Takeshi Kitano

Le samouraï du cinéma Japonais
 
Né le 18 janvier 1947 dans les quartiers pauvres de Tokyo, Takeshi Kitano était promis à la suite de ses études scientifiques à une belle carrière d'ingénieur. Mais, dans la seconde moitié des années '60, la colère des étudiants japonais gronde sur les campus. Malgré lui, le jeune Kitano se retrouve embrigadé dans une ambiance contestataire et révolutionnaire avant de se voir renvoyer de l'université. Commence alors pour lui une période de petits boulots. Entre autres, il décroche un numéro de comique travesti dans un bar de strip-tease, tout en apprenant la danse, les claquettes, l'expression corporelle et surtout l'art du manzaï. Le manzaï, généralement pratiqué en duo, est une sorte de comique satirique fondé sur l'improvisation verbale et la vitesse d'élocution.

Dans les années '70, Kitano forme un duo comique à succès, "Les Two Beats". C'est à cette époque que naît aussi son surnom "beat Takeshi" qu'il utilise encore aujourd'hui comme nom d'acteur dans ses propres films. Viennent ensuite les années '80, où il entame une carrière prometteuse à la télévision dans de nombreuses émissions qui vont de l'émission scientifique à des shows nocturnes. C'est là qu'il met au point son style fait de commentaires satiriques sur l'actualité, le tout mélangé avec des formes d'humour plus directement absurdes. Une présence télévisuelle qui fait rapidement de Kitano une star incontestée au Japon.
C'est également dans les années '80 qu'il découvre le monde du cinéma par sa rencontre avec Nagisa Oshima, le réalisateur de "L'Empire des Sens" qui l'engage pour jouer le rôle du sergent Hara aux côtés de David Bowie et Ruiychi Sakamoto dans "Furyo" en 1982. Un an plus tard, il devient la vedette d'"Okubo Kiyoshi No Hanzai" un téléfilm à succès qui préfigure ses personnages de flics et de yakuza qu'il intégrera par la suite dans son propre univers.


Naissance d'un réalisateur

1989, alors qu'il était censé interpréter le rôle d'un flic violent dans un film dirigé par Kenji Fukusaku, ce dernier refuse tout net le rôle de réalisateur lorsqu'il apprend qu'il devra s'adapter à l'emploi du temps fragmentaire d'un Kitano contraint de remplir son contrat à la télévision. La production demande alors à l'acteur de prendre les commandes du film et d'en devenir le réalisateur. Sans expériences, Kitano commence par réécrire le scénario de ce qui allait devenir "Violent Cop". Un film policier dans la trempe d'un inspecteur Harry, humour noir et sens du détail saugrenu en plus. Demi-succès commercial, le film devient rapidement culte par sa réédition au format vidéo. L'expérience lui ayant plu, Kitano enchaîne coup sur coup avec "Boiling Point", "A scene at the Sea", et "Sonatine". Dans ce dernier, il interprète le rôle d'un yakuza comique et dépressif. Un rôle qui révèle le réalisateur aux yeux du public international. En effet, le film présenté dans la section "Un certain regard" à Cannes en 1993 est remarqué par Quentin Tarantino et Martin Scorsese qui voient en lui un grand cinéaste. De plus, la même année, "Sonatine" remporte le prix de la critique au Festival de Cognac, devenant ainsi le premier film de Kitano à être distribué en France et en Belgique.

Loin de vouloir être catalogué assez rapidement, Kitano choisit pour son film suivant, "Getting Any?" l'antithèse de "Sonatine" en réalisant une oeuvre satirique, fort proche de l'esprit de son personnage télévisuel. Le long métrage propose une vision tordante et parodique des obsessions de la société japonaise, le tout traité à grand renfort de mauvais goût et d'autodérision. Quelques jours avant la sortie officielle de "Getting Any?", le 2 août 1994, Takeshi Kitano est victime, en pleine nuit, d'un terrible accident de moto qui lui laissera des cicatrices visibles sur le visage, des tics et peut-être aussi, une certaine gravité dans le regard. Pendant sa convalescence forcée, il se met à la peinture. Des toiles que l'on pourra voir ensuite dans "Hana-bi". Remis sur pied, il réalise en 1995, son sixième long métrage "Kids Return", un film sur ses jeunes années transposées dans le Tokyo d'aujourd'hui. Le film fera office de premier succès du cinéaste au Japon. Mais la consécration arrive enfin avec le film suivant, "Hana-bi", une oeuvre grave et émouvante qui s'impose comme le bilan poétique d'un homme qui a failli mourir et qui se livre ici pleinement. En 1997, le film obtient à l'unanimité le Lion d'or au Festival de Venise.

Homme aux talents multiples, Kitano a choisi la diversité. Acteur pour les autres, on aura pu le voir dans "Johnny Mnemonic" de Robert Longo, "Gonin" de Takashi Ishii et dans "Tokyo Eyes" de Jean-Pierre Limousin. Aux commandes de sa propre maison de production Office Kitano, il produit "Ikinaï", un premier film sélectionné en compétition au festival de Locarno. Tandis que parallèlement, et ce depuis de nombreuses années déjà, il effectue des travaux d'écritures comprenant des recueils de nouvelles, des textes satiriques ou philosophiques, des poèmes, des critiques de cinéma, des romans, récits autobiographiques, soit au total plus d'une cinquantaine de livres. Sans oublier que Kitano est également l'animateur d'une équipe de base-ball qui participe au championnat amateur du Japon et dans laquelle il lui arrive aussi de jouer.

Aujourd'hui, Takeshi Kitano est à l'actualité avec son huitième long métrage "L'été de Kikujiro", l'histoire d'un enfant et d'un adulte entreprenant ensemble un voyage mouvementé à travers le Japon. Un film qui surprendra les fans puisque l'on y retrouve plus l'univers des yakuza et de la violence urbaine qui a fait recette chez le réalisateur.
Loin de s'offrir des vacances, l'artiste pluridisciplinaire qu'est Kitano nous promet avec son dernier film de pouvoir trahir agréablement les attentes du public encore longtemps. Un rendez-vous à ne pas manquer, donc...
( a.B.)



Filmographie:


Violent Cop (1989)
Boiling Point (Jugatsu) (1990)
A Scene at the Sea (1991)
Sonatine (1993)
Getting Any? (1995)
Kids Return (1996)
Hana-bi (1997)
L'été de Kikujiro (1999)


Acteur:

Merry Christmas, Mr. Lawrence (Furyo) de Nagisa Oshima (1983)
Many Happy Returns de Toshihiro Tenma (1993)
Johnny Mnemonic de Robert Longo (1994)
Gonin de Takashi Ishii (1995)
Tokyo Eyes de Jean-Pierre Limosin (1998) lien



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