Départ pour Camau


Après la première nuit de sommeil bercée au son et au rythme du ventilateur, nous nous retrouvons tous pour le petit déjeuner aux abords de la rue. Nous logeons chez l'habitant qui pour arrondir ses fins de mois loue des petites chambres. Chambres à touristes ou chambres d'amour, peu importe. Assis sur des petits tabourets à même la rue le Pho s'impose. Petit déjeuner traditionnel, le Pho se mange à tout heure de la journée mais plus particulièrement le matin. Ce bouillon de nouilles vietnamien nous rassasie et nous voilà prompt à embarquer dans la camionnette pour rejoindre Camau.


Cette ville bâtie sur les rives marécageuses de la rivière Ganh Hao, est la grande ville de la péninsule qui porte le même nom. Située à la pointe sud du Viet Nam dans la province de Minh Hai, il nous faudra près de dix heures de voyage (280 km séparent Ho Chi Minh Ville de Camau) pour atteindre la dernière ville habitable avant de s'engouffrer dans le delta du Mékong. Sortir d'Ho Chi Minh Ville n'est pas une mince affaire; on roule au pas à travers une fourmilière de piétons, de vélos, de cyclos pousses et de motos; les klaxons retentissent sans arrêt pour aucune raison apparente, mais c´est leur style de vie). L'état des routes et l'anarchisme qui y règne ne fait que ralentir notre progression. Sur notre chemin nous traversons deux grands bras du delta du mékong: le premier se franchit aisément grâce à l'apport technologique et financier du gouvernement Australien, un pont majestueux s'offre à nous mais dénote radicalement avec un paysage sauvage ou se mêle tradition et pauvreté.


Hôpital de Camau, Décembre 2000

Nous arrivons à Vinh Long au tiers de notre périple. Une trentaine de kilomètres en aval nous devons cette fois-ci attendre le bac pour rejoindre, sur l'autre rive, la ville de Cantho. Fatigués par l'immobilisme et l'air conditionné, nous nous jetons dans la fournaise ambiante. Le long de la route, des paysans vendent de tout; des boissons fraîches, des maïs cuits à la vapeur, des cakes succulents, des journaux et même des cartes postales à l'effigie du pont australien! Nous prenons nos tickets d'embarcation accompagné de Miss Yung notre interprète et de surcroît responsable du service de kinésithérapie de l'Hôpital N°1 d'Ho Chi Minh. Ce qui fait office de salle d'attente ressemble plus à la Cour des Miracles. La pauvreté y règne en Maître, des enfants handicapés rampent par terre pour nous supplier de la nourriture ou encore de l'argent. Les regards fusent en notre direction et nous prenons conscience que peu de touristes s'aventurent jusqu'ici.

Finalement, nous embarquons sur le bac, effarés par le nombre de personnes et de camion-bus qui s'y engouffre. Les regards sont toujours présents, à la fois interrogateurs et accusateurs. Malgré la cacophonie ambiante nous restons placides et dans un soucis de calme je m'accoude à la rambarde pour admirer le Mékong. Les sampans voguent au rythme du courant et slaloment entre la végétation arrachée des rives. Je m'incline face au majestueux Mékong, son parcours m'impressionne: il prend sa source au Tibet et avance sur 4500 km à travers la Chine pour ensuite traverser le Laos, le Cambodge et le Viet Nam pour se jeter finalement en mer de Chine méridionale. Son delta, l'un des plus vastes au monde, compte de nombreux bras et son nom vietnamien, Song Cuu Long, signifie la rivière aux Neufs Dragons. Selon la mythologie, en Inde le dragon est un principe primordial et symbolise le bien, il secréterait les premières eaux d'où sortirait toute la Création. J'imagine l'embouchure du delta en forme d'une gueule béante d'un dragon d'où jaillirait l'essence même de la Création. Tout à coup, un petit garçon vêtu de haillon touche mon bras et me tend tristement la paume de sa main. A peine ai-je le temps d'agir que l'on m'appelle pour débarquer, l'enfant n'est plus là emporté par la marée humaine.

Nous repartons sur une route envahie par les piétons et les cyclistes. Les animaux traversent allègrement où bon leur semble afin de rejoindre un coin d'ombre apaisant. Nous longeons des bras du Mékong sur l'unique route rejoignant Camau en passant à travers des villages animés, leur vie quotidienne semble à cent mille lieux de la nôtre. Le soleil se couche sur les eaux du Mékong et nous offre un tableau féerique dans lequel se détachent les maisons sur pilotis et les sampans sur un fond de ciel calciné par le soleil.

L'obscurité est au rendez-vous lorsque nous entrons dans la ville de Camau. Malgré que cette région détienne la plus faible densité de population du Viet Nam en raison de son sol marécageux, on observe dans la ville de Camau la même frénésie qu'à Ho Chi Minh Ville, l'animation y est omniprésente. Dans chaque rue flottent des drapeaux rouges frappés d' une étoile jaune et nous comprenons à travers de grands panneaux de propagande que le énième anniversaire de la création du Parti Communiste sera bientôt célébré.


Après un jus de cannes en guise d'apéritif, nous trouvons un hôtel recommandé par notre chauffeur. Un hôtel étrange où se côtoient des hommes d'affaires et de belles jeunes filles vêtues d'un ao dai. Réunies dans la cours centrale de l'hôtel, leur accueil souriant semble présager des activités particulières. La finesse de leur corps et de leur visage s'accommode parfaitement avec cette longue tunique portée près du corps et fendue sur les côtés. Nos regards un peu gênés se noient dans la grâce de leur présence. Nous devinons leur peau à travers la soie et je sens un frisson parcourir mon corps de la même manière que le corps de Jane March, dans le film L'amant, me fit tressaillir quelques années auparavant.


Hôpital de Camau, Décembre 2000

Nous sommes placés au dernier étage, alors que les deux premiers sont réservés pour d'étranges massages. La joliesse de leur visage, leur allure de déesse et leurs yeux en amandes nous font frémir; une beauté asiatique à la fois singulière et reposante. Les images de réveil le matin dans le film A la verticale de l'été de Tran Hung Ang me viennent à l'esprit et m'apaisent.



Sommaire


- Départ pour Camau: Après la première nuit de sommeil bercée au son et au rythme du...

- Premier contact médical: Nous apprenons le lendemain que l' ao dai fut sauvé par les habitants...

- L'Hôpital Général de Camau: Le lendemain matin, nous partons pour l'hôpital avec du matériel...

- La croisière s'amuse: En reconnaissance de notre attention, nous sommes invités,...

- L'Hôpital Pédiatrique N°1 d'Ho Chi Minh Ville: Il y a quelques années, A.M.P.H.O.R.E développa, en collaboration avec...

- 10 ans que l'association humanitaire: A.M.P.H.O.R.E. déploie son énergie au Viet Nam

- La Ventilation à Percussion Intrapulmonaire (IPV)

- Carte du Vietnam



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