Le journal de mon père

Avec L'apaisement, Jiro Taniguchi clôt avec sensibilité une trilogie familiale
 
Qu'il est agréable de lire (et de relire) une histoire d'une telle qualité. L'auteur s'est basé sur ses propres remords pour écrire les trois tomes du "Journal de mon père". Dans le premier, "Le grand incendie", le narrateur et héros Yoichi Yamashita revenait au pays pour assister à l'enterrement de son père. Un événement qui le poussera à se souvenir de son enfance, quand, suite à un grand incendie, son père dû reconstruire son salon de coiffure. Face à de lourdes dettes, celui-ci est de moins en moins présent à la maison. Kiokyo, la mère de Yoichi se sent délaissée, un sentiment qui ira en empirant jusqu'à la séparation de ses parents. Et pour conclure en beauté, on retrouve Yoichi en adolescent solitaire dans ce troisième tome, sous-titré "L'apaisement". Pendant que Yoichi adulte se rend compte qu'il n'a pas été juste envers sa famille, l'adolescent s'éloigne au fur et à mesure de ses origines pour partir faire ses études à la grande ville...

L'auteur de "L'homme qui marche" et du "Chien Blanco" nous surprend en réalisant ici son plus bel ouvrage, largement inspiré de sa propre vie, ce qu'il explique dans le dernier opus à l'aide d'un texte en fin d'ouvrage. L'histoire est simple, réaliste et très représentative de phénomènes actuels, l'éclatement des familles et la dépopulation des campagnes vers les villes. Tout cela à travers un personnage qui, à la mort de son père, retourne dans son village natal de nombreuses années après son dernier séjour. En retrouvant oncles, tantes, et amis, il se remémorise son enfance, l'image qu'il avait de ses parents et les raisons qui ont guidé ses pas.

"Le journal de mon père" est un triptyque comprenant "Le grand incendie", "La séparation" et "L'apaisement". Avec des dessins clairs et sensibles en noir et blanc, Jiro Taniguchi déroutera tout ceux qui pensent que la BD "made in Japan" est uniquement représentée par des "Dragon Ball" et autres manga hyper-dynamiques ou violents. Son ton est clair, précis et souligne la vie d'une famille simple qui parcourt le temps. Il y a le père, toujours occupé à couper les cheveux de ses clients, la mère venue d'un milieu plus favorisé, la soeur plutôt mâture et le héros, un petit garçon qui découvre la vie. Sans oublier le chien de la famille et les amis.
Ainsi Jiro Taniguchi donne toutes ses lettres de noblesse à une famille aussi simple que classique en faisant conter à son héros son enfance avec des yeux d'adulte. Plus étonnant encore, l'auteur maîtrise parfaitement le rôle de scénariste et de dessinateur, il maîtrise l'expression des visages, les rendant tristes, heureux au gré d'une histoire toute simple.

Une bande dessinée à découvrir absolument et qui trouvera vite sa place dans toute bonne bibliothèque.



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