Stanley Kubrick, mort d'un visionnaire

De "Fear and Desire" à "Eyes Wide Shut", le plus anticonformiste des réalisateurs américains nous rappelle à tout jamais que le cinéma est avant tout un art
 
Décédé à l'âge de 70 ans dans sa maison du Hertfordshire, au nord de Londres, Stanley Kubrick nous lègue un dernier secret, l'art de faire du grand cinéma. Celui qui donne un sens à ce que certain ose encore appeler le 7e art. À commencer par Steven Spielberg qui dira "on aura tous cherché à l'imiter"...


Né en 1928 à New York dans un quartier chaud du Bronx, dans une famille d'origine juive d'Europe Centrale, Stanley Kubrick fut rapidement initié par son père, docteur de son état, à l'art de la photographie et au jeu d'échecs. Un jeu où l'homme se montre redoutable tandis qu'il sera pendant quatre années photographe vedette pour le magazine Look.
Ses premiers pas en tant que cinéaste, il les fait par la petite porte. Celle du court métrage avec "Day of the Fight", la journée d'un boxeur tourné en 1950 et "Flying Padre" autour d'un Père mexicain qui se déplace de paroisse en paroisse en avion.

Pour ses premiers longs métrages, il emprunte de l'agent pour réaliser en 1953 la guerre imaginaire de "Fear and Desire" et le "Baiser du tueur" en 1955. À l'âge de 25 ans, celui où Orson Wells réalisait "Citizen Kan", Kubrick s'associait avec J. B. Harris pour tourner "L'Ultime Razzia", les hauts et les bas de la vie de gangster, avant de tourner en 1957, "Les sentiers de la Gloire" ("Paths of Glory"), un film interdit en France lors de sa sortie, retraçant l'histoire troublante de trois personnages durant la terrible guerre de 1917. Une adaptation du récit de Humphrey Cood qui s'inscrit dans le cadre d'un film anti-guerre, considéré comme le plus grand film des années '50. Ce film marquera aussi la première collaboration entre le réalisateur et la star Kirk Douglas. Leur seconde collaboration, "Spartacus" se finira dans de bien mauvaises conditions, puisque le réalisateur n'adressa plus jamais la parole à l'acteur. En effet, Kubrick dira, à propos de son film, qu'il s'agissait du plus impur puisqu'il était miné par les exigences d'un grand studio. Mais le réalisateur ne se laissera pas démonter par une défaite. En effet, en 1962, il entame le tournage qui fera scandale de "Lolita", adapté de l'oeuvre de Nabokov, un auteur qu'il admirait tellement qu'il s'était fait un point d'honneur pour ne pas le trahir. Viendront ensuite des films que l'on ne présentera plus, tant, ils nous ont marqué d'une manière ou d'une autre: "Docteur Folamour" (1963), "2001, l'Odyssée de l'Espace" (1968), "Orange mécanique" (1971), "Barry Lindon" (1975), "Shining" (1979), "Full Metal Jacket" (1987) et "Eyes Wide Shut" (1999).

Aujourd'hui, le maître du baroque et de la lumière juste nous laisse un dernier film, et, en fervent adepte de la "raison calculatrice", ce sera également son treizième, "Eyes Wide Shut" avec Tom Cruise et Nicole Kidman. Un film qui, s'il faut encore le rappeler, sera attendu par un grand nombre de spectateurs.

Une disparition qui laissera un grand vide dans le monde du cinéma. Le 7ème art passera ce millénaire sans son plus grand visionnaire.


a.B.



Stanley Kubrick inspire aussi le Net:


L'article de Libération: http://www.liberation.com/quotidien/semaine/990308lunb.html

Celui deTélérama: http://www.telerama.fr/culturama/ftp/cine/10_03/kubrick/kubrick.asp

Le site officiel de son dernier film: http://www.eyeswideshut.com/



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