La croisière
s'amuse
En reconnaissance de
notre attention, nous sommes invités, bien que
nous ayons dû payer notre petite excursion, par le
Comité de santé à visiter le port de
Camau à la pointe méridionale du delta du
Mékong. Nous partons à bord d'un petit
bateau à moteur vers des contrées
pratiquement inaccessibles aux touristes. Escorté
par un des membres du Comité, le pilote ne
lésine pas sur les moyens et met les gaz à
tout va. Projeté en arrière nous nous
accrochons à la première épaule
venue!
Nous traversons des
paysages magnifiques à la végétation
luxuriante, des petits villages aux habitations sur
pilotis s' animent à notre passage, les enfants
jouent dans l'eau et nous envoient des grands signes de
la main. Le reflet du soleil sur l'eau attise
l'expressionnisme du paysage et les pêcheurs
imperturbables continuent leur travail en
équilibre sur leurs petites embarcations.
Malheureusement,
le moteur poussé à son maximum
nous empêche de profiter de cette
plénitude et de ces scènes
intimistes. Les bras du Delta ne cesse de se
diviser, une fois à droite, une fois
à gauche... Nous sommes incapables de
préciser notre position. Finalement, nous
apprenons que nous passons par Ngoc Hien,
"ville" la plus méridionale du Viet Nam,
et petit port de pêche, dont la
communauté isolée survit
grâce à l'élevage des
crevettes. Quelques kilomètres plus loin,
nous entrons dans la réserve naturelle de
Camau appelée également
réserve ornithologique de Ngoc Hien.
C'est l'une des régions les plus sauvages
et les plus protégées du Delta.
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Viet Nam, février 1999
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Après deux
heures et demi de hors bord, le pilote nous annonce notre
arrivée à destination et tout
fièrement indique du doigt le Port de Camau.
Stupéfaction à la descente du bateau: une
grande pancarte, avec un dessin d'un port, annonce la
future création de celui-ci. Nous entamons un
360° et nous n'apercevons que
végétation et marais. Une petite balade
à travers la forêt et nous faisons face
à la Mer de Chine méridionale dans un
décor peu paradisiaque. Les plages vaseuses
remplacent les plages de sable dans une étendue
parsemée d' arbres au bord de l'âge. Nous
remontons dans notre embarcation direction la Mer de
Chine et ses étranges paysages. Avant de
pénétrer dans le périmètre
chinois, un arrêt obligatoire est imposé
dans un petit cabanon qui fait office de poste de douane.
L'accueil inexpressif des militaires vietnamiens ne
présage rien de bon. La permission
accordée, nous faisons à peine trois cent
mètres en mer et le demi tour est soigneusement
orchestré pour enfin repasser devant les douaniers
qui nous saluent de loin. Nous nous regardons
ébahi sans mot dire.
La surprise est de
taille et aucune explication nous vient à l'esprit
mais nous en gardons un souvenir mémorable.
Pousser à bloc, le pilote met les gaz et s'engage
à travers les bras du delta avec une
dextérité que l'on doit, tout de
même, lui reconnaître. Exténué
par la vitesse, nous lui implorons un arrêt afin de
profiter du paysage et des moments particuliers des
habitants du Mékong. Pour s'imprégner
davantage de cette atmosphère, après une
âpre discussion, nous obtenons un arrêt dans
un village aux abords du fleuve. L'étonnement des
habitants est à son comble, les enfants rient
à tout vent et le petit marché que nous
traversons s'anime de plus belle sur notre passage.
Assoiffés, nous nous installons dans un petit
café où l'accueil chaleureux du
propriétaire et l'enthousiasme des enfants nous
réconfortent après nos surprises matinales.
Le tout immortalisé sur nos caméras
vidéo. Cependant, un événement
inattendu nous attend lorsque nous embarquons pour
rejoindre Camau. Installé dans le bateau à
moteur, nous attendons Miss Yung disparue dans la foule
près de l'embarcadère. Une demi-heure plus
tard, elle nous apprend que le poste de police
réclame l'identité de chacun, sans
préciser exactement les motivations de cette
demande. Sous un soleil de plomb, nous patientons dans le
bâteau et je profite de ce petit moment de
répit pour confier discrètement à
l'un des membres de la mission une pochette de pellicules
photographiques au cas où il découvrirait
mon matériel. Quelque chose me porte à
croire que nos caméras ne sont pas
étrangères à ce remue-ménage.
Au fur et à mesure que le temps passe, la tension
monte et lorsque Miss Yung nous annonce que Régis
Croisier et moi-même sommes convoqués avec
nos caméras dans le poste de police
l'inquiétude est à son paroxysme. Dans la
précipitation, j'oublie que pour atteindre la
terre ferme il faut sauter sur le bateau adjacent et je
me retrouve enfoncé dans la vase jusqu'au genoux,
la population éclate d'un fou rire et moi je ris
jaune. Nous sommes conduits dans une cabane en bois
où nous attendent deux civiles et des militaires
aux regards sévères. L'endroit est lugubre,
la population s'affère au barreau des
fenêtres, Régis et moi nous nous regardons
ne sachant comment réagir. A peine me suis-je
installé près de Miss Yung, qu'un militaire
lui demande, ainsi qu'au membre du Comité de
Santé, de se lever afin que je sois près de
lui. Le militaire à ma gauche et Régis
à ma droite, l'interrogatoire peut débuter.
L'atmosphère est tendue et Miss Yung, après
nous avoir présenté en omettant
volontairement de préciser, à juste titre,
ma fonction de journaliste, nous traduit ce que l'on nous
reproche: avoir filmé près d'une zone
militaire. Les deux hommes en civils désirent
visionner ce que nous avons filmé. Gentiment nous
rembobinons nos films d'environ 5 minutes et nous leur
présentons nos caméras. Vraisemblablement
il se contente de ça et regarde avec attention sur
le petit écran de contrôle les paysages du
Mékong défilés. Je sens constamment
sur moi le regard du militaire à ma gauche et je
me rends compte que par chance je n'ai pas sorti mon
matériel photo dans le café car les
conséquences auraient été bien
différentes. Les explications du médecin du
Comité sur notre venue au Viet Nam adoucissent les
discussions et nous récupérons notre
matériel vidéo en précisant qu'il
nous est interdit de filmer jusqu'à notre
arrivée à Camau. Nous présentons nos
excuses et après une poignée de main
agrémentée d'un sourire,
l'atmosphère se détend complètement
au vue de mes jambes recouverte de boues. D'un rire
sardonique, les militaires nous saluent et nous
rejoignons nos amis à la mine blafarde. Tout au
long du chemin du retour personne ne parle, mais nous
nous demandons tous pourquoi nous n'avons pas
été avertis de la proximité de cette
zone militaire par le médecin du Comité de
santé. Un mystère de plus dans nos
pérégrinations vietnamiennes et qui
confirme notre perplexité face à un
système politique complexe qui nous échappe
totalement.
Sommaire
- Départ
pour Camau:
Après la
première nuit de sommeil bercée au son et
au rythme du...
- Premier
contact médical:
Nous apprenons le lendemain
que l' ao dai fut sauvé par les habitants...
- L'Hôpital
Général de
Camau:
Le lendemain matin, nous
partons pour l'hôpital avec du
matériel...
- La
croisière
s'amuse:
En reconnaissance de notre
attention, nous sommes invités,...
- L'Hôpital
Pédiatrique N°1 d'Ho Chi Minh
Ville:
Il y a quelques années,
A.M.P.H.O.R.E développa, en collaboration
avec...
- 10
ans que l'association
humanitaire:
A.M.P.H.O.R.E. déploie
son énergie au Viet Nam
- La
Ventilation à Percussion
Intrapulmonaire
(IPV)
- Carte
du Vietnam
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