Entretien avec Teri Moïse

Teri Moïse était à Bruxelles pour la sortie de son second album. Et c'est en toute gentillesse que nous avons eu la chance de pouvoir la rencontrer afin qu'elle puisse nous expliquer l'évolution de son travail, l'enregistrement de son album et son ambition future.
 
J'aimerais savoir quelle est votre manière de travailler, étant donné que vous vous occupez de l'écriture des textes et de la musique ?
Teri Moïse:
Je travaille toujours en trouvant d'abord la composition c'est-à-dire la musique avant le texte. C'est plus facile pour moi. Peut-être qu'un jour je travaillerais dans l'autre sens mais ce qui est le plus naturel pour moi, c'est de trouver la musique.

Est-ce que vous jouez d'un instrument ?
T M:
Je joue de la basse; mais bon, pas assez bien, pour dire que je suis bassiste. J'en ai d'ailleurs joué sur le premier album mais c'était plus pour m'amuser. J'ai beaucoup trop de respect pour les musiciens dont c'est le métier pour dire que je suis bassiste. Je peux donc écrire les partitions. Mon instrument de prédilection, c'est la voix.

Lorsque vous écrivez un texte, devez-vous vous y mettre plusieurs fois ou est-ce que c'est en un seul jet ?
T M:
C'est par bribes mais ça dépend de la chanson. Il y des chansons qui sortent plus facilement que d'autres. Parfois, j'écris un refrain et je me dis que c'est un bon refrain, et que je reviendrais dessus. Et, un mois plus tard, je trouve un couplet. Pour me souvenir, j'enregistre ou j'écris mes textes. On peut avoir la pression de la maison de disque mais pour moi, c'est l'inspiration, ça vient ou ça ne vient pas. Je vis cela avec beaucoup de tranquillité.

Pour ce qui est des enregistrements, lorsque vous rentrez en studio tout est déjà prêts ou est ce que tout se met en place à ce moment-là ?
T M:
Pour cet album, avant de rentrer en studio, Etienne (de Crécy), Pascal (Colomb) et moi, avons travaillé trois mois ensemble presque tous les jours sur la pré-production, sur les arrangements, sur une vision, sur plein de choses. Ah non, je n'arrive pas en studio avec tout déjà fait comme les choeurs. Ce serait génial.

Vous travaillez en une ou plusieurs prises ?
T M:
Ca dépend de la chanson, en ce qui me concerne, il y a quelque chose qui doit se passer. Si je ne suis pas bien ce jour là, il vaut mieux que l'on passe à autre chose.

Combien de temps êtes-vous restée en studio et quelles étaient vos impressions ?
T M:
On est resté un mois et demi. Ce qui est bien. J'ai lu un article ce matin, dans lequel Axel Red disait qu'elle avait passé 6 mois en studio et que cette fois-ci elle avait fait court. Moi après un mois et demi, on m'a fait comprendre que... dehors (rires). Il ne faut pas que ce soit trop long, parce qu'on n'a pas de lumière, on voit toujours les mêmes gens. A la fin, je ne voulais plus rien entendre, je n'avais plus de recul. Donc, il faut que ce ne soit pas trop long mais pour ça il faut plus de métier. C'est vrai que je suis assez jeune dans la profession.

Dans votre chanson "l'air du temps", vous nous parlez de cause, de combats qui sont sous les feux des projecteurs et qui après passent aux oubliettes. Quel est le message de cette chanson ?
T M:
Ca parle du fait qu'aujourd'hui, on peut, honnêtement, être passionné par quelque chose, parce que ça passe à la T. V. et dans un an, cela ne vous touche plus. J'ai écrit d'une manière très sardonique "ce cri est du moment parfaitement dans l'air du temps" . Donc, je me juge avec cynisme et par la même occasion les autres aussi car nous sommes tous pareil.

En ce qui vous concerne, y a-t-il une cause qui vous touche plus que d'autres ?
T M:
Je n'aime pas parler de cause. Je suis une passionnée de la psychologie sociale, de la société et donc, des problèmes sociaux tels que le racisme, le sexisme. Je suis très passionnée par la compréhension de ses choses et ce, d'une façon globale. Je crois que, à partir du moment qu'on comprend ces choses, on peut les changer. Mais c'est très complexe et je rêve peut-être.

En écoutant "Une place pour elle", j'ai eu l'impression que vous vouliez nous dire que les gens portent des masques pour être aimé. Esses le thème que vous avez voulu développé ?
T M:
C'est vrai, j'ai trouvé intéressant de montrer que parfois on se retrouve dans des situations où l'on se dit: je suis ridicule avec ses talons qui me font mal mais, tu y vas comme même. Finalement, avec nos grands discours, tout ce que l'on veut, c'est qu'on nous parle, nous drague. On est dans une fête. Parfois quelqu'un qui est très sérieux a envie d'être léger, de ne penser à rien. Mais la réflexion sur la chose, ça rend cela morbide. Je trouve que les femmes sont plus sujettes à un critère de beauté, qui est plus présent. Un homme n'est pas jugé sur son physique tandis que la femme l'est.

Je crois savoir que vous avez passé une grande partie de votre vie aux Etats-Unis. Allons-nous, un jour, avoir l'occasion de vous entendre chanter en anglais ?
T M:
Peut-être un jour mais ce ne sera pas pour vendre. Ce sera parce que j'aurais quelque chose à dire.

Une de vos chansons a pour titre "Star", est ce que c'est un de vos rêves ?
T M:
C'est fort ça. Non,non, ce n'est pas un de mes rêves. Mais il faut d'abord savoir ce qu'on veut dire par "Star" Une star ou des stars sont très rares. On peut être artiste, passer à la T.V. même signer des autographes, sans être star. Pour moi, une star, c'est quelqu'un qui a su, consciemment ou inconsciemment, faire naître chez son public, une telle intrigue, une telle envie que son art ne suffit plus à son public. Son public n'est plus satisfait par l'album qu'il sort ou le film qu'il sort. Il veut savoir avec qui il dort, ce qu'il fait. La chanson, c'est donc un fan qui écrit à sa star préférée. Il y a un jeu qui se joue entre une star, son public et les médias, c'est-à-dire que s'il n'y avait pas cette envie, cette intrigue, ce ne serait pas une star. Les stars entrouvrent leurs volets pour vendre leurs disques et puis, ils se plaignent quand les gens veulent voir carrément dedans.

Donc, en conclusion, vous voulez être une star ou pas ?
T M:
Ah, non, moi, je veux juste faire de la musique.



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