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Interview réalisée en
1997
Entretien : Bruno Brioni
Photos : Carole Hubinon
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Benoît
Poelvoorde:
fraîcheur
et
simplicité
Après
avoir passé près de six mois
à Paris, Benoît Poelvoorde
était de retour en Belgique, au
théâtre 140, pour (re-)
présenter son spectacle
"Modèle
Déposé" . A cette
occasion, il a accepté de recevoir
6Bears après son
spectacle. Nous traversons la scène pour
rejoindre un petit escalier qui nous mène
aux loges et c'est là, que nous
apparaît le tueur fou de "
C'est arrivé près de chez vous
". Très vite on se rend
compte qu'il a rien à voir avec ce
personnage. Son sourire béat nous fait
frissonner; et oui, que voulez-vous, pour nous
il représente bien plus qu' une image sur
un écran. Dès le début on
sent chez cet homme la joie de vivre, la
gentillesse, la bonté et la
simplicité. C'est tellement rare que l'on
est persuadé que l'on va prendre notre
pied!
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Dans le spectacle " Modèle
Déposé " , René Altrus
(chercheur génial, méconnu et honteusement
largué par sa petite amie Mélissa) semble
désemparé et perdu. Est-ce un miroir de
notre société en général, qui
présente l'homme, comme cherchant avant tout
à être reconnu et qui en même temps,
ne parvient ni à être aimé, ni
à trouver l'amour?
Benoît Poelvoorde : (Rires). Tout à
fait, je crois que vous avez répondu à
votre question. C'est un spectacle sur le fait que les
hommes ont encore cette impression machiste de croire que
les femmes les aiment pour ce qu'ils font et non pas pour
ce qu'ils sont. C'est donc toute la douleur d'un mec qui
s'est planté. Je pense que, si tu es bien dans ta
peau, la personne avec qui tu es, t'aimera pour ce que tu
es et non pour ce que tu fais. Le problème, c'est
que quand on ne fait pas ce que l'on aime alors on est
mal dans sa peau, et dans ce cas, on n'est pas bien avec
la personne avec laquelle on est.
Est-ce pour toi un élément
représentatif de notre société
actuelle?
Benoît Poelvoorde : Oui, on est dans une
société qui ne donne plus le droit à
l'erreur et celle-ci est basée sur la
réussite et l'efficacité immédiate.
Les hommes sont de plus en plus frustrés quand ils
sont dans l'erreur ou dans la difficulté par le
fait que les femmes sont de plus en plus l'égal de
l'homme. C'est vraiment le reflet d'une
société qui est la nôtre, celle de
l'efficacité immédiate, alors qu'en fin de
compte le travail est un droit et non pas une obligation.
Ce qui est important c'est de se réussir et non de
réussir professionnellement, n'y même
d'être reconnu.
Mais on ne peut pas dire que le spectacle soit
uniquement négatif.
Benoît Poelvoorde : Non ce n'est pas du tout un
spectacle négatif. Et, curieusement je vous dirai
qu'il est adressé aux femmes plutôt que pour
les mecs. Moi, je ne crois pas aux mecs super costaud,
impeccable, imparable, en d'autres mots à un monde
de perfection. C'est un spectacle positif sur le fait que
les hommes se prennent en main et qu'ils peuvent se
regarder en riant . . . tu sais, beaucoup de mecs sont
venus me voir pour me dire que le spectacle était
très touchant. Mais il n'y a pas de message, c'est
juste un clin d'oeil basé sur trois
expériences celle de Jean Lambert (mise en
scène, texte, dramaturge), celle de Bruno Belvaux
(mise en scène, texte, idée originale) et
la mienne. (C'est la même équipe que "
C'est arrivé près de chez vous " ).
René Altrus éprouve des
difficultés pour faire breveter ses inventions,
pourquoi? Peut-on par la même occasion parler des
problèmes de droit d'auteur et de protection?
Benoît Poelvoorde : (Rires). Si il a des
problèmes pour faire breveter ses inventions,
c'est surtout parce que ses inventions, c'est du
n'importe quoi. Non mais sérieusement, le droit
d'auteur n'a rien à voir avec René. On nous
a pris des extraits de " C'est arrivé
près de chez vous " pour un disque, sans
demander notre avis. Ce disque s'est très bien
vendu et on aurait pu engager des poursuites pour
non-respect du droit d'auteur. Mais on ne l'a pas fait,
en plus le droit de citation c'est un hommage, il ne faut
pas prendre le blé partout où il y en a.
Mais je crois que si ça devait se reproduire nous
serions plus vigilants. Parce que quand tu es trop gentil
les gens finissent par en profiter.
Tu as passé 6 mois à Paris
(Café de la Gare) pour ton spectacle, as-tu
ressenti une différence avec le public
français?
Benoît Poelvoorde : Les Français ont
besoin de se moquer des gens pour rigoler, ce qui n'est
pas le cas en Belgique. En Belgique, j'ai un rapport avec
le public qui est amusant, parce que je ne l'attaque pas.
Je me moque plus de moi. Le Français fera
plutôt le contraire, il prendra quelqu'un dans la
salle et se foutra de sa gueule. Ils ont aussi un humour
différent. Ils sont plus attentifs et retenus mais
moins spontanés. Les Belges, réagissent
plus quand je leur parle. Il suffirait que je dise que
trois personnes viennent sur scène et ils sont
là, les Français il faut les tirer, c'est
plus difficile.
Peut-on dire qu'il y a plus de
créativité à Paris qu'à
Bruxelles?
Benoît Poelvoorde : Je ne peux pas juger
ça. Mais ce dont on peut être fier, c'est
que l'on a un esprit qui est le nôtre. On n'a pas
besoin d'être similaire à celui des
Français pour être bien. Des gens m'ont
demandé si j'avais effectué des
modifications pour les représentations en France,
eh bien non! Le Français apprécie l'humour
belge et inversement. Je n'ai pas d'animosité par
rapport aux Belges ou aux Français. Cependant, je
préfère jouer en Belgique parce que je suis
chez moi. En fin de compte je suis quelqu'un de
très casanier. En plus , il faut être fort
à Paris, et ce n'est pas mon cas. Le soir
où tu joues il y a en même temps 350 autres
spectacles, c'est de la folie. Pour arroser le tout,
à Paris les gens du spectacle fréquentent
les gens du spectacle, les gens de la musique
fréquentent les gens de la musique et heureusement
ce n'est pas le cas ici en Belgique.
Qui n'aime pas les journalistes: René Altrus
(dans le spectacle il dit des journalistes, que ce sont
des acariens des temps modernes, qui se nourrissent de
peaux mortes) ou Benoît Poelvoorde?
Benoît Poelvoorde : (Rires). C'est bien que
vous me posiez la question parce que d'habitude les gens
me disent on a l'impression que vous n'aimez pas les
journalistes alors que les journalistes vous aiment bien.
Mais, en effet c'est René qui n'aime pas les
journalistes. Je me mets à la place d'un type qui
n'est pas reconnu dans ce qu'il fait. Quand tu n'es pas
reconnu, tu crois toujours que ce sont les autres qui en
sont responsables. Moi je n'ai pas ce
problème-là. Mais, j'ai un sentiment de
culpabilité par rapport à ça. Il est
vrai que j'ai un quota de sympathie qui fait que les gens
me posent des questions, mais je sais qu'il y a des gens
qui ont autant de talent que moi, si pas plus, à
qui on ne donne pas la parole. Souvent les gens
deviennent aigris, et c'est vrai que c'est difficile de
se battre. Mais moi je suis mal placé pour en
parler car je ne me suis jamais battu. On a
démarré " C'est arrivé
près de chez vous " , on a réussi, donc
je n'ai jamais eu de difficultés. Jamais je me
suis retrouvé à me dire eh bien
voilà rebelote, je viens de faire un truc et
personne ne le sait! A ce sujet, j'ai eu un petit
problème avec un journaliste. Il m'a dit puisque
vous n'aimez pas les journalistes eh bien les
journalistes vont vous le rendre! Le mec n'avait pas
pigé. Quand on a écrit le texte on a dit,
on va taper une grosse galette sur les journalistes. Et,
il y a une part de vrai. Il y a des journalistes qui sont
des cafards qui bouffent la merde pour se faire du pognon
, et les bons journalistes. René est quelqu'un de
passéiste, ces gens un peu chiant qui disent
toujours, que maintenant tout est nul, parce que, ce qui
se faisait avant était mieux.
René est un con alors?
Benoît Poelvoorde : René cite des
références "hyper" entendues, comme le prix
Pulitzer . Ce n'est pas difficile, on sait que
c'est un prix qui récompense des journalistes. Que
Joseph Kessel était journaliste, c'est moins
évident. Donc, on ne peut pas dire que c'est un
vrai con. Comme quoi, c'est mettre en évidence que
tu peux être très cultivé et
très con en même temps . . . et il y en a
beaucoup. René c'est un peu ça, c'est un
mec qui a des bases, qui a un bon fond. De plus, il est
altruiste mais cependant ça reste un con. Et c'est
difficile de l'admettre. Moi, j'aime bien, quand tu te
dis, est-ce qu'on peut juger ce petit gars-là qui
aide les autres, mais en même temps il est con avec
sa femme, et à travers ce qu'il dit. J'adore faire
des personnages où l'on ne parvient pas à
dire si c'est vraiment un con.
Si je te dis GR 20 (sentier de
randonnée le plus difficile d'Europe) que me
réponds-tu?
Benoît Poelvoorde : (Rires). Je
réponds souffrance, lumbago et tournage en
Corse.
Tu nous expliques un peu?
Benoît Poelvoorde : Eh bien c'est le nouveau
film de Philippe Harel qui s'intitule
"Les Randonneurs"
dans lequel je joue. Il m'a
proposé de jouer dans son film et je n'ai pas fort
hésité vu que j'avais adoré son
précèdent film " Un été
sans histoire " . Mais j'ai toujours eu très
peur de jouer dans les films des autres parce que je ne
me considère pas encore comme un comédien.
Il m'a proposé d'être un guide belge en
Corse. Et je trouvais ça amusant. Et il m'a dit :
"tu reste Belge et tu guides des Parisiens!
"
Tu connaissais Philippe
Harel?
Benoît Poelvoorde : Comme je vous
l'ai dit je connaissais son premier film. Ce film
était marqué par la simplicité et
par un humour très sain et dénué
d'effet. Et quand j'ai lu le scénario je me suis
dit que c'était ce qu'il me fallait pour
apprendre. Effectivement j'ai beaucoup appris lors de ce
tournage qui a duré près d'un mois, durant
le mois de juin.
Philippe Harel a dit dans une interview qu'il
était difficile d'entrer en contact avec les
acteurs de 40-50 ans et que ceux-ci disaient vouloir
travailler avec le "jeune cinéma" mais qu'ils ne
répondaient jamais. On sent de l'amertume dans ses
propos, pourquoi?
Benoît Poelvoorde : Au départ il pensait
à Jean-Pierre Bacri " Un air de famille "
de Cédric Klapish mais à ce
moment-là, il était en tournage, donc il ne
pouvait pas accepter. Je sais qu'il a pensé
également à Gérard Lanvin mais je ne
sais pas pourquoi cela ne s'est pas fait. Mais dans le
fond, je sais pas répondre exactement à
cette question. Mais ce que je peux vous dire, c'est que
j'ai joué avec des comédiens
extraordinaires, Vincent Elbaz, Karin Viard et la
très drôle Géraldine
Paihas.
Cela t'a donné l'envie de continuer
à jouer pour d'autres films?
Benoît Poelvoorde : J'ai difficile à
répondre à cette question parce que j'ai
vraiment eu des difficultés à cause de mon
angoisse et de ma nervosité. Si ce que je fais
n'est pas bon, je serais le premier à l'admettre,
en me disant, je ne suis pas compétent pour ce
genre de truc. Comme, je suis très exigeant avec
les autres. Je le serais de même pour moi. Donc je
ne peux pas répondre, il faut que j'aille voir le
résultat, mais je n'ose pas y
aller!
Pourquoi?
Benoît Poelvoorde : Je ne sais pas me regarder,
donc j'enverrai mon épouse et mon agent avant moi.
Au mois de mars! (Rires).
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