Praga Khan

Pionnier de la musique électronique belge, Praga Khan n'a pas pour autant un succès proportionnel à son talent dans son pays d'origine. Olivier Adams et Maurice Engelen (âme bicéphale du groupe) présentaient, à Werchter, leur dernière plaque: Mutant Funk.
Rencontre:

 

Quand on vous voit en concert, il y a toujours d'autres musiciens, quelque fois différents, en plus de votre duo. Praga Khan, c'est uniquement vous deux ou bien c'est tout un projet?
Maurice Engele: - En studio, il n'y a que nous deux. Praga Khan se résume, pour ce qui est de la composition, à Olivier et moi. Mais, par contre, quand nous jouons en live, on aime s'entourer de plein de gens différents. Et ça aussi, c'est Praga Khan.

Et qu'en est-il des autres projets que vous avez créés?
Je pense notamment à Lords of Acid.
M. E.: -
C'est nous deux, mais également une troisième personne, Nicki.

Est-ce important pour vous d'avoir plusieurs projets en parallèle? Considérez-vous ça comme un luxe artistique?
M. E.: -
Lords of Acid est une vraie American Story . Pour vous donner une idée, l'équipe de tournée de Nine Inch Nails est la même que celle de Lords of Acid aux States. On a vendu quelque chose comme 1,5 million d'albums aux USA. C'est un peu le contraire d'ici, en Europe où c'est plutôt Praga Khan qui est connu. Alors, quand on doit jouer dans des grands shows aux Etats-Unis, on prend Praga Khan en première partie de Lords of Acid. ;o)

Quelle est la différence entre les deux?
M. E.: -
Le line-up est plus ou moins le même. C'est vraiment une question géographique.

On a vu Praga Khan il y a quelques années à Dour et ça ressemblait furieusement à Lords of Acid.
M. E.: -
En effet. A l'époque, on tournait encore avec Nicki, on avait aussi les danseuses sur scène et puis, on reprenait des morceaux de Lords of Acid parce qu'on n'en avait pas assez de Praga Khan (rires). Mais maintenant, avec ce nouvel album, les choses sont plus claires.

D'où vient cette différence entre les deux groupes?
M. E.: -
En 1991, on avait déjà beaucoup de succès un peu partout dans le monde (Japon, Angleterre, ), mais pas en Belgique. Une maison de disques aux USA m'a demandé de faire un album de Lords of Acid et il s'est vendu directement à 500.000 copies. C'est là qu'on a décidé de garder les deux groupes séparés. Les USA pour LOA et l'Europe pour Praga Khan. Aujourd'hui, on est en train d'être reconnus avec les deux groupes un peu partout.

Pour chaque album, vous semblez prendre une direction différente (tout en restant cohérent). Quelle est celle de "Mutant Funk"?
M. E.: -
"Pragamatik" (leur premier album) était destiné au marché américain. Il est sorti par hasard en Belgique. On croyait que les belges ne voulaient pas entendre cette musique. C'est pourquoi l'album sonne industriel. Pour le suivant, je me suis plutôt inspiré du morceau que j'avais composé pour la bande originale de "Basic Instinct". Et, pour celui-ci, on est allé un peu plus vers le psychédélique. On est inspiré par le travail d'autres personnes, mais surtout par le nôtre, en fait.

Que ressentez-vous de terminer la première journée du festival de Werchter sur la grande scène?
M. E.:
- On n'a pas l'impression d'être le head-line. Je pense que c'est plutôt Oasis. Mais l'optique était de faire une grande party et c'est pourquoi on est là. On va donc essayer de donner du bon temps aux gens qui sont ici.

Quelle importance donnez-vous à ce concert en Belgique?
M. E.: -
Ce n'est pas super important. Mais ça l'est quand même car il y a beaucoup de nos amis qui sont ici. On a fait le tour du monde sans passer par la Belgique. On est allé en Amérique du Sud, au Japon, On a donc joué devant des centaines de milliers de personnes, mais, ici, c'est un petit peu plus spécial car on connaît certaines personnes du public. On peut même dire qu'on joue peut-être devant nos voisins. ;o)
J'aime beaucoup le public belge, mais ce n'est pas une nécessité pour nous de jouer ici.

Vivez-vous toujours en Belgique?
M. E.: -
Il y a environ deux ans, on comptait déménager à Los Angeles, mais finalement, on est resté ici. On travaille beaucoup par là-bas. Rien que pour les B.O. de "Basic Instinct", "Sliver", Je pense qu'on va emménager par là l'an prochain. En plus, on tourne beaucoup avec Lords of Acid aux Etats-Unis, alors .
On ne se sent pas particulièrement attaché à un pays. Mais, la Belgique est quand même un gros marché pour nous et jouer ici nous ouvre les portes pour les autres festivals européens.

Quelle importance a l'Internet pour vous?
Est-ce un outil de promotion, de diffusion, ...?
M. E.: -
Internet est très important car Praga Khan a un grand site web. Il est en ligne depuis longtemps, donc il a eu le temps de s'étoffer. On a beaucoup de visiteurs et il y a un vrai hype qui est créé autour du site et une chatroom où les fans peuvent discuter entre eux. C'est assez chouette de pouvoir discuter avec les nombreux habitués d'une manière directe.
Mais il y a aussi une face négative à Internet. On peut savoir ce que tu fais à n'importe quel moment. Faut toujours faire gaffe parce qu'Internet te regarde tout le temps.

Et que pensez-vous de tout ce qui se passe de non-officiel sur le Net? Le MP3, par exemple.
M. E.: -
Je pense que, pour le moment, ce n'est pas une bonne chose à cause de ce que ça entraîne pour les maisons de disques. Mais, ça va évoluer vers quelque chose de positif. Internet deviendra le nouveau medium musical.

Et au niveau de la promo, le Net est-il un canal intéressant?
M. E.: -
C'est une façon de promouvoir un disque ou un artiste. Mais il ne faut pas négliger les autres. Tu ne peux pas tout contrôler. Tu dois attendre que les gens viennent pour leur soumettre ta musique. Je pense que ce sera un bon moyen de vendre de la musique dans le futur.


Entretien: Fabian Tilman




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