Un dernier adieu à Akira Kurosawa

Avec la mort du cinéaste japonais, c'est l'un des plus grands réalisateurs contemporains qui nous quitte. De par le monde, personne ne reste indifférent à cette disparition. Réalisateurs, acteurs et même politiciens lui ont fait un dernier hommage
 
Né à Tokyo, le 23 mars 1910, Akira Kurosawa est le dernier fils d'une famille de huit enfants. Issu d'une authentique lignée de samouraïs, et fils de militaire, il commence sa carrière par les arts picturaux. Malheureusement, il se rend très vite compte qu'il n'a pas le talent espéré et qu'il ne deviendra jamais un "nouveau" Vincent Van Gogh. Après avoir brûlé toutes ses toiles, il fait ses premiers pas au cinéma.
En 1936, il devient l'assistant de Kajiro Yamamoto. En 1943, il réalise "Sugata Sanshiro" (la Légende du judo), son premier long métrage. Et, sept ans plus tard, avec "Rashomon", il reçoit le Lion d'Or à Venise et l'Oscar du meilleur film étranger, l'année qui suit. Akira Kurosawa est le seul réalisateur, à ce jour, à avoir reçu deux Oscars du meilleur film étranger. Grâce à "Rashomon", l'Occident prend enfin conscience de l'existence du cinéma japonais et de sa tête de pont.

Dès 1946, avec "l'Ange ivre", "Un duel silencieux", et "le Chien enragé", Kurosawa donne un panorama du Japon ruiné par les bombes et la défaite de la seconde guerre mondiale. Dans un autre mouvement, "Rashomon" était une critique des samouraïs. Suivirent "Ikiru", "l'Idiot", "Je vis dans la peur", et "le Trône de sang" (transposition de Mac Beth). Tandis que "Les sept samouraïs" (Lion d'argent à Venise en 1954) sont américanisés par John Sturges pour son western "Les sept mercenaires". Quant à Sergio Leone, il s'inspira de "Yojimbo" pour réaliser "Une poignée de dollars" avec Clint Eastwood.

En 1970, commence une période très difficile pour le réalisateur, il tente de se suicider à cause d'ennuis financiers. Tout au long des années qui suivront, il sera rongé par la honte de s'être raté. Par contre, ces ennuis financiers disparaissent assez rapidement. L'Europe s'investit dans "La Ballade de Nayarama" ou "Rashomond" et puis c'est au tour de l'Amérique avec "Dream". Pour le Japon, il est considéré comme un réalisateur trop occidentalisé.
Comme un testament, "Madadayo", son trentième et dernier film, est une réflexion poignante sur la vieillesse et la mort. Kurosawa a reçu de nombreux prix à travers le monde, récompensé à l'Américan Academy of Motion Picture Art & Sciences pour l'ensemble de son oeuvre. "Kagemusha" a reçu la Palme d'or du festival de cannes 1980 et "Derzou Ouzala" a reçu le Grand Prix du Festival de Moscou 1975, ...

Tout au long de sa carrière, Kurosawa a su, derrière de sa caméra, reconstituer le passé, sans jamais oublier son combat contre l'injustice qui régit encore le présent. De plus, il savait adroitement utiliser la durée dans son oeuvre. 200 minutes de film pour "Les sept Samouraïs" en version originale contre 105 minutes pour la version française. Outre le temps de suivre ses personnages, le maître a innové par une vision occidentale dans un cinéma qui n'avait toujours pas trouvé de public hors frontière. Une occidentalisation qui allait jusqu'à influencer ses contemporains européens et américains. Un comble ou simplement un visionnaire?

Dimanche 6 septembre, le maître du cinéma, âgé de 88 ans, nous a quittés à son domicile, situé dans une banlieue résidentielle de Tokyo. Il était en train de travailler sur le scénario de son 31ème film. Le scénario, adapté d'une nouvelle de l'auteur japonais Shugoro Yamamoto, était titré "Et la mer regardait". S'il avait été tourné, ce film serait le premier que le réalisateur dédiait entièrement aux femmes. Une histoire de prostituées dans le Japon féodal.

Deux jours plus tard, la famille du réalisateur, ses amis et des personnalités du cinéma japonais étaient venus nombreux lors de ces funérailles. De par le monde, les personnalités lui ont rendu un dernier hommage. De Bill Clinton à Jacques Chirac, de Steven Spielberg à George Lucas, personne ne me contredira : "c'est un réalisateur de la même veine que Fellini ou Buñuel qui nous a quittés". Mais il nous lègue tout de même, un grand nombre d'oeuvres magistrales à voir et à revoir dans une production actuelle qui manque certainement de vrai chef-d'oeuvre...



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