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Interview
de Philippe
Geluck
Depuis
presque 25 ans, Philippe Geluck poursuit une
carrière qui l'entraîne de la
scène au dessin, de la
télévision à la radio. Nous
l'avons rencontré à l'occasion de
la sortie d'"Entrechats" , la quatrième
compilation du célèbre
félidé à la logique
implacable et à l'égocentrisme
irrésistible. Au passage, il nous parle
de son inspiration, de ses projets futurs ainsi
que de l'humour en
général.
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Philippe Geluck, êtes-vous un
utilisateur régulier de l'informatique en
général et d'Internet en particulier?
Philippe Geluck: Oui, j'utilise un ordinateur
quotidiennement pour travailler les maquettes de mes
livres, pour faire de la mise en couleur, etc. Pour ce
qui est d'Internet, je l'utilise, non pas pour collecter
des informations, mais plutôt pour transmettre des
documents, comme par exemple mes dessins à
l'Evénement du Jeudi. Par contre, j'ai un
sentiment plus mitigé pour ce qui est du courrier
électronique: je n'envoie pas d'e-mail et en
recevoir m'ennuie généralement beaucoup. Il
me manque le contact concret et tactile du papier que
l'on obtient en recevant un courrier postal. Je reste
donc malgré tout un homme de papier.
"Entrechats" est la quatrième compilation du
Chat . Concrètement, qu'est-ce qui
différencie une compilation d'un album
"traditionnel" du Chat et selon quels critères
choisissez-vous les dessins qui en feront partie?
P. G.: L'idée de départ de la
compilation, qui est venue de l'éditeur,
était de faire une sorte de best of en format B.D
plus traditionnel (48 pages couleur). Mais la motivation
essentielle qui sous-tendait cette démarche, et
qui en est maintenant le moteur, était de parvenir
à toucher un public plus large à travers la
diminution du prix de vente qu'un tel format implique,
mais aussi via l'élargissement de la distribution
que cette diminution de prix provoque en France. (En
France, un album "traditionnel" -80 p.-du "Chat" est
vendu à 105 FF. Or, les livres de plus de 100 FF
ne rentrent pas dans la grande distribution).
Pour ce qui est du contenu d'une compilation, j'essaye de
concevoir un album qui ait de la densité, du
rythme, une vraie autonomie. Bref, un album qui soit
susceptible de séduire un lecteur qui ne
connaît encore rien du "Chat" . Pour ce faire, il
m'arrive de reconcevoir certains dessins, de les
recoloriser, de placer de très vieux gags ainsi
que des inédits...
Pourquoi avoir choisi un chat comme personnage central
de vos B.D?
P. G.: Je ne l'ai pas vraiment choisi. Il n'a pas
été le résultat d'une longue
réflexion, d'un plan de carrière ou d'une
étude de marché mais a davantage
été lié à une démarche
spontanée, quasi inconsciente qui s'est
concrétisée de cette manière et qui
me permet d'étaler mes pensées, mes
revendications, mes mauvais côtés de
manière légèrement
déguisée. En réalité, c'est
un formidable moyen d'expression qui me permet, de par sa
nature forcément fictive, d'être très
libre quant à la nature des propos que je lui fais
transmettre et, ultérieurement, de revendiquer ou
non ce qu'il dit.
Cela veut-il dire que, selon vous, un humoriste
doit pouvoir rire de tout?
P. G.: Oui, définitivement. Mais cela ne veut
absolument pas dire que je suis d'accord avec ce que
certains humoristes peuvent dire à propos de
certains sujets. Ce qui est important dans l'humour,
c'est de toujours rester bien clair quant à ses
intentions. Chose qui n'est d'ailleurs pas toujours
aisée, notamment lorsque l'on transmet des
idées à un degré susceptible de ne
pas être correctement perçu par tout le
monde.
Pour quelqu'un qui ne se consacre pas
exclusivement à la B.D, vous êtes assez
prolifique. D'où vient cette inspiration
fertile?
P. G.: Elle vient d'un peu partout. Il n'y a pas de
règles précises. Une idée peut
traverser mon esprit assez spontanément ou bien
être provoquée si elle ne vient pas tel
quel. Mais d'une manière générale,
l'angoisse de la page blanche est quelque chose qui m'est
plutôt étranger. Comme m'a un jour dit
Moebius, l'inspiration est une sorte de puits dans lequel
on peut puiser sans compter étant donné que
son contenu se régénère
automatiquement. C'est ce que je fais, tout en restant
extrêmement vigilant, c'est-à-dire tout en
me demandant constamment si telle ou telle idée
est bonne et si elle a le mérite d'être
publiée. Cette démarche m'évite en
tout cas d'être complaisant avec moi-même et
me permet de ne pas tourner en rond. C'est d'ailleurs
cette vigilance qui, à l'époque, m'a
décidé d'arrêter "Lollipop" et, plus
récemment, "Le Jeu des Dictionnaires" et "La
Semaine Infernale".
Y a-t-il, à côté de la B.D, de la
radio, de la télévision, du
théâtre, des domaines artistiques ou
culturels inexplorés qui vous tentent
particulièrement?
P. G.: Oui, la danse classique (rires). Mais comme je
ne suis pas assez souple, c'est le "Chat" qui met le tutu
à ma place. Aussi non, je pense que l'envie
d'écrire un roman ou une pièce de
théâtre devrait se concrétiser un
jour ou l'autre.
Quels sont vos projets futurs?
P. G.: Endéans les deux ans qui viennent,
j'aimerais remonter sur les planches pour un one-man-show
constitué de mes propres textes. Mais pour
l'instant, à côté de ma
présence hebdomadaire chez Laurent Ruquier sur
France Inter, je me consacre exclusivement au
"Chat". Un nouvel album, qui devrait s'intituler
"Le Double Chat", sortira d'ailleurs vers la fin
de l'année. Ce sera une sorte d'album-concept qui
marquera la fin du millénaire et le début
du suivant.
Entrechats de Philippe Geluck
48 pages, couleurs, Casterman
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