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Sharko
présente "Meeuws", son nouvel
album
Au menu,
expérimentations, airs accrocheurs et
authentique personnalité. Encore un Belge
qui va faire parler de lui
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Sharko: On essaie pleins de nouveaux
trucs lors de ces concerts. Des nouvelles chansons, des
nouvelles programmations, le batteur a essayé de
jouer avec une nouvelle machine
6bears: Et alors, qu'est-ce que ça a
donné?
- Ben (hésitation) On avait oublié
certaines parties c'était très rigolo!
C'est toujours le risque de se dire: "Il y a une salle
pleine qui est très attentive. Est-ce qu'on prend
le risque?" Et c'est justement dans ces-cas là que
tu dois prendre des risques parce que tu as le plus de
confort.
Ce qui m'a étonné, c'est que ta musique
et ton show sur scène sont basés sur la
spontanéité, et, sur les trois premiers
morceaux, tu utilises une bande. Tu ne trouves pas
ça contradictoire?
- J'aime bien l'idée de créer, de
pousser une certaine idée de liberté dans
un créneau archi-limité. De pouvoir trouver
du confort là-dedans. De pouvoir te dire que,
même si les murs sont très étroits,
tu puisses créer un espace de confort. C'est aussi
relatif à ce que je faisais avant (Nose Kitchen),
où j'étais tout seul avec mes bandes. C'est
très important de ne pas se couper totalement de
cet aspect-là. Les bandes apportent beaucoup de
couleurs sur scène. Ça t'apporte des choses
que tu ne peux pas créer sur scène,
à trois. S'il y avait un autre guitariste, par
exemple, ils ne sauraient pas s'exprimer chacun. Ils
risqueraient de se bouffer entre eux. Tandis que les
bandes lui mettent clairement sur table une base sur
laquelle il peut s'exprimer.
Ta musique est très contrastée: il y a
des moments très pop (d'ailleurs, il y a des
instants dans les nouveaux morceaux qui me font penser
à des comptines) et d'autres extrêmement
expérimentaux. C'est une volonté de
confronter ces deux facettes ou bien c'est ta
façon de faire de la pop?
- C'est une volonté. C'est nouveau de penser
qu'on peut expérimenter sur scène, mais, en
même temps, pour ne pas que le public soit
complètement perturbé ou hermétique
à ce que tu fais, il faut des moments ultra
catchy. Avant, j'avais tendance à me dire:
"pourquoi concéder ça, c'est quand
même plus facile de faire ce que tu aimes
précisément, jusqu'au bout. C'est
très égoïste, c'est très
immature, c'est très adolescent, mais c'est quand
même plus simple". J'avais donc tendance à
faire des trucs très sombres, très obscurs.
Tu y mets toute ton âme et toute ton
énergie, mais les gens soit accrochent tout de
suite, se sentent touchés, soit pas du tout. J'ai
remarqué que, de plus en plus, plus on permet aux
gens d'accrocher à des trucs ultra catchy et ultra
simples, et plus ça permettait aux gens d'accepter
la contrepartie, le délire. C'est un
échange.
En parlant de concessions, on t'entend reprendre
Police, dévier tes morceaux sur des airs connus,
tu fais des références dans tes textes
à AC/DC, Queen, Michael Jackson C'est dans la
même optique d'accrocher le public quand il
t'échappe?
- C'est pas con. C'est très très
amusant de caler un truc super connu,
immédiatement reconnaissable. Il y a des gens qui
le font, mais de manière beaucoup plus sournoise:
ils vont piquer une idée de synthé ou une
idée de rythme, de son, de voix, un gimmick qu'un
artiste a utilisé pour avoir du succès et
vont jouer sur le fait que cet élément te
met en position confortable vis-à-vis de leur
composition. Ça relève moins d'angoisse car
tu te sens en terrain connu, souvent sans même le
savoir.
Plein de gens utilisent ce subterfuge pour gagner du
public. Je préfère rester dans l'aspect
ludique de cette approche.
Il paraît que tu vas aller jouer en France, au
Printemps de Bourges. Justement ce festival où ont
brillé pas mal d'artistes belges. Après
dEUS, il y a eu Venus et Daniel Hélin. Dans quel
état d'esprit tu pars là-bas?
- Je pense qu'il y a une brèche. Que le rock
wallon est en train de gagner en confiance et en
crédibilité. L'amorce Venus et
l'énorme confirmation de Daniel Hélin qui a
imposé une richesse et une personnalité sur
scène, mais pas encore sur disque. Puisque son CD
n'est pas convaincant par rapport à sa
présence irrésistible en concert.
Tu penses avoir mieux réussi sur disque que
lui?
- Non. Mais il est plus extrémiste. J'ai
l'impression que sa présence sur scène est
vraiment d'une qualité rare et son disque est tout
aussi extrême. Epuré et hermétique.
J'ai l'impression que je ne suis pas comme lui sur
scène. Je n'ai pas, tout le temps, le sentiment
que je suis devant un public. Daniel Hélin, lui,
on a l'impression qu'il est tout le temps avec le
public.
Pourtant tu as aussi une présence
scénique
- Mais il y a des moments où je ne sais pas me
concentrer, où je ne sais pas me dire: "je vais
encore faire un petit truc pour agripper leur attention",
mais lui sait faire ça! Il passe la substance
artistique de ce qu'il fait en arrière-plan et
devant, il y a tout le temps, la moindre minute de son
répertoire, un geste, une attitude qui font que
ça accroche les gens, qu'il y a du divertissement.
Alors que moi, c'est pas le cas. Lui est extrême de
ce côté-là et, au niveau du disque,
je dirais que le mien n'est pas aussi épuré
et brut que le sien. J'ai l'impression que je suis un peu
plus au centre.
Tu aimerais tendre vers ça? Vers cette
réelle présence scénique qui
accroche le public.
- C'est très très difficile. Il faut
être super rapide et je n'y arrive pas. Et pour y
arriver, j'introduis des chansons qui sont vachement
faciles à retenir et qui apportent un confort
d'écoute et que les gens connaissent
déjà au troisième refrain. Ça
me permet d'être un peu en dehors et de moins
performer.
Que penses-tu de la "mode" actuelle du rock belge qui
est de plus en plus populaire, en Belgique et en
France?
- Je pense que c'est le moment ou jamais. Que
l'attention que retiennent les médias
français pour nous est à utiliser. Bien
entendu, ce ne sont pas les gens qui sont demandeurs. Il
y a des groupes qui commencent à travailler et
dont on commence à parler subrepticement et qui
fournissent un travail incroyable. Et je pense que
ça va donner quelque chose de fort. Je pense
à Mud Flow, à Flexa Lyndo, Zophopop Ce sont
des gens qui ont énormément
travaillé dans l'ombre et dont le travail devrait
aboutir à quelque chose. Avant, on se disait: "on
est belge, ça passera, même si il y a des
imperfections". Alors qu'aujourd'hui, on sent qu'il y a
une structure qui se met en place et j'espère
vraiment que ça va prendre.
Quand tu composes, tu ne te dis jamais: "tiens,
ça sonne comme tel ou tel groupe"?
- C'est super difficile d'avoir un son propre!
Tu essaies d'y arriver?
- C'est la clé du succès! D'avoir un
son qui te met à la tête d'une pyramide qui
fait de toi une référence. En-dessous, il y
a des imitateurs, des sous-imitateurs Ma
génération, les années '80, a vu une
espèce de new-wave/cold-wave sortir comme
ça fin des années 70, début des
années 80 (Cure, Siouxsee ). Et puis, ça a
donné quelque chose d'un peu plus populaire avec
U2, mais ça restait très timide. Et puis,
tout d'un coup, ils ont eu des idées
d'envolées, des hymnes avec un contexte
très militant, guerrier et ils ont
éclaté. Parce que c'est exactement ce que
les gens voulaient entendre. Bono qui chantait avec son
drapeau blanc
Et puis, en dessous, il y avait Simple Minds, Immaculate
Fools, Big Country plein de sous-groupes qui faisaient
exactement la même chose, le même son. Le
tout est de ne surtout pas singer un bon son
américain ou anglais, car il y a 50.000 groupes
anglais qui font mieux. C'est pour ça que j'ai le
sentiment que ces groupes (Mud Flow, Flexa Lyndo) ont
suffisamment confiance en eux pour présenter
quelque chose de personnel, mais si ça sonne
produit comme un groupe anglais, je ne vois pas
l'intérêt!
Et toi, tu fais attention à ton son et à
tout ça?
- Je n'en suis pas là
Question rituelle: que penses-tu
d'Internet?
- Je pense que c'est une révolution. Autant
sociale que culturelle. Mais c'est encore trop cher que
pour être super étendu. Quand j'entends ces
réflexes par rapport à une interrogation
sur le fait de trouver telle ou telle information: le
web! Il y a vraiment des sites qui peuvent t'aider sur
n'importe quel sujet.
Les e-mails, je trouve ça à la fois super
frustrant et super pratique quand tu as quelque chose de
logistique et rapide à formuler.
Et la musique sur Internet?
- C'est bizarre, parce que c'est comme si tu m'avais
posé la question, dans les années 70:
"Qu'est-ce que tu penses de la musicassette?". Ça
fait partie du mouvement social d'avancer et de faire
bouger, fleurir une végétation. Et, en
même temps, je trouve ce mouvement totalement
fascinant, cohérent et normal, mais j'ai du mal
à cautionner ça parce que si la victoire
passe par la musique gratuite pour tout le monde, il n'y
a plus de revenus!
Pour les CD enregistrables, tu te rends compte qu'un CD
chez le disquaire est trop cher! S'ils ne se
décident pas à baisser cette taxe de 21%
Tous les produits culturels sont tellement chers: les
disques, les places de
cinéma...
Fabian Tilmant
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