Entretien avec Wes Craven

La venue de Wes Craven au XVème festival international du film fantastique de science-fiction et de thriller de Bruxelles, est presque passée inaperçue. Et, pourtant, elle annonçait le retour d'un grand film de genre, Scream
 
Des fenêtres de la chambre d'hôtel où a lieu la conférence de presse, on pouvait entendre les cris des mécontents de l'actualité belge de Renault. Un monde cruel qui donne envie de hurler, Scream, pour une conférence où cauchemar et psychopathe ont brillé par leurs absences. Une veste noire sur un pull à col roulé gris, ce papy barbu très jovial pendant la prise de photo, nous surprend par son calme. Dans trois ans, ce jeune homme a soixante ans. Pas possible. Quelques secondes de timidité de la part des journalistes, personne n'oublie que c'est le papa de Freddy qui est en face de lui. Alors, des questions vaches, on se méfie de les poser.

L'entretien


Pourquoi avoir massacré Drew Barrymore et ce, depuis le début du film?
- Dans ce film, toutes les attentes sont bafouées, j'ai travaillé sur le cliché qui court dans les films d'horreur. Il est vrai que cette scène est difficile à regarder et même pour moi. Mais la vie n'est pas rose, elle est violente et c'est ce que je démontre de manière cinématographique.

Y a t'il encore moyen d'innover dans le genre de l'horreur?
- Le genre de ces films est éternel mais ils sont aussi, pleins de clichés. Il faut les détruire tous pour que le spectateur soit encore surpris. Mais vous savez, chaque fois que l'on annonce la mort du genre, un nouveau film arrive et c'est reparti avec des nouveaux codes pour les spectateurs.

Le festival fête les cinquante ans de la Hammer (célèbre studio anglais des années '50), quelle a été son influence sur votre travail?
- Je n'ai pas véritablement été influencé par la Hammer, vu mon éducation qui ne me permettait pas d'aller voir ces films au cinéma. Mais cela n'empêche pas ma société de produire des films Hammer.

Dans Scream vous faites des tas de références aux films de Carpenter et "Vendredi 13", de qui vous vous rapprochez le plus?
- Eh bien, le film "Vendredi 13" a été réalisé par celui qui me donna mon premier emploi dans le monde du cinéma (sourire), tandis que Carpenter est le réalisateur préféré du scénariste. Voilà.

De quel personnage vous vous sentez le plus proche Freddy Krueger ou Horace Pinker?
- Cette question revient à demander à un parent quel fils il préfère (rire). Je les aime tous les deux. Mais tout de même, Freddy donne une réaction au public. De ce fait, il restera un compagnon tout au long de ma vie. Tandis qu'Horace Pinker m'a permis avec "Shocker" de traiter de la relation père-fils.

Un film à gros budget peut-il être innovateur avec le but commercial qu'il doit atteindre?
- Tout d'abord, "Scream" est un film à faible budget. Ensuite, la société ne considère pas le film d'horreur comme profitable. Le film d'horreur est mort pour les studios. Mais le principal est de chercher au fond de soi l'innovation, pas besoin de copiage, ni d'argent.

Ce film est une réflexion sur le cinéma, est-ce que l'influence vient de Godard?
- J'apporte un commentaire social dans ce film tout comme Godard, Fellini, Truffaut et Bunuel l'ont fait avec leurs propres films. Le grand sens du rêve que dégagent ces films, m'a fortement influencé. Mais je crains tout de même que je sois arrivé au bout de mon parcours dans le genre de l'horreur. De moins en moins d'intensité dans certaines scènes à cause de la censure me font douter sur l'aboutissement de ce genre de film.

Votre film a certainement dû subir des coupures à cause de la censure. Quelles scènes par exemple?
- Six scènes en tout. (Réflexion) Drew pendue à un arbre, un caméraman décapité et la bagarre finale dans la cuisine. Malheureusement, on censure si vite que, parfois, des regards perdent leurs sens. Si tu parles franchement de la violence, ils coupent des moments humains importants de vérité. Mais la censure n'évince pas la violence, la violence nous entoure. Elle est partout.

Dans "Scream", malgré la violence, il y a beaucoup d'humour. Cela ne risque pas de dénaturer cette même violence?
- Non, entre les moments de violence, il est naturel de mettre de l'humour. Tout comme il est humain de rire de ce qui est grave.

Mais toute cette censure ne vous donne-t-elle pas envie de partir tourner ailleurs?
- Certainement, mais pour aller où? Même dans d'autres pays, la censure est présente. Imaginez, "C'est arrivé près de chez vous" (film belge, qui tourne autour d'un psychopathe très violent) tourné au USA. Il ne serait jamais sorti en salle, on l'aurait censuré. C'est étrange non!

Vous voilà prévenus. Mais si toute fois, vous voulez toujours tourner votre film d'horreur, n'oubliez pas que le genre n'est pas encore mort.



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