
Enki BILAL
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Marie
Laforet, Enki Bilal, et Johan Leysen racontent
"Tykho
Moon"
Interview
donnée dans le cadre du Festival
International du Film Fantastique, de Science
Fiction et Thriller de
Bruxelles.
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Pourquoi êtes-vous passé du
crayon à la réalisation ?
Enki BILAL: Il faut bouger dans la vie. La bande
dessinée et le cinéma ont toujours
été pour moi deux passions
parallèles. Le cinéma étant petit,
me stimulait pour dessiner. La fonction, l'essence de la
B.D. est de marier le texte et le dessin, c'est entrer
dans un jeu de narration, retrouver le fonctionnement du
cinéma et retourner au cinéma ça
donne envie de dessiner... La B.D. est avant tout un
moyen de raconter des histoires, je ne me
considère pas comme faisant exclusivement partie
de la B.D. car je ne veux pas me restreindre dans mes
envies.
Marie LAFORET: La question est de savoir pourquoi
les metteurs en scène de cinéma ne font pas
de la B.D.. Un story board est une B.D. hors, ils ne le
font pas parce qu'il n'en sont pas capable. Dans le cas
de Bilal, c'est un artiste car il sait dessiner et je me
demande pourquoi les metteurs en scène ne sont pas
tous des artistes.
Vous voyez la création du film comme un
véritable film ou comme une B.D. ?
E.B.: Ca n'a rien à voir avec la B.D. et je
pense que ma B.D. n'a rien à voir avec la B.D.
traditionnelle franco-belge qui est une narration
très codifiée. J'ai beaucoup lu Tintin,
Jacobs, des auteurs qui m'ont énormément
appris. Mais la B.D. s'est libérée de ses
influences passées et il faudrait que le
cinéma en fasse de même.
Quel est votre rapport avec le fantastique, qu'est-ce
qui vous a aidé à construire cet univers
?
E.B.: Je ne considère pas "Tykho Moon"
comme étant du genre fantastique ou de
science-fiction. Il est difficilement classifiable, mais
garde cependant un héritage d'une culture de
l'imaginaire. Mon influence va des arts graphiques
à la littérature en passant par les
nouvellistes. La littérature traditionnelle de
langue française m'ennuie à 99% et ne
m'apporte rien.
N'est-il pas difficile de se revendiquer d'une culture
de l'imaginaire dans un pays comme la France
?
E.B.: Mais c'est impossible de se
revendiquer de ça. C'est dommage car il faut se
rappeler que Mélies était français
et qu'il a apporté énormément au
cinéma.
Avez-vous du faire des concessions au niveau du
scénario, des personnages ?
E.B.: Pour les personnages, non.
Pour le scénario oui car le sens et la forme
restent mais on ne peut pas tout mettre dans un film
surtout quand on a connu comme moi, un premier
échec cinématographique. Mais je l'accepte,
ce sont les règles du jeux.
A quel public s'adresse Tykho Moon ?
E.B.: Il s'adresse aux gens qui ont conscience du
monde dans lequel ils vivent. Il ne s'adresse pas aux
cinéphiles purs et durs. Il ne faut pas chercher
dans ce film des références au
cinéma lui-même, ni à mes B.D.
En tant que dessinateur, vous avez la
possibilité de dominer totalement vos personnages,
comme réalisateur, vous devez compter sur
l'interprétation des acteurs, comment cela se
passe-t-il ?
E.B.: Le film a été
collectif, je n'ai pas été un tyran. Le
script est précis avec des personnages
dessinés. Tous les acteurs ont saisi le sens de
leur personnage, j'attendais des propositions de leur
part et c'est ce qu'ils ont fait.
M.L.: Quand on a un scénario normal,
habituel, on a plusieurs possibilités quant
à l'interprétation du rôle, la
proposition est donc généralement ouverte.
Dans le film d'Enki, la proposition avait l'air
étroite mais, finalement, les possibilités
offertes aux personnages étaient plus vastes, tout
collait juste artistiquement.
Johan LEYSEN: Au début, quand Enki m'a
proposé ce rôle, trois choses m'avaient
frappées: ma ressemblance avec ces B.D.,
l'élément du temps et la solitude des
personnages.
Comment avez-vous rassemblé les acteurs:
Trintignant, Laforêt, Piccoli,...
E.B.: Je voulais Laforêt, je ne sais pas
pourquoi, c'est comme ça. Trintignant est venu
pour des raisons de fidélité. On avait
déjà fait un film ensemble et il m'a dit,
je n'ai pas besoin de lire le scénario, je te fais
confiance. Picolli, ça lui collait à la
peau, s'était évident et Julie Delpy
passait par Paris à ce moment-là.... Quant
à Johan, j'avais sa photo dans mon atelier depuis
deux ans, je l'ai ressortie et j'ai dit: c'est lui ou on
ne fait pas le film.
Dans une interview, vous avez laissé entendre
que vous ne tourneriez plus un film de cette
manière...
E.B.: C'est vrai, en tout cas pas dans un
système aussi rigide et contraignant, qui
écrase la création. J'ai pris de mauvaises
habitudes avec la B.D. où je peux absolument tout
faire, où je suis libre. Le côté
commercial de ce type de production ne me plaît
pas. Les gros budgets vous obligent à faire des
films qui doivent se vendre. Il faut de petits budgets
pour laisser libre la création, un peu comme David
Lynch à ses débuts.
Propos recueillis par Thierry GALLO
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