|
Westernization
Completed_agf
L'imaginaire
et les sens
|
Insupportable
à écouter. Haché, saccadé,
incohérent, bruyant... et envoûtant. Un
délice... pour amateurs de bruits et de sons venus
de partout et nulle part. Un "tour du monde" de
sonorités réunies en un disque:
"Westernization completed_agf". Le titre de cet
album, signé sur le label Musork::orth 18, de San
Francisco, laisse sceptique. C'est d'ailleurs pour
ça qu'on le remarque. Et il cache sacrément
bien son jeu. Derrière tout ça? Une
Est-allemande, Antye Greie-Fuchs, ancienne chanteuse du
groupe Laub, ça parlera aux initiés, qui
chante en anglais. Tendance Ellen Allien dans sa voix et
la rigueur de certains sons, pimentée d'un peu de
Björk de temps à autre dans le style.
Tendance plaisir, surtout, insidieusement distillé
pendant 50 minutes, dans ce qui apparaît comme une
chevauchée psychotique sur les cimes de
l'électro-pop.
Bienvenue au royaume du
bizarre et de l'étrange. Difficile en tout cas de
ne pas céder au charme mystérieux d'AGF,
malgré une certaine résistance de
départ, il faut l'admettre. Car l'objet ne livre
rien au premier abord: deux petites fenêtres
perdues sur la façade d'un mur, en guise de
pochette et cette discrète fleur blanche
graffitée comme unique présence de
l'artiste.
À l'intérieur pourtant, sinon le choc, au
moins la bonne surprise. Faible comme on peut
l'être, on se laisse aisément
entraîner dans ce voyage Est-Ouest qu'AGF nous
propose. Le voyage, l'essence de cet album qui se veut
balade à la fois poétique, mélodique
et éthérée. Une balade quand
même très très fracturée,
faite de nombreuses ruptures dans les rythmiques et les
apparitions vocales de la dame... Âmes sensibles et
esprits cartésiens s'abstenir. Non que la musique
délivrée soit brutale, c'est plutôt
calme au contraire, mais difficile d'accès et
déroutante. Pas d'enchaînements logiques
à attendre ou d'envolées lyriques, mais un
objet totalement déstructuré,
parsemé d'incursions hip-hop ou encore jazzy avec
quelques beaux morceaux de saxo et même quelques
petites touches asiatiques ("Leaving with hope").
Et toujours, cette électronique abstraite,
omniprésente. Tantôt sombre
("Refail"), tantôt parfaitement romantique
et langoureux ("You stop"). Complexe et
torturé. Doux et planant... Tout en contrastes.
"Westernization completed" est un objet curieux
où l'on croit ici entendre ruisseler de l'eau,
quand ce n'est pas son propre pouls, ou quelques titres
plus loin, nos pas conquérants sur ces fameuses
cimes... L'imaginaire et les sens. La dame AGF les met
à rude épreuve comme elle joue avec nos
nerfs. Et avec ses propres influences, multiples, qui
échappent pourtant à tout
dépeçage rationnel. Une magie qui donne
à l'album son ton très singulier.
"Westernization
completed_agf?"
Littéralement, l'intégration
définitive de la dame à la
réunification de son pays et à l'Ouest.
Passage à l'Ouest réussi dans la musique,
en tout cas. On est conquis, encore une fois.
(Solenn Paulic)
|