L'Adversaire

Sous la caméra implacable de Nicole Garcia, le toujours parfait Daniel Auteuil nous fait vivre un véritable cauchemar éveillé dont le final est quasi insoutenable

Jean-Marc Faure (Daniel Auteuil) ment à tout le monde. À Christine (Géraldine Pailhas), sa femme. À ses enfants. À ses parents. À sa famille. Et à ses amis. Depuis des années, il leur fait croire qu'il travaille comme médecin à l'Organisation mondiale de la santé. Mais, à force de cacher la vérité à son entourage, il se renferme sur lui-même. Chaque jour lui devient plus difficile à vivre. Son existence pleine de mensonges l'amène à basculer petit à petit vers l'inéluctable...

"L'Adversaire", le nouveau film de Nicole Garcia, impose une mise au point indispensable. Il est l'adaptation du roman éponyme d'Emmanuel Carrière qui raconte ce que la France entière a appelé "l'Affaire Romand". Le livre, comme le long métrage, ne se veulent pourtant ni une reconstitution minutieuse ni même une analyse psychologique approfondie de ce fait divers. Il s'agit plutôt d'une fiction qui essaie, de comprendre, et non d'expliquer, comment un homme ordinaire a pu, pour ne pas devoir affronter le regard des siens, se créer une vie factice. Jusqu'à un dénouement aussi tragique qu'incompréhensible.

Le 9 janvier 1993, Jean-Claude Romand assassine sa femme, ses enfants et ses parents car ils étaient près de découvrir l'incroyable vérité sur son compte. Celui qui prétendait être médecin depuis dix-huit ans, alors qu'il n'avait jamais passé ses examens de deuxième année de candidature, s'était en effet inventé toute une fausse existence.

Le scénario prend le parti courageux et difficile de ne pas diaboliser à l'extrême le personnage principal et d'en faire un homme dépassé par les événements qu'il a lui-même engendrés et qui vont le conduire vers des abîmes noirs et insondables. Pas de jugement de valeur donc, mais plutôt un regard froid et posé sur l'individu et l'affaire dont il s'inspire. Le film ne nous donne pas à aimer sa figure centrale mais juste à essayer de comprendre ses faits et gestes, son parcours intérieur. Sur le même sujet, Laurent Cantet avait réalisé l'intrigant "L'Emploi du temps". Mais sa version s'intéressait plus à la spirale infernale du mensonge et aux temps morts interminables que le personnage principal devait combler.

En somme, "L'Adversaire" est un film à la froideur étudiée, austère et rarement ennuyeux. Grâce surtout à la qualité de l'interprétation, Daniel Auteuil en tête. Tout en intériorité, en fragilité et en désespoir contenus, l'acteur de "Sade" et du "Placard" (dé)montre encore une fois l'étendue de son immense talent. Dans cette descente aux enfers, il est impeccable de bout en bout.

La réalisatrice du beau "Le Fils préféré" a construit un drame psychologique implacable dont les dialogues, derrière leur apparente façade de banalité quotidienne, possèdent une résonance très forte. Sa mise en scène est sèche, froide, implacable et nous pousse à aller à la rencontre de l'insoutenable, l'inadmissible, l'inexcusable.
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(Sébastien Ferrari)


2002
(Les Films Alain Sarde, France 3 Cinéma, Pauline's Angel, Vega Film, Vertigo Films)

Réalisation : Nicole Garcia
Scénario et dialogues : Jacques Fieschi, Frédéric Bélier-Garcia, Nicole Garcia, d'après le livre d'Emmanuel Carrère
Production : Alain Sarde
Photographie : Jean-Marc Fabre
Musique : Angelo Badalamenti

avec

Jean-Marc Faure..........Daniel Auteuil
Christine..........Géraldine Pailhas
Luc..........François Cluzet
Marianne..........Emmanuel Devos
Le père de Christine..........Bernard Fresson
Rémi..........François Berléand
France/Suisse/Espagne - couleur - 2h00



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