Entretien avec Olivier Pont



Accompagné de Georges Abolin, ce jeune auteur clôture son diptyque "Où le regard ne porte pas..." après un premier tome qui reçu un accueil plus que chaleureux. L'album présentant deux enfants aux bords d'une falaise était épuré de toute information inutile, accrochant le regard du lecteur. Au grès des pages, on découvrirait l'histoire d'une amitié naissante de quatre enfants qui, dans le deuxième tome, sont devenus adultes. Une lettre les réunira pour le meilleur et le pire...

Olivier Pont conclut ce récit en beauté, une occasion de le rencontrer pour parler du présent, de l'avenir et du passé. Alors, avant de parcourir vous aussi les pages de cette belle histoire, à la fois nostalgique et fantastique, découvrez un auteur perfectionniste et plein d'envies!
 


- Pourriez-vous nous parler en quelques mots de votre diptyque "Où le regard ne porte pas..."?
Olivier Pont:
C'est un projet qui m'a pris six ans de travail. J'ai coécrit l'histoire avec un ami d'enfance qui s'appelle Georges Abolin et c'est Jean-Jacques Chagnaud qui a réalisé les couleurs. À l'origine, on avait la volonté de faire une histoire complète de 200 pages divisées en deux périodes très précises, pour prendre le temps de la narration. C'est une intrigue assez terre-à-terre, en l'occurrence une famille d'anglais débarque dans un petit village d'Italie pour révolutionner les méthodes de pêche. Au cours du tome 2, une seconde intrigue un peu fantastique prend le dessus.


- Georges Abolin parle de ce projet comme le vôtre. Vous avez pris 6 ans pour le réaliser? Pouvez-vous nous raconter en quelques lignes le chemin parcouru?
O.P.:
On se réunissait régulièrement chez l'un ou chez l'autre pour poser les bases de l'histoire. Puis, vint la partie la plus longue: le découpage, le dessin en lui-même, en noir et blanc. Cela a été plus long que prévu. George est intervenu de temps en temps quand il y avait un souci dans l'histoire. Après, en fin de projet, quand j'ai eu fini le dessin en noir et blanc, on a cherché un coloriste.


- Pourquoi deux années de plus?
O.P.:
Sur un projet aussi long, le style graphique évolue. Au bout d'un moment, je me suis aperçu que j'avais changé dans ma façon de dessiner les personnages et les décors. J'ai repris les planches du début et je les ai recommencées. En cours de route, je me suis aussi rendu compte que le scénario ne me plaisait plus tout à fait, j'ai recommencé les 15 pages que j'avais faites pour finalement repartir sur une histoire un peu différente.


- L'album sent le sud, le soleil, l'enfance. Une entrée en matière qui a été inspirée de votre enfance et de l'amitié qui vous lie à Georges Abolin?
O.P.:
C'est vrai qu'on a grandi avec Georges dans le sud de la France et, forcément cela a inspiré les décors comme le ciel bleu et d'autres choses. Ce qui nous a aussi aidés, c'est notre enfance, ce qu'on a pu voir, entendre de la bouche d'autres enfants. En même temps, toutes les enfances se ressemblent un petit peu. Là, il y a des amours contrariés parce que nos personnages sont amoureux de la même fille, des problèmes de jalousies, la découverte du monde des adultes, la cruauté du monde des adultes et sa répercussion sur le monde des enfants. Toutes ces choses sont aussi universelles.


- "Où le regard ne porte pas..." parle aussi de réincarnation. Si vous deviez imaginer votre vie précédente comment la verriez-vous?
O.P.:
En fait, je n'y crois pas vraiment. C'est une idée que je trouve très jolie, j'aimerais bien y croire, je me suis renseigné, j'ai lu des bouquins et j'ai des amis qui y croient et qui sont convaincus d'avoir vécu des vies antérieures, ce qui me rend très ouvert, tout en n'étant pas convaincu d'avoir déjà vécu ou que je vivrai encore après.


- Et, dans l'absolu, en quoi aimeriez-vous être réincarné?
O.P.:
Être réincarné, je ne sais pas du tout, un truc très simple, un gastéropode (rire), un poisson, je n'en n'ai aucune idée!


- En plus de la qualité du diptyque, beaucoup ont été étonnés de cette couverture épurée, laissant juste le dessin et le titre s'exprimer. Cela a-il été facile à mettre en place?
O.P.:
Avec Georges, on avait envie d'une couverture très attrayante, très visible parce qu'on était désespéré. Quand une de nos BD sortait en magasin, elle était noyée au milieu de la masse. On voulait nous distinguer et l'idée est partie de là. Au début, j'avais pensé à une couverture toute blanche, et en faisant des croquis, en discutant avec des personnes chez Dargaud, on a trouvé que le bleu représentait beaucoup plus l'intérieur de la bande dessinée. Cette idée d'une couverture qui respire est apparue. La couverture du deuxième tome répond à la première.


- Vous maîtrisez parfaitement le décor, les personnages et bien des aspects techniques. Que vous a apporté votre travail d'animateur sur les longs-métrages "Fievel au Far West" ou "Les 4 dinosaures et le cirque magique"?
O.P.:
Énormément au niveau du dessin. Quand on est animateur, on s'occupe du personnage et de le faire bouger en mouvement. On s'occupe très peu du décor et c'est souvent le défaut des gens qui viennent du dessin animé à la BD, il privilégie le personnage au décor. J'ai dû faire beaucoup d'efforts pour travailler et mettre plus de détail dans le décor. Dans le dessin animé, on ne peut pas tricher, on doit savoir dessiner son personnage sous tous les angles. En bande dessinée, s'il y a une position qui nous gêne, on peut toujours tricher, mettre la main un peu de côté. Techniquement, je sais que j'ai fait énormément de progrès en travaillant dans le dessin animé.


- Et le scénario?
O.P.:
Cela m'a permis de voir des scénaristes travailler, puisque le scénario était fait en amont, et comment on découpe un long métrage par séquence, par plan. Je pense d'ailleurs que le mieux pour progresser c'est de travailler ses propres scénarios.


- Vous êtes une personne assez éclectique. Aviez-vous envie de faire de la bande dessinée ou c'est le concours BD Fnac en 91 qui en a été le déclencheur?
O.P.:
C'est exactement cela. Tout petit, j'avais envie de faire de la bande dessinée puis, entretemps, j'ai eu la passion du dessin animé. Pour le concours BD Fnac, un éditeur se trouvait dans le jury et m'a proposé de développer un projet. Je me suis dit: "tiens, finalement j'ai envie de faire cela".



- Sur combien de séries travaillez-vous en ce moment ?
O.P.:
On travaille avec Georges sur la série "Totale Maîtrise". Ce sont des gags autour de surfeurs des neiges. On la scénarise ensemble et Georges dessine. On a aussi un autre scénario prévu mais, c'est tout, parce que j'essaye de m'orienter vers le cinéma et de réaliser des courts métrages. Je mets la bande dessinée un peu de côté en ce moment!


- Vous collaborez à deux séries humoristiques avec "La Honte" (Jim (S)) et "Totale Maîtrise" (Georges Abolin (D)). Des séries totalement à l'opposé où vous êtes au dessin ou au scénario. L'humour a-t'il une place importante dans votre univers?
O.P.:
La première série qu'on a réalisée chez Vents d'Ouest était "Capitaine Kucek". Au départ, c'était une série d'humour puis elle a viré vers quelque chose de plus proche d' "Où le regard ne porte pas..." "La Honte", c'était un travail de commande mais très agréable à faire dans lequel je n'intervenais pas dans l'écriture du scénario. "Total Maîtrise" exprimait la volonté de Georges de faire des gags en une page. Sur cette série, quand je travaille avec lui, je me mets au service de l'univers qu'il a envie de développer. C'est vrai que les gags en une page, c'est un peu moins ma tasse de thé. Je trouve que c'est un exercice difficile parce que l'on est dépendant du format, puis d'une chute. Je m'y sens à l'étroit par moments mais quand Georges a envie de développer des gags en une page, je me creuse la tête pour trouver des gags.


- Et, pourquoi du surf des neiges.
O.P.:
L'univers l'inspirait: des petits mecs qui sont à la montagne et qui n'arrivent pas à draguer une seule nana et qui se cassent la figure à chaque fois qu'ils montent sur leurs planches.


- Vous êtes en train de réaliser votre premier court-métrage? Pouvez-vous nous en dire plus?
O.P.:
Le projet est en préparation. C'est une co-écriture, je l'écris avec mon amie. On espère le réaliser avant la fin de l'année même si ce n'est pas évident de passer d'un milieu à un autre. Ce ne sera pas un film d'animation. C'est une envie que j'ai! Quand on est dessinateur, on est seul chez soi. J'avais envie d'essayer de me confronter à d'autres équipes, à inclure dans mes histoires le mouvement, la musique, le jeu des acteurs, autant de choses qui m'intéressent beaucoup et que le cinéma regroupe.
J'ai envie de devenir réalisateur!


- Pour conclure, utilisez-vous Internet dans votre travail et quel regard portez-vous sur ce support?
O.P.:
Pas du tout, j'ai d'ailleurs une adresse mail que j'interroge tous les deux mois. Je devrais m'y mettre un de ces jours!



Propos recueillis en octobre 2004 par Benmoulahoume Ali




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