ses souvenirs: "Le
temps des secrets" et "Le temps des amours". C'est pour
France 2 qui a dit pile il y a un an: "on ne donnera pas
un euro à ce scénario débile. Je ne
peux pas en dire plus !
Marina Foïs n'a qu'un petit personnage.
Auriez-vous aimé lui en donner un petit peu
plus?
Pef: Si je peux placer des amis, je le fais mais pas
à n'importe quel prix. J'attends de voir qui sera
meilleur dans le rôle. Par exemple, Kad, je voyais
très bien ce qu'il allait dégager dans le
rôle. D'autres Robins auraient pu faire son
personnage mais, Kad, c'était mon rêve.
Pour Marina, il a été question qu'elle
fasse le rôle de Julie (Depardieu). Mais, elle m'a
dit un jour, de bien réfléchir que, comme
c'était mon premier film, il fallait que je fasse
mes preuves et qu'on ne pense pas que c'était un
film des Robins des Bois. Je me suis rendu compte qu'il
manquait quelque chose à Marina. Elle va faire
rire tout le monde mais il manquera un brin de romantisme
que j'ai trouvé chez Julie Depardieu.
Wladimir Yordanoff qui est un grand acteur de
théâtre était un des rares acteurs
à pouvoir faire face à Pierre Richard. Tout
le monde ne peut pas jouer avec lui, il faut quelqu'un
qui soit son contraire. Pierre Richard n'aurait pas pu
faire rire dans la "Chèvre" sans Depardieu.
Les manchots?
Pef: Au début, comme je n'y
connaissais rien, je croyais que j'allais devoir
mettre du poisson partout.
J'ai laissé faire le dresseur qui m'a
conseillé l'un des manchots, celui de qui
j'obtiendrais le maximum. Évidemment, le
dresseur m'a fait croire que j'obtiendrais bien
plus, il paraît qu'ils font tous cela.
Mais, ce qui est marrant c'est que le manchot ne
fonctionne que grâce à son
épouse. On la mettait derrière la
caméra et il la rattrapait, sauf qu'il
n'a pas une très bonne vue. Il y a des
plans sur 30 mètres où il ne la
voyait plus du tout, c'était assez
drôle.
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Wladimir Yordanoff et
Isabelle Nanty
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Vous disiez avoir le sujet de votre prochain
film. Pouvez-vous nous en dire plus?
Pef: Je mise sur deux films en même temps et je
ne sais pas lequel sera tourné en premier. On m'a
confié un sujet que je réécris
entièrement sur un père de famille qui
n'arrive pas à joindre les deux bouts jusqu'au
jour où il hérite d'un royaume.
L'autre histoire est un conte de Noël que
j'écris avec Pierre Richard et quelqu'un d'autre.
Je n'ai pas trop envie d'en dire plus mais ce sera la
rencontre entre Pierre et moi dans une situation
burlesque. J'espère vraiment en faire un conte de
Noël à l'anglaise, un beau film qui n'aura
pas que le mérite de faire rire.
Le plus beau souvenir du tournage?
Wladimir Yordanoff: À part le fait d'avoir fait
plus ample connaissance avec Pef, c'est la rencontre avec
Pierre Richard pour me conforter de ce que j'imaginais
volontiers. Il arrive, dans ce métier, qu'on ait
des déceptions. J'ai pu vérifier que
l'homme était aussi sensible et tendre que le
personnage qu'il a incarné pendant les
années du grand blond.
Propos recueillis par A.B.
Bruxelles en mai 2006
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