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Rencontre
avec Pit
Baccardi
Featuring de
luxe sur les plaques d'Oxmo Puccino, des Neg'
Marrons et de Faf Larage notamment, Pit Baccardi
côtoyait également la crème
des rappeurs parisiens et marseillais avant de
les inviter sur son album.
Interview du plus classe des rappeurs
français de
haute-fidélité.
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Pit Baccardi, tu es arrivé en France
il y a dix ans en provenance du Cameroun. Comment es-tu
arrivé au rap?
Pit Baccardi: -En fait, je suis venu pour mes
études, j'avais douze ans. Le rap, c'est venu au
fur et à mesure, mon frère avait des
cassettes, il y avait des clips aussi et puis j'ai
rencontré des amis camerounais qui étaient
dedans et on a commencé à délirer
ensemble.
Tu t'investis dans la musique ou bien tu te contentes
des textes et du flow?
Pit Baccardi: -Je m'investis parce que je donne mes
idées, mais je ne touche pas aux machines. A
chaque producteur avec qui je travaille, je donne la
direction dans laquelle je veux aller. Et la majeure
partie des personnes avec qui je travaille sait ce que
j'aime.
Comment tu définirais ton rap?
Pit Baccardi: -Je dirais varié parce que je ne
peux pas me cantonner à un seul style. Au niveau
du fond, je suis très basé sur les aspects
humains. Le caractère qu'on a.
Comment tu réagis par rapport à l'image
publique du rap qui contraste avec la richesse de toute
la culture hip-hop?
Pit Baccardi: -C'est clair qu'en France, toutes les
branches du hip-hop comme le breakdance, le graphe, sont
moins mises en avant qu'à l'époque. Et
c'est à nous, les rappeurs de remettre tout
ça en avant parce que personne ne le fera pour
nous. Tu vois, faire des concerts avec des danseurs, des
dj's, pourquoi pas un mec qui fait un graphe en direct.
Et c'est vrai que c'est à nous de mettre ça
en avant parce qu'il y a des choses qui se passent, des
troupes de danse, des événements comme ici,
le Festival des Cultures Urbaines, mais il faut les
médiatiser.
Comment tu vois l'évolution du rap
français, ou du mois francophone, par rapport au
rap américain qui s'illustre par ses excès
actuellement?
Pit Baccardi: -Aujourd'hui, le rap français a
son identité. Au départ, il y avait une
grande inspiration de là-bas. Maintenant, il y a
une scène rap, il y a des producteurs qui sont
à la hauteur. Par exemple, ce côté
argent que les américains mettent en avant, dans
les clips, dans les textes, ce n'est pas la même
chose en France.
C'est pas général, en France.
Pit Baccardi: -Ce n'est pas général. En
France, il y a des rappeurs qui ont de la plume, qui
savent écrire, qui parlent bien des cités,
de la société, de la fête! C'est
ça qui est bien.
Il est critique par rapport aux américains? Il
n'essaie pas de suivre aveuglément?
Pit Baccardi: -Aujourd'hui, c'est cette
évolution qu'il y a. Il y a d'avantage de groupes,
il y a des sociétés comme Coté
Obscur, comme Secteur A, comme Format People,
différentes choses comme ça. On va arriver
à faire différentes choses.
Par rapport aux problèmes que Doc Gynéco
a eu avec ses "potes", tu penses pas qu'il y a un
problème d'ego pour certaines personnes?
Pit Baccardi: -C'est même pas une question
d'ego du tout, c'est un problème de médias.
Il y a eu une fuite. C'est un peu comme si je
m'engueulais avec un pote et puis, toi, t'es là et
tu gonfles l'histoire à ta manière. Il y a
pas de problème d'ego, c'est deux associés
qui s'entendent.
Quel est ton rapport avec l'Internet?
Pit Baccardi: -Je connais, mais je ne pratique pas.
Mais je n'ai pas encore eu l'occasion de
Mais tu as des intentions, des objectifs sur le
Net?
Pit Baccardi: -Oui, bien sûr. Parce que c'est
notre futur et c'est mieux d'être à la page,
d'être informé. Je sais qu'il y a des choses
qui se passent, qu'on peut télécharger des
albums, ce qui peut nuire à des artistes. Ca
dépend dans quel contexte.
Ca fait 5,6 ans que tu fais des collaborations et
là, tu sors ta plaque. Ton album, c'est un
aboutissement ou bien ce n'est qu'une étape? Une
étape vers quoi?
Pit Baccardi: -C'est une étape. C'est pas une
fin, c'est juste un moyen. Là, mon idée,
c'est de faire des albums. 4, 5, 6, c'est dur dans le
rap. Parce que tu as une vie courte. Mais l'idée,
c'est de rester dans l'artistique. De toujours rester
dans la création. J'ai envie de réaliser
mon prochain clip. Là, c'est 3 minutes 30, quitte
à aller vers le court métrage. Ou un long
métrage, mais là, c'est un autre
domaine.
J'ai des objectifs, je viens de monter un label. Trouver
des groupes, signer des groupes, tu vois, les rappeurs de
demain. Et puis on est jeune, on a de l'ambition.
Pour toi, le rap d'aujourd'hui, c'est universel? Ca
peut devenir universel?
Pit Baccardi: -Tout le monde peut écouter mais
je ne sais pas si tout le monde peut comprendre.
Pour comprendre, il suffirait de lire les textes?
Pit Baccardi: -Il faut suivre pour comprendre. En
France, ce qu'il y a beaucoup, c'est ce truc
phénomène. Les gens, ils connaissent juste
un morceau. Ils ne connaissent pas le reste de l'album.
Il faut qu'on arrive à ce que les gens connaissent
le mec du début à la fin. Du premier
morceau au dernier morceau. Là, on pourra dire que
le truc est universel.
Même si aujourd'hui, il y a un développement
dans les ventes de rap. Ca va de 100.000 à 800.000
quand c'est excessif. Mais je ne sais pas si ces
personnes l'achètent parce qu'elles kiffent
l'album ou bien parce qu'elles connaissent juste un
morceau.
Au niveau politique, t'as des idées, tu votes
ou bien t'essaies pas de la politique, c'est pourri ?
Pit Baccardi: -Ce n'est pas que ça ne
m'intéresse pas. Il n'y a pas un politique pour
lequel, par rapport à ces idées, je me suis
senti concerné. Je ne peux pas dire que je vais
voter pour un tel ou un tel. Ou alors, je vais voter
blanc. Il n'y en a pas un qui dise des trucs qui me font
penser que ça va changer le cours des choses.
Et tu as de l'espoir pour le futur?
Par rapport à la politique?
Si il y a des potes à toi qui se lancent là
dedans et qui veulent remuer les choses, par exemple.
Pit Baccardi: -Pourquoi pas. Ce serait bien. Mais
pour qu'un mec comme moi réussisse à
être ministre, Parce que le seul mec que je peux
considérer qui était comme moi, c'est
Bernard Tapie. Quand je dis comme moi, c'est parce que le
mec n'était pas dans la politique, c'était
un marginal. T'as vu le résultat, on l'a descendu.
Je sais pas si un mec comme moi qui veut faire de la
politique pourra aller jusqu'au bout. Il faut tenter, on
sait jamais.
Pour terminer, on va essayer de cerner ton univers. Je
te lance des sujets généraux et tu me dis
à quoi tu te raccroches?
Tes racines musicales?
Pit Baccardi: -La musique zaïroise, congolaise.
Le rap oldschool, ça va de soi. Beaucoup de
musique noire américaine, soul, funk. Ne me
demande pas de noms parce que je n'en connais pas. De la
soul, beaucoup de musique africaine. Ça m'arrive
d'écouter de la variété mais
plutôt des mecs qui ont de l'écriture. Des
mecs qui durent comme Cabrel, Goldman et tout ça
et puis les anciens, Gainsbourg.
Cinéma?
Pit Baccardi: -Je suis très, les films
où il y a des énigmes, des trucs bizarres
comme "Usual Suspect" ou "Seven". Aussi
celui avec Mel Gibson et le petit. "Le sixième
sens". Ouais. Et puis, les films qui ont bercé
notre enfance comme "Scarface" et tout ça.
"Casino". Les films comiques, "Le ciel, les
oiseaux et ta mère!" Et il y a les vieux
films français, par rapport aux dialogues. Tous
les films de Michel Audiard.
Et les autres arts, il y a des trucs qui
t'intéressent en peinture, en architecture, ?
Pit Baccardi: -Ce n'est pas que ça ne
m'intéresse pas, mais j'ai jamais eu l'occasion de
m'y intéresser. Mais pourquoi pas?
Au niveau des fringues, du look?
Pit Baccardi: -J'aime bien être classe.
D'où le nom de mon label première
classe.
Tu as une religion, une philosophie de vie?
Pit Baccardi: -Je crois en Dieu, pas pratiquant. Je
respecte tous les gens qui sont à fond dans la
religion.
Au niveau de la philosophie de vie, sur ton album, il
y a un morceau qui s'appelle "Carpe Diem".
Pit Baccardi: -Profiter de l'instant présent.
J'ai fait ce morceau-là parce que je flippe de la
mort. Comme tout le monde. Mais après
réflexion, tu te rends compte que c'est une
fatalité. On va tous mourir un jour. Donc, il faut
profiter de la vie. Il faut arrêter de penser
à la mort et plutôt penser à la
vie.
Il y a des lieux qui te fascinent?
Pit Baccardi: -Mon bled, le Cameroun. Mais il y a
plein de choses. Le Japon, j'ai envie de visiter le
Japon. Et le Vietnam aussi.
Au niveau de la bouffe ?
Pit Baccardi: -J'aime bien le raisin.
L'époque? Le moyen-âge, le monde de
maintenant, le futur?
Pit Baccardi: -Borsalino. L'époque des
cow-boys aussi. Où tout se règle au
tête à tête. Toutes les
époques. Ç'aurait été bien
pour moi de vivre des époques anciennes. Mais
là, j'ai le présent, le futur je ne sais
pas jusque quand je vais le vivre. Le futur, c'est
demain. Le futur, c'est dans une heure.
Et dans 50 ans, dans 100 ans ?
Pit Baccardi: -Je ne sais pas. Quand je regardais les
films de science-fiction il y a 10 ans, l'an 2000, je
voyais des vaisseaux spatiaux et tout ça. Et
aujourd'hui, je roule toujours en Twingo. Je ne vis pas
le futur, je vis l'évolution des choses. Il y a
l'Internet, tu peux acheter de la bouffe ou des baskets
avec un ordinateur. Je vis ça comme ça.
Et les médias ?
Pit Baccardi: -Je me sens bien dans les magazines qui
savent parler de ce que je fais. Les magazines
spécialisés rap mais il y a aussi des
magazines plus généralistes où il y
a des mecs qui savent parler d'un album. C'est pas
tellement le média, c'est plutôt la personne
qui en parle.
Interview réalisée
par Fabian Tilman en mars 2000
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