Kids Return

Un film de Takeshi Kitano

En 1994, alors qu'il savoure le succès d'estime conquis sur la Croisette avec "Sonatine", Kitano frôle la mort dans un accident de moto dont il conserve encore des séquelles sur son visage. Sorti miraculeusement indemne d'une collision avec un arbre, l'homme réalise la fragilité de la vie et change de cap dans son cinéma : si dans ses précédents films, les personnages désiraient avant tout réussir leur mort, ils voudront désormais réussir leur vie. Après "Getting Any ?" (1995), miroir déformant de son penchant autodestructeur, Kitano repasse derrière la caméra et met en exergue la jeunesse dans "Kids Return". De la sortie à l'entrée, le réalisateur prend son existence à rebours et signe un film à mi-chemin entre autobiographie et constat amer sur le Japon contemporain.

Shinji et Masaru sont deux camarades de classe d'un lycée de deuxième catégorie au Japon. Cancres notoires, conspués par leurs professeurs, les deux garçons "glandent" et sont finalement renvoyés. Rossé par un élève, Masaru se lance dans la boxe et entraîne Shinji dans son choix. Ironie du sort, Shinji se révèle plus doué et plus persévérant que son ami, lequel découragé se lie d'amitié avec un Yakuza (gangster). Tous deux échoueront dans leurs voies respectives et se retrouveront quelques années plus tard dans la cour de leur ancienne école...

Film sur la complicité qui peut unir deux amis, "Kids Return" montre surtout la faillite d'une génération et d'un système éducatif. Chez Kitano, la société n'est qu'une division d'institutions monolithiques qui broient les individualités et dressent les gens à obéir. Chacun n'y est que le valet d'un supérieur dont la seule vocation semble de réprimander ses subordonnés : Shinji se voit ainsi imposer un régime spartiate par son entraîneur alors que Masaru est sauvagement battu par les autres yakuzas pour ses erreurs de jeunesse. Des salary men, las de leur hiérarchie, se reconvertissent en chauffeurs de taxi.
Même le cinéma du quartier perd sa subversion et devient (non sans humour) un lieu d'interdits. Sans concession, Kitano conçoit son film comme une démonstration implacable de son propos et décrit la société dans une mise en scène à son image : dure, sèche et rigoureuse.

En guise de conclusion, le développement de l'histoire rejoint sa thèse : comme dans les autres films de Kitano, "Kids Return" s'achève où il a débuté. Mais, ici, ce schéma circulaire vient plutôt renforcer L'ambiguïté des dernières répliques qui ouvrent les portes à maintes interprétations : "tu crois que c'est fini ?", "-tu plaisantes, cela ne fait que commencer".
Impasse ou échappatoire, ce nouveau départ que prennent les deux copains les conduira à enfin trouver une place ou, au contraire, à faire un éternel retour dans cette cour d'école synonyme d'échec.
Rehaussé par les musiques de Joe Hisaichi (également compositeur du grand Hayao Miyazaki), "Kids Return" est une bonne surprise cinématographique.
Takeshi Kitano, le samouraï du cinéma Japonais


Olivier De Doncker




© 1996 - 2003 6bears Magazine