Le péplum dans tous ses états

Avec la sortie de "Gladiator" de Ridley Scott avec Russell Crowe dans le rôle vedette, pourquoi ne pas jeter un petit coup d'oeil du côté du Péplum à travers l'histoire du cinéma
 
L'histoire du Péplum est intimement liée à celle du cinéma à commencer par le film produit par les frères Lumières, "Néron essayant des poisons sur des esclaves", moins d'une minute de projection que l'on doit à Georges Hatot en 1897. Suivra ensuite en 1908 "Le retour d'Ulysse", un film court français d'André Calmettes et de Charles Le Bargy produit par le Film d'art.
C'est à la même période qu'en Italie, le genre hérite de son surnom, Péplum, tiré du mot latin signifiant la tunique de femme sans manches s'agrafant sur l'épaule. En effet, ce sont les studios d'Ambrosio Film qui produiront la première adaptation du célèbre roman d'E. G. Bulwer-Lytton, "Les Derniers jours de Pompéi" par Luigi Maggi. Il inaugurait un style qui ne finira pas de séduire les masses par une mise en scène grandiose où l'action, souvent omniprésente, se mariait à de belles histoires d'amour, de courage et de trahison. Le genre fit à l'époque de nombreux petits à commencer par "Néron" toujours de Luigi Maggi (1909), "La Chute de Troie" de Giovanni Pastrone et Romano Luigi Borgnetto (1911), "Quo Vadis?" d'Enrico Guazzoni et enfin, le chef-d'oeuvre de l'époque "Cabiria" de Giovanni Pastrone (1914). Le plus gros budget de l'époque qui influença de nombreux réalisateurs américains qui allaient retravailler le péplum à leur manière.
Pour la petite histoire, "Cabiria" est le premier long métrage dans l'histoire du cinéma à utiliser systématiquement le travelling mis au point par Pastrone lui-même. Le film influence l'Amérique et surtout Cecil B. De Mille ("King of Kings", 1927), et D. W. Griffith qui utilisera le genre pour sa scène du "Festin de Balthazar" dans "Intolérance", le film fleuve et souvent incompris du réalisateur.
Par la suite, de nombreux réalisateurs américains côtoient le genre tels que Fred Niblo pour la seconde adaptation de "Ben Hur" avec Ramon Novarro, Joseph Mankiewicz avec "Cléopâtre", et William Wyler avec la troisième version de "Ben Hur" où il mettra en scène Charlton Heston dans le rôle titre. Un nouveau filon naîtra aux yeux de nombreux producteurs qui réinventent le péplum en mélangeant les ingrédients de base au profit de superproductions qui s'inspirent d'histoires tirées de la Bible comme "Les Dix Commandements" tourné à deux reprises par Cecil B. De Mille en 1923 et 1956, "Samson et Dalila" toujours de De Mille en 1951, et en 1951 le remake de "Quo Vadis?" de Mervyn Le Roy avec Robert Taylor et Deborah Kerr dans les rôles principaux.

L'âge d'or du Péplum made in USA n'avait pas pour autant altéré la production italienne qui viendra squatter les écrans jusqu'à l'arrivée d'un nouveau genre, le "Western-spaghetti". C'est l'époque de "Spartacus" de Riccardo Freda (1953), "Les Travaux d'Hercule" de Pietro Francisci (1959), "Hercule et la reine de Lydie" de Pietro Francisci (1959), "Messaline" de Vittorio Cottafavi" ou encore "Le Géant de Thessalie" de Riccardo Freda (1960). Bref, le genre ne devenait plus que l'ombre de lui-même et offrait aux spectateurs ce pourquoi ils avaient payé. Mais cela était sans compter sur la venue d'un maître de la réalisation, Stanley Kubrick qui allait s'attaquer à l'adaptation de "Spartacus" en 1960 tout en lui offrant ses lettres de noblesses. Il ne faudra pas attendre plus longtemps pour voir naître un tas de productions plutôt moyennes qui finiront pas étouffer le genre pour laisser la place à de nouveaux films populaires plus originaux et tout aussi aventureux, le "Western-spaghetti" qui vole littéralement la vedette aux films d'aventures, s'inspirant de l'histoire ou de la mythologie antique.

Commence alors pour le péplum, les difficiles années de l'oubli médiatique et artistique. Le cinéma érotique s'empare tout de même du genre avec rien que pour l'exemple "Caligula" de Tinto Brass produit par le directeur du magazine Penthouse avec Malcolm Mc Dowell et Peter O'Toole. Tandis qu'au niveau du cinéma plus conventionnel le public aura droit de temps en temps à quelques productions de qualité avec "Jason et les Argonautes", "Le Choc des titans" et aujourd'hui, le "Gladiator" de Ridley Scott.
Finalement le péplum en tant que spectacle populaire tombait dans le domaine du souvenir cinématographique. Comme quoi après avoir marqué de près l'histoire du cinéma, le péplum s'est dépopularisé aux profits de productions moins nombreuses mais certainement tout aussi agréables à regarder que les productions d'antan. Un peu comme pour l'histoire du Western, mais cela est une tout autre histoire à découvrir très prochainement sur ces mêmes pages.



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