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L'homme
de Washington de Guerra et Achdé,
d'après
Morris
Alors que l'hiver fut
marqué par l'incontournable
élection présidentielle US, les
deux compères à la tête des
aventures du plus rapide tireur de l'ouest ne
pouvaient laisser passer l'occasion d'y aller de
leur revisitation de
l'actualité
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Depuis la mort de
Lincoln, aucun homme ne s'est montré capable de
prendre la relève à la tête du pays.
Après 8 ans de scandales, de corruptions et de
chaos politiques, les sénateurs des deux partis se
sont accordés pour nommer deux candidats
intègres: Tilden et Hayes. Malheureusement, du
côté républicain, un richissime
pétrolier texan du nom de Camby s'est
autoproclamé candidat et est en train de ravir des
voix à coups de dollars et d'intimidation. Alors
que Hayes doit se rendre en tournée dans l'ouest
pour s'imposer comme seul candidat républicain,
les sénateurs, craignant des coups fourrés,
demandent à Lucky Luke de protéger le
candidat...
Il ne faut pas être
un fin observateur de la scène politique
internationale pour reconnaître en Camby un certain
George W. Bush. Le personnage étant en effet
littéralement une caricature de l'ex
président des USA. L'album semble donc s'inscrire
en critique virulente de Bush et de ses méthodes.
On pourrait facilement faire le parallèle entre
les intimidants hommes de main de Camby et le recours
systématique aux alertes au terrorisme de Bush
lorsqu'il baissait dans les sondages il y a 4 ans. Mais
justement cet album ne vient-il pas 4 ans trop tard?
Alors que Bush est en chemin vers la porte de sortie, on
ne peut s'empêcher de penser à des
résistants de 46. D'autant que, raison historique
oblige, le candidat héros de cet album reste un
républicain. Le personnage de Camby apparaît
donc plus comme un bel artifice, certes jubilatoire,
n'ayant pour d'autre but que d'inscrire de manière
superficielle et mercantile l'album dans
l'actualité de l'époque. Cela ne serait pas
vraiment un problème si l'histoire tenait le coup,
mais malheureusement après quelques pages le
récit stagne malheureusement très vite
subissant le train-train du candidat en campagne. On
monte en wagon, on arrive dans une ville qui se
désintéresse complètement de
l'élection, Hays tente de les séduire, il
est saboté, on repart en train, etc.
multiplié par quatre ou cinq et vous avez
l'intrigue de l'histoire jusqu'au dénouement final
où Lucky Luke qui n'a franchement pas fait
grand-chose jusque-là continue à ne rien
faire puisque c'est Hays et sa femme qui abattent les
vilains (dont un Billy the kid vu au début et dont
on se demande pourquoi diable on le fait ressortir ici si
ce n'est pour ajouter un retournement de situation
complètement artificiel dans une tentative
désespérée pour sauver du naufrage
un bateau qui a sombré depuis belle lurette).
Allez, nous sommes injuste, Lucky Luke avait quand
même vidé le barillet du traître...
Pourquoi diable n'a t-il donc rien fait plus tôt,
on se le demande encore... enfin non, si l'on en croit
les dires du héros, il avait découvert le
pot au rose depuis la page 18. L'album eut
été bien court s'il avait agi de suite...
On se
retrouve donc avec un récit poussif, subi
par un héros qui semble se
désintéresser complètement
de ce qui se passe. Et si Lucky Luke
lui-même ne parvient pas à
s'intéresser à ce qui se passe,
comment le pourrions-nous? Seul petit plaisir de
lecture: s'amuser des caricatures qui
parsèment le récit servant
d'autant de références et clins
d'oeils au cinéma ("Les
Mystères de l'ouest", "La Bête
Humaine", "Vatel"). Mais là aussi le
procédé comme les personnages, au
contraire de ce qui se fait dans
"Astérix" par exemple, restent
largement sous exploité. Après
seulement trois albums, on en vient à se
demander si Laurent Gerra s'essouffle
déjà (le dessin de Achdé
est lui irréprochable de
fidélité au mythe de Morris) ou
s'il était simplement un peu trop
occupé que pour vraiment s'atteler
à cet album. C'est dommage car on a envie
de l'aimer ce Lucky Luke.
(Boul.)
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L'homme de Washington
Laurent Gerra - Achdé
(Lucky Comics)
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